Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre deuxième
Chapitre Xii
Du chemin royal de la sainte croix.
Homme, apprends qu’il te faut‖ renoncer à toi-même,Que pour suivre Jésus‖ il faut porter ta croix :Pour beaucoup de mortels‖ ce sont de rudes lois ;Ce sont de fâcheux mots‖ pour un esprit qui s’aime ;Mais il sera plus rude‖ encore et plus fâcheuxPour qui n’aura suivi‖ ce chemin épineux,D’entendre au dernier jour‖ ces dernières paroles :« Loin de moi, malheureux,‖ loin, maudits criminels,Qui des biens passagers‖ avez fait vos idoles,Trébuchez loin de moi‖ dans les feux éternels ! »
En ce jour étonnant,‖ qui du sein de la poudreFera sortir nos os‖ à leur chair rassemblés,Les bergers et les rois,‖ également troublés,Craindront de cet arrêt‖ l’épouvantable foudre.Les abîmes ouverts‖ des célestes rigueursD’un tremblement égal‖ rempliront tous les cœursOù cette auguste croix‖ ne sera point empreinte ;Mais ceux qui maintenant‖ suivent son étendardVerront lors tout frémir‖ d’une trop juste crainte,Et dans ce vaste effroi‖ n’auront aucune part.
Ce signe au haut du ciel‖ tout brillant de lumière,Quand Dieu se fera voir‖ en son grand tribunal,Sera de ses élus‖ le bienheureux fanal,Et des victorieux‖ l’éclatante bannière.Lors du crucifié‖ les dignes serviteurs,Qui pour en être ici‖ les vrais imitateurs,Se sont faits de la croix‖ esclaves volontaires,Auront à son aspect‖ de pleins ravissements,Et ne s’en promettront‖ que d’éternels salaires,Quand le reste en craindra‖ d’éternels châtiments.
La croix ouvre l’entrée‖ au trône de la gloire ;Par elle ce royaume‖ est facile à gagner :Aime donc cette croix‖ par qui tu dois régner ;En elle est le salut,‖ la vie et la victoire.L’invincible soutien‖ contre tous ennemis,Des célestes douceurs‖ l’épanchement promis,Et la force de l’âme‖ ont leurs sources en elle ;L’esprit y voit sa joie‖ et sa tranquillité,Il y voit des vertus‖ le comble et le modèle,Et la perfection‖ de notre sainteté.
C’est elle seule aussi‖ qui doit être suivie ;Ce seroit t’abuser‖ que prendre un autre but ;Hors d’elle pour ton âme‖ il n’est point de salut,Hors d’elle point d’espoir‖ de l’éternelle vie.Je veux bien te le dire‖ et redire cent fois :Si tu ne veux périr,‖ charge sur toi ta croix,Suis du crucifié‖ les douloureuses traces,Et les dons attachés‖ à ce glorieux faix,Attirant dans ton cœur‖ les trésors de ses grâces,T’élèveront au ciel‖ pour y vivre à jamais.
Il a marché devant,‖ il a porté la sienne,Il t’a montré l’exemple‖ en y mourant pour toi ;Et cette mort te laisse‖ une amoureuse loiD’en porter une égale,‖ et mourir en la tienne.Si tu meurs avec lui,‖ tu vivras avec lui ;La part que tu prendras‖ à son mortel ennui,Tu l’auras aux grandeurs‖ qui suivent sa victoire :La mesure est pareille ;‖ et c’est bien vainementQu’on s’imagine au ciel‖ avoir part à sa gloire,Quand on n’a point ici‖ partagé son tourment.
Ainsi pour arriver‖ à cette pleine joie,Tout consiste en la croix,‖ et tout gît à mourir :C’est par là que le ciel‖ se laisse conquérir,Et Dieu pour te sauver‖ n’a point fait d’autre voie.La véritable vie‖ et la solide paix,Le calme intérieur‖ de nos plus doux souhaits,Le vrai repos enfin,‖ c’est la croix qui le donne :Apprends donc sans relâche‖ à te mortifier,Et sache que quiconque‖ aspire à la couronne,C’est à la seule croix‖ qu’il se doit confier.
Revois de tous les temps‖ l’image retracée,Marche de tous côtés,‖ cherche de toutes parts,Jusqu’au plus haut des cieux‖ élève tes regards,Jusqu’au fond de la terre‖ abîme ta pensée ;Vois ce qu’a de plus haut‖ la contemplation,Vois ce qu’a de plus sûr‖ l’humiliation,Ne laisse rien à voir‖ dans toute la nature :Tu ne trouveras point‖ à faire un autre choix,Tu ne trouveras point‖ ni de route plus sûre,Ni de chemin plus haut‖ que celui de la croix.
Va plus outre, et de tout‖ absolument dispose,Règle tout sous ton ordre‖ au gré de ton desir,Tu ne manqueras point‖ d’objets de déplaisir,Tu trouveras partout‖ à souffrir quelque chose :Ou de force, ou de gré,‖ quoi qu’on veuille espérer,Toujours de quoi souffrir‖ et de quoi soupirerNous présente partout‖ la croix inévitable ;Et nous sentons au corps‖ toujours quelque douleur,Ou quelque trouble en l’âme,‖ encor plus intraitable,Qui semblent tour à tour‖ nous livrer au malheur.
Dieu te délaissera‖ quelquefois sans tendresse ;Souvent par le prochain‖ tu seras exercé ;Souvent dans le chagrin‖ par toi-même enfoncé,Tu deviendras toi-même‖ à charge à ta foiblesse ;Souvent, et sans remède‖ et sans allégement,Tu ne rencontreras‖ dans cet accablementRien qui puisse guérir‖ ni relâcher ta peine :Ton seul recours alors‖ doit être d’endurerPar une patience‖ égale à cette gêne,Tant qu’il plaît à ton Dieu‖ de la faire durer.
Ses ordres amoureux‖ veulent ainsi t’instruireÀ souffrir l’amertume,‖ et pleine, et sans douceur,Afin que ta vertu‖ laisse aller tout ton cœurOù son vouloir sacré‖ se plaît à le conduire :Il te veut tout soumis,‖ et par l’adversitéIl cherche à voir en toi‖ croître l’humilité,À te donner un goût‖ plus pur de sa souffrance ;Car aucun ne la goûte‖ enfin si purementQue celui qu’a daigné‖ choisir sa providencePour lui faire éprouver‖ un semblable tourment.
La croix donc en tous lieux‖ est toujours préparée ;La croix t’attend partout,‖ et partout suit tes pas :Fuis-la de tous côtés,‖ et cours où tu voudras,Tu n’éviteras point‖ sa rencontre assurée.Tel est notre destin,‖ telles en sont les lois ;Tout homme pour lui-même‖ est une vive croix,Pesante d’autant plus‖ que plus lui-même il s’aime ;Et comme il n’est en soi‖ que misère et qu’ennui,En quelque lieu qu’il aille,‖ il se porte lui-même,Et rencontre la croix‖ qu’il y porte avec lui.
Regarde sous tes pieds,‖ regarde sur ta tête,Regarde-toi dedans,‖ regarde-toi dehors,N’oublie aucuns secrets,‖ n’épargne aucuns efforts,Tu trouveras partout‖ cette croix toujours prête.Tu trouveras partout‖ tes secrets confondus,Ton espérance vaine‖ et tes efforts perdus,Si tu n’es en tous lieux‖ armé de patience :C’est là l’unique effort‖ qui te puisse en tous lieuxSous un ferme repos‖ calmer la conscience,Et te prêter une aide‖ à mériter les cieux.
Porte-la de bon cœur,‖ cette croix salutaire,Que tu vois attachée‖ à ton infirmité ;Fais un hommage à Dieu‖ d’une nécessité,Et d’un mal infaillible‖ un tribut volontaire.Elle te portera‖ toi-même en tes travaux,Elle te conduira‖ par le milieu des mauxJusqu’à cet heureux port‖ où la peine est finie ;Mais ce n’est pas ici‖ que tu dois l’espérer :La fin des maux consiste‖ en celle de la vie,Et l’on trouve à gémir‖ tant qu’on peut respirer.
Si c’est avec regret,‖ lâche, que tu la portes,Si par de vains efforts‖ tu l’oses rejeter,Tu t’en fais un fardeau‖ plus fâcheux à porter,Tu l’attaches à toi‖ par des chaînes plus fortes.Son joug mal secoué,‖ devenu plus pesant,Te charge malgré toi‖ d’un amas plus cuisant,Impose un nouveau comble‖ à tes inquiétudes ;Ou si tu peux enfin‖ t’affranchir d’une croix,Ce n’est que faire place‖ à d’autres croix plus rudes,Qui te viennent sur l’heure‖ accabler de leur poids.
Te pourrois-tu soustraire‖ à cette loi communeDont aucun des mortels‖ n’a pu se dispenser ?Quel monarque par là‖ n’a-t-on point vu passer ?Qui des saints a vécu‖ sans croix, sans infortune ?Ton maître Jésus-Christ‖ n’eut pas un seul momentDégagé des douleurs‖ et libre du tourmentQue de sa passion‖ avançoit la mémoire :Il fallut comme toi‖ qu’il portât son fardeau ;Il lui fallut souffrir‖ pour se rendre à sa gloire,Et pour monter au trône,‖ entrer dans le tombeau.
Quel privilége as-tu,‖ vil amas de poussière,Dont tu t’oses promettre‖ un plus heureux destin ?Crois-tu monter au ciel‖ par un autre chemin ?Crois-tu vaincre ici-bas‖ sous une autre bannière ?Jésus-Christ, en vivant,‖ n’a fait que soupirer,Il n’a fait que gémir,‖ il n’a fait qu’endurer ;Les plus beaux jours pour lui‖ n’ont été que supplices ;Et tu ne veux pour toi‖ que pompe et que plaisirs,Qu’une oisiveté vague‖ où flottent les délices,Qu’une pleine licence‖ où nagent tes desirs !
Tu t’abuses, pécheur,‖ si ton âme charméeCherche autre chose ici‖ que tribulations :Elle n’y peut trouver‖ que des afflictions,Que des croix, dont la vie‖ est toute parsemée.Souvent même, souvent‖ nous voyons arriverQue plus l’homme en esprit‖ apprend à s’élever,Et plus de son exil‖ les croix lui sont pesantes :Tel est d’un saint amour‖ le digne empressement,Que plus dans notre cœur‖ ses flammes sont puissantes,Plus il nous fait sentir‖ notre bannissement.
Ce cœur ainsi sensible‖ et touché de la sorteN’est pas pourtant sans joie‖ au milieu des douleurs,Et le fruit qu’il reçoit‖ de ses propres malheursS’augmente d’autant plus‖ que sa souffrance est forte :À peine porte-t-il‖ cette croix sans regret,Que Dieu par un secours‖ et solide et secretTourne son amertume‖ en douce confiance ;Et plus ce triste corps‖ est sous elle abattu,Plus par la grâce unie‖ à tant de patienceL’esprit fortifié‖ s’élève en la vertu.
Comme l’expérience‖ a toujours fait connoîtreQue le nœud de l’amour‖ est la conformité,Il soupire à toute heure‖ après l’adversité,Qui le fait d’autant mieux‖ ressembler à son maître.L’impatient desir‖ de cet heureux rapportDans un cœur tout de flamme‖ est quelquefois si fort,Qu’il ne voudroit pas être‖ un moment sans souffrance,Et croit avec raison‖ que plus il peut souffrir,Plus il plaît à ce maître,‖ et qu’enfin sa constanceEst le plus digne encens‖ qu’il lui sauroit offrir.
Mais ne présume pas‖ que la vertu de l’hommeProduise d’elle-même‖ une telle ferveur :C’est de ce maître aimé‖ la céleste faveurQui la fait naître en nous,‖ l’y nourrit, l’y consomme ;C’est de sa pleine grâce‖ un sacré mouvementQui sur la chair fragile‖ agit si puissamment,Que tout l’homme lui cède‖ et se fait violence,Et que ce qu’il abhorre‖ et que ce qu’il refuit,Sitôt que cette grâce‖ entre dans la balance,Devient tout ce qu’il aime‖ et tout ce qu’il poursuit.
Ce n’est pas de nos cœurs‖ la pente naturelleDe porter une croix,‖ de se plaire à pâtir,De châtier le corps‖ pour mieux assujettirSous les lois de l’esprit‖ ce dangereux rebelle :Il n’est pas naturel‖ de craindre et fuir l’honneur,De tenir le mépris‖ à souverain bonheur,De n’avoir pour soi-même‖ aucune propre estime,De supporter la peine‖ avec tranquillité,Et d’être des malheurs‖ la butte et la victime,Sans faire aucun souhait‖ pour la prospérité.
Tu ne peux rien, mortel,‖ de toutes ces merveilles,Quand ce n’est que sur toi‖ que tu jettes les yeux ;Mais quand ta confiance‖ est toute entière aux cieux,Elle en reçoit pour toi‖ des forces sans pareilles :Alors victorieux‖ de tous tes ennemis,La chair sous toi domptée‖ et le monde soumis,Ton âme de tes sens‖ ne se voit plus captive ;Et tu braves partout‖ le prince de l’enfer,Quand ton cœur à sa rage‖ oppose une foi vive,Et ton front cette croix‖ qui sut en triompher.
Résous-toi, résous-toi,‖ mais d’un courage extrême,En serviteur fidèle,‖ à porter cette croixOù ton maître lui-même‖ a rendu les abois,Pressé du seul amour‖ qu’il avoit pour toi-même.Te redirai-je encor‖ qu’il te faut préparerÀ mille et mille maux‖ que force d’endurerLe cours de cette triste‖ et misérable vie ?Te redirai-je encor‖ que le premier péchéEn a semé partout‖ une suite infinie,Qui te sauront trouver,‖ où que tu sois caché ?
Je ne m’en lasse point :‖ oui, c’est l’ordre des choses,Il n’est point de remède‖ à ce commun malheur ;Tu te verras sans cesse‖ accablé de douleur,Si tu ne peux souffrir,‖ si tu ne t’y disposes.Contemple de Jésus‖ l’affreuse passion,Bois son calice amer‖ avec affection,Si tu veux avoir part‖ à son grand héritage ;Et remets en souffrant‖ le soin à sa bontéDe consoler tes maux‖ durant cet esclavage,Et d’ordonner de tout‖ suivant sa volonté.
Cependant de ta part‖ ne reçois qu’avec joieCe qu’il te fait souffrir‖ de tribulations,Répute-les pour toi‖ des consolations,Des grâces que sur toi‖ sa main propre déploie.Songe que quoi qu’ici‖ tu puisses supporter,Tes maux, pour grands qu’ils soient,‖ ne peuvent mériterLe bien qui t’est promis‖ en la gloire future,Et que quand tu pourrois‖ souffrir tous les mépris,Souffrir tous les revers‖ dont gémit la nature,Tu ne souffrirois rien‖ digne d’un si haut prix.
Veux-tu faire un essai‖ du paradis en terre ?Veux-tu te rendre heureux‖ avant que de mourir ?Prends, pour l’amour de Dieu,‖ prends plaisir à souffrir,Prends goût à tous ces maux‖ qui te livrent la guerre.Souffrir avec regret,‖ souffrir avec chagrin,Tenir l’affliction‖ pour un cruel destin,La fuir, ou ne chercher‖ qu’à s’en voir bientôt quitte,C’est se rendre en effet‖ d’autant plus malheureux :L’affliction s’obstine‖ à suivre qui l’évite,Et lui porte partout‖ des coups plus rigoureux.
Range à ce que tu dois‖ ton âme en patience,Je veux dire à souffrir‖ de moment en moment,Et tes maux recevront‖ un prompt soulagementDe la solide paix‖ qu’aura ta conscience.Fusses-tu tout parfait,‖ fusses-tu de ces lieuxRavi, comme Saint Paul,‖ au troisième des cieux,Tu ne te verrois point‖ affranchi de traverses,Puisqu’enfin ce fut là‖ que le verbe incarnéLui fit voir les travaux‖ et les peines diversesQu’à souffrir pour son nom‖ il l’avoit destiné.
Tu n’as point à prétendre‖ ici d’autres délicesQu’une longue souffrance,‖ ou de corps ou d’esprit,Du moins si ton dessein‖ est d’aimer Jésus-Christ,Si tu veux jusqu’au bout‖ lui rendre tes services ;Et plût à sa bonté‖ que par un heureux choixUn violent desir‖ de supporter sa croixTe fît digne pour lui‖ de souffrir quelque chose !Que de gloire à ton cœur‖ ainsi mortifié !Que d’allégresse aux saints‖ dont tu serois la cause !Que ton prochain par là‖ seroit édifié !
On recommande assez‖ la patience aux autres,Mais il s’en trouve peu‖ qui veuillent endurer ;Et quand à notre tour‖ il nous faut soupirer,Ce remède à tous maux‖ n’est plus bon pour les nôtres.Tu devrois bien pourtant‖ souffrir un peu pour Dieu,Toi qui peux reconnoître‖ à toute heure, en tout lieu,Combien plus un mondain‖ endure pour le monde :Vois ce que sa souffrance‖ espère d’acquérir,Vois quel but a sa vie‖ en travaux si féconde,Et fais pour te sauver‖ ce qu’il fait pour périr.
Pour maxime infaillible‖ imprime en ta penséeQue chaque instant de vie‖ est un pas vers la mort,Et qu’il faut de ton âme‖ appliquer tout l’effortÀ goûter chaque jour‖ une mort avancée.C’est là, pour vivre heureux,‖ que tu dois recourir :Plus un homme à lui-même‖ étudie à mourir,Plus il commence à vivre‖ à l’auteur de son être ;Et des biens éternels‖ les célestes clartésJamais à nos esprits‖ ne se laissent connoître,S’ils n’acceptent pour lui‖ toutes adversités.
En ce monde pour toi‖ rien n’est plus salutaire,Rien n’est plus agréable‖ aux yeux du tout-puissant,Que d’y souffrir pour lui‖ le coup le plus perçant,Et par un saint amour‖ le rendre volontaire.Si Dieu même, si Dieu‖ t’y donnoit à choisirOu l’extrême souffrance‖ ou l’extrême plaisir,Tu devrois au plaisir‖ préférer la souffrance :Plus un si digne choix‖ régleroit tes desseins,Plus ta vie à la sienne‖ auroit de ressemblance,Et deviendroit conforme‖ à celle de ses saints.
Ce peu que nous pouvons‖ amasser de mérite,Ce peu qu’il contribue‖ à notre avancement,Ne gît pas aux douceurs‖ de cet épanchementQu’une vie innocente‖ au fond des cœurs excite.Non, ne nous flattons point‖ de ces illusions :Ce n’est pas la grandeur‖ des consolationsQui pour monter au ciel‖ rend notre âme plus forte ;C’est le nombre des croix,‖ c’en est la pesanteur,C’est la soumission‖ dont cette âme les porte,Qui l’élève et l’unit‖ à son divin auteur.
S’il étoit quelque chose‖ en toute la natureQui pour notre salut‖ fût plus avantageux,Ce Dieu, qui n’a pris chair‖ que pour nous rendre heureux,De parole et d’exemple‖ en eût fait l’ouverture.Ses disciples aimés‖ suivoient par là ses pas ;Et quiconque après eux‖ veut le suivre ici-bas,C’est de sa propre voix‖ qu’à souffrir il l’exhorte ;À tout sexe, à tout âge,‖ il fait la même loi :« Renonce à toi, dit-il,‖ prends ta croix, et la porte,Et par où j’ai marché‖ viens et marche après moi. »
Concluons en un mot,‖ et de tant de passages,De tant d’instructions‖ et de raisonnements,Réunissons pour fruit‖ tous les enseignementsÀ l’amour des malheurs,‖ à la soif des outrages :Affermissons nos cœurs‖ dans cette vérité,Que l’amas des vrais biens,‖ l’heureuse éternité,Ne se peut acquérir‖ qu’à force de souffrances,Que les afflictions‖ sont les portes des cieux,Qu’aux travaux Dieu mesure‖ enfin les récompenses,Et donne la plus haute‖ à qui souffre le mieux.
Versification
- Forme
- 35 dizains (dizains)
- Rimes
- 35(abbaccdede)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 35 dizains
- Mots à la rime
- a toi-même / s’aime féminine, classiqueb croix / lois masculine, classiquec fâcheux / épineux masculine, classiqued paroles / idoles féminine, classiquee criminels / éternels masculine, classiquea poudre / foudre féminine, classiqueb rassemblés / troublés masculine, classiquec rigueurs / cœurs masculine, classiqued empreinte / crainte féminine, classiquee étendard / part masculine, classiquea lumière / bannière féminine, classiqueb tribunal / fanal masculine, classiquec serviteurs / imitateurs masculine, classiqued volontaires / salaires féminine, classiquee ravissements / châtiments masculine, classiquea gloire / victoire féminine, classiqueb gagner / régner masculine, classiquec ennemis / promis masculine, classiqued elle / modèle féminine, classiquee tranquillité / sainteté masculine, classiquea suivie / vie féminine, classiqueb but / salut masculine, classiquec fois / croix masculine, classiqued traces / grâces féminine, classiquee faix / jamais masculine, classiquea sienne / tienne féminine, classiqueb toi / loi masculine, classiquec lui / ennui masculine, classiqued victoire / gloire féminine, classiquee vainement / tourment masculine, classiquea joie / voie féminine, classiqueb mourir / conquérir masculine, classiquec paix / souhaits masculine, classiqued donne / couronne féminine, classiquee mortifier / confier masculine, classiquea retracée / pensée féminine, classiqueb parts / regards masculine, classiquec contemplation / l’humiliation masculine, classiqued nature / sûre féminine, classiquee choix / croix masculine, classiquea dispose / chose féminine, classiqueb desir / déplaisir masculine, classiquec espérer / soupirer masculine, classiqued inévitable / intraitable féminine, classiquee douleur / malheur masculine, classiquea tendresse / foiblesse féminine, classiqueb exercé / enfoncé masculine, classiquec allégement / accablement masculine, classiqued peine / gêne féminine, classiquee d’endurer / durer masculine, classiquea t’instruire / conduire féminine, classiqueb douceur / cœur masculine, classiquec l’adversité / l’humilité masculine, classiqued souffrance / providence féminine, classiquee purement / tourment masculine, classiquea préparée / assurée féminine, classiqueb pas / voudras masculine, classiquec lois / croix masculine, classiqued s’aime / lui-même féminine, classiquee qu’ennui / lui masculine, classiquea tête / prête féminine, classiqueb dehors / efforts masculine, classiquec confondus / perdus masculine, classiqued patience / conscience féminine, classiquee lieux / cieux masculine, classiquea salutaire / volontaire féminine, classiqueb infirmité / nécessité masculine, classiquec travaux / maux masculine, classiqued finie / vie féminine, classiquee l’espérer / respirer masculine, classiquea portes / fortes féminine, classiqueb rejeter / porter masculine, classiquec pesant / cuisant masculine, classiqued inquiétudes / rudes féminine, classiquee croix / poids masculine, classiquea commune / infortune féminine, classiqueb dispenser / passer masculine, classiquec moment / tourment masculine, classiqued mémoire / gloire féminine, classiquee fardeau / tombeau masculine, classiquea poussière / bannière féminine, classiqueb destin / chemin masculine, classiquec soupirer / qu’endurer masculine, classiqued supplices / délices féminine, classiquee plaisirs / desirs masculine, classiquea charmée / parsemée féminine, classiqueb tribulations / afflictions masculine, classiquec arriver / s’élever masculine, classiqued pesantes / puissantes féminine, classiquee empressement / bannissement masculine, classiquea sorte / forte féminine, classiqueb douleurs / malheurs masculine, classiquec regret / secret masculine, classiqued confiance / patience féminine, classiquee abattu / vertu masculine, classiquea connoître / maître / être féminine, classiqueb conformité / l’adversité masculine, classiquec rapport / fort masculine, classiqued souffrance / constance féminine, classiquee souffrir / offrir masculine, classiquea l’homme / consomme féminine, classiqueb ferveur / faveur masculine, classiquec mouvement / puissamment masculine, classiqued violence / balance féminine, classiquee refuit / poursuit masculine, classiquea naturelle / rebelle féminine, classiqueb pâtir / assujettir masculine, classiquec l’honneur / bonheur masculine, classiqued estime / victime féminine, classiquee tranquillité / prospérité masculine, classiquea merveilles / pareilles féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquec ennemis / soumis masculine, classiqued captive / vive féminine, classiquee l’enfer / triompher masculine, classiquea extrême / toi-même féminine, équivalenteb croix / abois masculine, classiquec préparer / d’endurer masculine, classiqued vie / infinie féminine, classiquee péché / caché masculine, classiquea choses / disposes féminine, classiqueb malheur / douleur masculine, classiquec passion / affection masculine, classiqued héritage / esclavage féminine, classiquee bonté / volonté masculine, classiquea joie / déploie féminine, classiqueb tribulations / consolations masculine, classiquec supporter / mériter masculine, classiqued future / nature féminine, classiquee mépris / prix masculine, classiquea terre / guerre féminine, classiqueb mourir / souffrir masculine, classiquec chagrin / destin masculine, classiqued quitte / l’évite féminine, classiquee malheureux / rigoureux masculine, classiqueb moment / soulagement masculine, classiqued traverses / diverses féminine, classiquee incarné / destiné masculine, classiquea délices / services féminine, classiqueb d’esprit / Jésus-Christ masculine, classiqued chose / cause féminine, classiquee mortifié / édifié masculine, classiquea autres / nôtres féminine, classiqueb endurer / soupirer masculine, classiquec Dieu / lieu masculine, classiqued monde / féconde féminine, classiquee d’acquérir / périr masculine, classiquea pensée / avancée féminine, classiqueb mort / l’effort masculine, classiquec recourir / mourir masculine, classiquee clartés / adversités masculine, classiqueb tout-puissant / perçant masculine, classiquec choisir / plaisir masculine, classiqued souffrance / ressemblance féminine, classiquee desseins / saints masculine, classiquea mérite / excite féminine, classiqueb avancement / épanchement masculine, classiquec illusions / consolations masculine, classiqued forte / porte féminine, classiquee pesanteur / auteur masculine, classiquea nature / l’ouverture féminine, classiqueb avantageux / heureux masculine, classiquec pas / ici-bas masculine, classiqued l’exhorte / porte féminine, classiquee loi / moi masculine, classiquea passages / outrages féminine, classiqueb raisonnements / enseignements masculine, classiquec vérité / éternité masculine, classiqued souffrances / récompenses féminine, classiquee cieux / mieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
350 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources