Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre premier
Chapitre Vii
Qu’il faut fuir la vaine espérance et la présomption.
Ô ciel ! Que l’homme est vain‖ qui met son espéranceAux hommes comme lui,Qui sur la créature‖ ose prendre assurance,Et se propose un ferme appuiSur une éternelle inconstance !
Sers pour l’amour de Dieu,‖ mortel, sers ton prochainSans en avoir de honte ;Et quand tu parois pauvre,‖ empêche que soudainLa rougeur au front ne te monte,Pour le paroître avec dédain.
Ne fais point fondement‖ sur tes propres mérites ;Tiens ton espoir en Dieu :De lui dépend l’effet‖ de quoi que tu médites,Et s’il ne te guide en tout lieu,En tout lieu tu te précipites.
Ne dors pas toutefois,‖ et fais de ton côtéTout ce que tu peux faire :Il ne manquera point‖ d’agir avec bontéEt de fournir comme vrai pèreDes forces à ta volonté.
Mais ne t’assure point‖ sur ta haute science,Ni sur celle d’autrui ;Leur conduite souvent‖ brouille la conscience,Et Dieu seul est le digne appuiQue doit choisir ta confiance.
C’est lui qui nous fait voir‖ l’humble et le vertueuxÉlevé par sa grâce ;C’est lui qui nous fait voir‖ son bras majestueuxTerrasser l’insolente audaceDont s’enfle le présomptueux.
Soit donc qu’en ta maison‖ la richesse s’épande,Soit que de tes amisLe pouvoir en tous lieux‖ pompeusement s’étende,Garde toujours un cœur soumis,Quelque honneur par là qu’on te rende.
Prends-en la gloire en Dieu,‖ qui jamais n’est bornéDans son amour extrême,En Dieu, qui donnant tout‖ sans être importuné,Veut encor se donner soi-même,Après même avoir tout donné.
Souviens-toi que du corps‖ la taille avantageuseQui se fait admirer,Ni de mille beautés‖ l’union merveilleusePour qui chacun veut soupirer,Ne doit rendre une âme orgueilleuse.
Du temps l’inévitable‖ et fière aviditéEn fait un prompt ravage,Et souvent avant lui‖ la moindre infirmitéLaisse à peine au plus beau visageLes marques de l’avoir été.
Si ton esprit est vif,‖ judicieux, docile,N’en deviens pas plus vain :Tu déplairois à Dieu,‖ qui te fait tout facile,Et n’a qu’à retirer sa mainPour te rendre un sens imbécile.
Ne te crois pas plus saint‖ qu’aucun autre pécheur,Quoi qu’on te veuille dire :Dieu, qui connoît tout l’homme,‖ et qui voit dans ton cœur,Souvent te répute le pire,Quand tu t’estimes le meilleur.
Ces bonnes actions‖ sur qui chacun se fondePour t’élever aux cieuxNe partent pas toujours‖ d’une vertu profonde ;Et Dieu, qui voit par d’autres yeux,En juge autrement que le monde.
Non qu’il nous faille armer‖ contre la véritéPour juger mal des nôtres ;Voyons-en tout le bien‖ avec sincérité,Mais croyons encor mieux des autres,Pour conserver l’humilité.
Tu ne te nuis jamais‖ quand tu les considèresPour te mettre au-dessous ;Mais ton orgueil t’expose‖ à d’étranges misères,Si tu peux choisir entre eux tousUn seul à qui tu te préfères.
C’est ainsi que chez l’humble‖ une éternelle paixFait une douce vie,Tandis que le superbe‖ est plongé pour jamaisDans le noir chagrin de l’envie,Qui trouble ses propres souhaits.
Versification
- Forme
- 16 quintils (quintils)
- Rimes
- 16(ababa)
- Mètre
- Vers de 8, 12 et 6 syllabes (32 de 8, 32 de 12, 16 de 6)· profil 6, 8, 6+6
- Strophes
- 16 quintils
- Mots à la rime
- a espérance / assurance / inconstance féminine, classiqueb lui / appui masculine, classiquea prochain / soudain / dédain masculine, classiqueb honte / monte féminine, classiquea mérites / médites / précipites féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquea côté / bonté / volonté masculine, classiqueb faire / père féminine, classiquea science / conscience / confiance féminine, classiqueb d’autrui / appui masculine, classiquea vertueux / majestueux / présomptueux masculine, classiqueb grâce / audace féminine, classiquea s’épande / s’étende / rende féminine, classiqueb amis / soumis masculine, classiquea borné / importuné / donné masculine, classiqueb extrême / soi-même féminine, classiquea avantageuse / merveilleuse / orgueilleuse féminine, classiqueb admirer / soupirer masculine, classiquea avidité / infirmité / été masculine, classiqueb ravage / visage féminine, classiquea docile / facile / imbécile féminine, classiqueb vain / main masculine, classiquea pécheur / cœur / meilleur masculine, classiqueb dire / pire féminine, classiquea fonde / profonde / monde féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquea vérité / sincérité / l’humilité masculine, classiqueb nôtres / autres féminine, classiquea considères / misères / préfères féminine, classiqueb au-dessous / tous masculine, classiquea paix / jamais / souhaits masculine, classiqueb vie / l’envie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources