Poésies de Charles coran, 1887
Le mendiant
Ce grand vieillard qui vient chanter à pareil jour,Chaque semaine, un air allemand dans ma cour,Je l’aime : il est si pauvre, et la vie est si dureQu’il traîne par ce froid sous ses haillons de bure !Encor, faut-il sentir pour rendre ainsi Mozart ;Les deux sous qu’on lui jette, il les gagne avec art.Aussi je lui descends ma charité païenne,Et souvent j’ai laissé sa main toucher la mienne,Supposant volontiers que ce vieux morfondu,Né poète avant moi, de chercher s’est perdu.Vers un but idéal il navigua peut-être,Pour sombrer, triste épave, au pied de ma fenêtre ;Et je pense : « Qui sait ! n’était mon père heureux,Sur quel écueil moi-même !… Ah ! restons généreux ;Pitié ! quand l’infortune amène ici ce frèreMe demander l’obole en chantant comme Homère.— Mais me serais-je épris d’un banal indigent ?Qu’importe ! sa chanson vaut mieux que mon argent. »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources