Poésies de Charles coran, 1887
Le jardin des plantes
Dans le vieux Muséum et son Jardin des PlantesJe souffre de sentir la nature en prison ;Les bêtes au cachot s’éteignent de morts lentes,Les arbres enfermés peinent sans floraison ;
Elles-mêmes, sous clef, les pierres sont esclaves.Autour de moi je cherche : où donc la liberté ?J’entends un nourrisson crier clans les entraves,Sur le sein maternel pauvre être emmailloté.
Cependant le petit qui presse une mamelle,S’en détache, puis dort ; la mère en a souri.Comme elle a les doux yeux, la dame te rappelle,Madoneau Coussin vert d’Andréa Solari.
Or, le bouton resté sur le haut du corsageBaigne dans la lumière une perle de lait,Et semble dire aux yeux qu’attriste le servage :« Moi du moins, je suis libre ; admirez, s’il vous plaît. »
Inédit
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources