Poésies de Charles coran, 1887
Le portrait de la joconde
PAR LÉONARD DE VINCI
Pendant qu’il la peignait, des luths sous la fenêtreJouaient, gagés par lui, leurs musiques d’amours ;L’insidieux artiste employa ce recoursPour forcer le modèle à dévoiler son être.
Sur le visage ému s’illuminait l’esprit ;De là sous le pinceau ce transparent sourire.On y passa quatre ans, dont il sied de déduireLes repos répétés que le soin d’aimer prit.
Lorsqu’il fallut enfin montrer son œuvre au monde,Le maître retouchait, ne voulant plus finir.Astrologue, — dit-on, — vit-il dans l’avenirCombien d’amants allaient courtiser sa Joconde ?
J’eus mon heure : un matin, tout me favorisa ;J’étais près d’elle au Louvre ; à mes côtés, personne ;Je brave la consigne. — O Léonard, pardonneUn baiser sur la main de ta Mona Lisa.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources