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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre troisième

Chapitre Lix

Qu’il faut mettre en Dieu seul tout notre espoir et toute notre confiance.

Pierre Corneille· 26 quintils, octosyllabes et alexandrins, 130 vers

Seigneur, quelle est ma confianceAu triste séjour où je suis ?Et de quelles douceurs‖ l’heureuse expérienceRompt le mieux cette impatienceOù me réduisent mes ennuis ?

En puis-je trouver qu’en toi-même,Sauveur amoureux et bénin,Dont la miséricorde‖ en un degré suprêmeVerse dans une âme qui t’aimeDes plaisirs sans nombre et sans fin ?

En quels lieux hors de ta présenceM’est-il arrivé quelque bien ?Et quels maux à mon cœur‖ font sentir leur puissance,Sinon alors que ton absenceMe prive de ton cher soutien ?

La fortune avec ses largessesÀ tous les mondains fait la loi ;Mais si la pauvreté‖ jouit de tes caresses,Je la préfère à ces richessesQui séparent l’homme de toi.

Le ciel même, quelque avantageQue sur la terre il puisse avoir,Me verroit mieux aimer‖ cet exil, ce passage,Si tu m’y montrois ton visage,Que son paradis sans te voir.

C’est le seul aspect du grand maîtreQui fait le bon ou mauvais sort :Tu mets le ciel partout‖ où tu te fais paroître,Et les lieux où tu cesses d’être,C’est là qu’est l’enfer et la mort.

Puisque c’est à toi que j’aspire,Qu’en toi seul est ce que je veux,Il faut bien qu’après toi‖ je pleure, je soupire,Et que jusqu’à ce que j’expire,J’envoie après toi tous mes vœux.

Quelle autre confiance pleinePourroit me promettre un secoursQui de tous les besoins‖ de la misère humaine,Par une vertu souveraine,Pût tarir ou borner le cours ?

Toi seul es donc mon espérance,L’appui de mon infirmité,Le Dieu saint, le Dieu fort,‖ qui fait mon assurance,Qui me console en ma souffrance,Et m’aime avec fidélité.

Chacun cherche ses avantages ;Tu ne regardes que le mien,Et c’est pour mon salut‖ qu’à m’aimer tu t’engages,Que tu calmes tous mes orages,Que tu me tournes tout en bien.

La rigueur même des traversesA pour but mon utilité :C’est la part des élus ;‖ par là tu les exerces,Et leurs tentations diversesSont des marques de ta bonté.

Ton nom n’est pas moins adorableParmi les tribulations,Et dans leur dureté‖ tu n’es pas moins aimableQue quand ta douceur ineffableRépand ses consolations.

Aussi ne mets-je mon refugeQu’en toi, mon souverain auteur ;Et de tous mes ennuis‖ quel que soit le déluge,Hors du sein de mon propre jugeJe ne veux point de protecteur.

Je ne vois ailleurs que foiblesse,Qu’une lâche instabilité,Qui laisse trébucher‖ au moindre assaut qui presseL’effort de sa vaine sagesseSous sa propre imbécillité.

Hors de toi point d’ami qui donneDe favorables appareils,Point de secours si fort‖ qui soudain ne s’étonne,Point de prudence qui raisonne,Point de salutaires conseils.

Il n’est sans toi docteur ni livreQui me console en ma douleur ;Il n’est de tant de maux‖ trésor qui me délivre,Ni lieu sûr où je puisse vivreExempt de trouble et de malheur.

À moins que ta sainte paroleRelève mon cœur languissant,À moins qu’elle m’instruise‖ en ta divine école,Qu’elle m’assiste et me console,Le reste demeure impuissant.

Tout ce qui semble ici produireLa paix dont on pense jouir,N’est sans toi qu’un éclair‖ si prompt à se détruire,Que le moment qui le fait luireLe fait aussi s’évanouir.

Non, ce n’est qu’une vaine idéeD’une fausse tranquillité,Une couleur trompeuse,‖ une image fardée,Qui n’a ni douceur bien fondée,Ni solide félicité.

Ainsi tout ce qu’a cette vieD’éminent et d’illustre emploi,Les plus profonds discours‖ dont l’âme y soit ravie,Tous les biens dont elle est suivie,N’ont fin ni principe que toi.

Ainsi de toute la misèreOù nous plonge son embarrasL’âme sait adoucir‖ l’aigreur la plus amère,Quand par-dessus tout elle espèreAux saintes faveurs de ton bras.

C’est en toi seul que je me fie ;À toi seul j’élève mes yeux ;Dieu de miséricorde,‖ éclaire, sanctifie,Épure, bénis, fortifieMon âme du plus haut des cieux.

Fais-en un siège de ta gloire,Un lieu digne de ton séjour,Un temple où, parmi l’or‖ et l’azur et l’ivoire,Aucune ombre ne soit si noireQu’elle déplaise à ton amour.

Joins à ta clémence ineffableDe ta pitié l’immense effort,Et ne rejette pas‖ les vœux d’un misérableQui traîne un exil déplorableParmi les ombres de la mort.

Rassure mon âme alarmée ;Et contre la corruption,Contre tous les périls‖ dont la vie est semée,Toi qui pour le ciel l’as formée,Prends-la sous ta protection.

Qu’ainsi ta grâce l’accompagne,Et par les sentiers de la paix,À travers cette aride‖ et pierreuse campagne,La guide à la sainte montagneOù ta clarté luit à jamais.

Versification

Forme
26 quintils (quintils)
Rimes
26(abaab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (104 de 8, 26 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
26 quintils
Mots à la rime
a confiance / expérience / impatience féminine, classiqueb suis / ennuis masculine, classiquea toi-même / suprême / t’aime féminine, classiqueb bénin / fin masculine, classiquea présence / puissance / absence féminine, classiqueb bien / soutien masculine, classiquea largesses / caresses / richesses féminine, classiqueb loi / toi masculine, classiquea avantage / passage / visage féminine, classiqueb avoir / voir masculine, classiquea maître / paroître / d’être féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquea j’aspire / soupire / j’expire féminine, classiqueb veux / vœux masculine, classiquea pleine / humaine / souveraine féminine, classiqueb secours / cours masculine, classiquea espérance / assurance / souffrance féminine, classiqueb infirmité / fidélité masculine, classiquea avantages / t’engages / orages féminine, classiqueb mien / bien masculine, classiquea traverses / exerces / diverses féminine, classiqueb utilité / bonté masculine, classiquea adorable / aimable / ineffable féminine, classiqueb tribulations / consolations masculine, classiquea refuge / déluge / juge féminine, classiqueb auteur / protecteur masculine, classiquea foiblesse / presse / sagesse féminine, classiqueb instabilité / imbécillité masculine, classiquea donne / s’étonne / raisonne féminine, classiqueb appareils / conseils masculine, classiquea livre / délivre / vivre féminine, classiqueb douleur / malheur masculine, classiquea parole / école / console féminine, classiqueb languissant / impuissant masculine, classiquea produire / détruire / luire féminine, classiqueb jouir / s’évanouir masculine, classiquea idée / fardée / fondée féminine, classiqueb tranquillité / félicité masculine, classiquea vie / ravie / suivie féminine, classiqueb emploi / toi masculine, classiquea misère / amère / espère féminine, classiqueb embarras / bras masculine, classiquea fie / sanctifie / fortifie féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea gloire / l’ivoire / noire féminine, classiqueb séjour / amour masculine, classiquea ineffable / misérable / déplorable féminine, classiqueb effort / mort masculine, classiquea alarmée / semée / formée féminine, classiqueb corruption / protection masculine, classiquea l’accompagne / campagne / montagne féminine, classiqueb paix / jamais masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

130 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources