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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre quatrième

Chapitre Xii

Qu’il faut se préparer avec grand soin à la communion.

Pierre Corneille· distiques, alexandrins, 100 vers

J’aime la pureté‖ par-dessus toute chose :Je cherche le cœur net,‖ c’est là que je repose ;C’est moi qui donne ici‖ toute la sainteté,Et j’en fais bonne part‖ à cette pureté.Je l’ai dit autrefois,‖ et je te le répète :« Prépare en ta maison‖ une salle bien nette,Et nous viendrons soudain,‖ mes disciples et moi,Y célébrer la pâque,‖ et la faire avec toi. »

Si tu veux que j’y vienne‖ établir ma demeure,Purge ce vieux levain‖ qui s’enfle d’heure en heure,Et par l’austérité‖ d’une sainte rigueurSache purifier‖ le séjour de ton cœur :Des vanités du monde‖ exclus-en les tumultes ;Des folles passions‖ bannis-en les insultes ;Tiens-y-toi solitaire,‖ et tel qu’un passereauQui d’un arbre écarté‖ s’est choisi le coupeau,Repasse en ton esprit‖ avec mille amertumesEt tes honteux défauts‖ et tes lâches coutumes.Quiconque pour un autre‖ a quelque affectionPrépare un digne lieu‖ pour sa réception,Et le soin qu’il en prend‖ est d’autant plus extrêmeQue par là cet ami‖ juge à quel point on l’aime.

Mais ne présume pas‖ qu’il soit en ton pouvoirPar ta propre vertu‖ de me bien recevoir,Ni que ton plus grand soin‖ ait en soi le mériteDe m’apprêter un lieu‖ digne que je l’habite.Quand durant tout le temps‖ qu’à tes jours j’ai prescritIl ne te passeroit‖ autre chose en l’esprit,Tu verrois que l’esprit‖ qu’une vie y dispose,Si je n’y mets la main,‖ ne fait que peu de chose.

Ma bonté qui t’invite‖ à ce divin repasT’y permet un accès‖ qu’elle ne te doit pas ;Et comme à cette table‖ elle seule t’appelle,Lorsque je t’y reçois,‖ je ne regarde qu’elle.Viens-y, mais seulement‖ en me remerciant,Tel qu’à celle d’un roi‖ se sied un mendiant,Qui n’ayant rien d’égal‖ à de si hautes grâces,S’humilie à ses pieds,‖ en adore les traces,Et lui fait ce qu’il peut‖ de rétributionsPar ses remercîments‖ et ses submissions.

Viens-y, non par coutume,‖ ou par quelque contrainte,Mais avec du respect,‖ mais avec de la crainte,Mais avec de l’amour,‖ mais avec de la foi,Fais avec diligence‖ autant qu’il est en toi ;Viens ainsi, prends ainsi‖ le corps d’un dieu qui t’aime,Et que tu dois aimer‖ au delà de toi-même.

Il veut loger en toi,‖ lui qui remplit les cieux ;Il descend jusqu’à toi‖ pour t’encourager mieux ;Lui-même il te convie‖ à ce banquet céleste ;Lui-même il te l’ordonne,‖ et suppléera le reste :Si tes défauts sont grands,‖ plus grand est son pouvoir ;Approche en confiance,‖ et viens le recevoir.

Si tu sens qu’un beau feu‖ fonde ta vieille glace,Rends grâces à ce dieu‖ qui te fait cette grâce ;Non qu’il t’ait pu devoir‖ une telle amitié,Mais parce que son œil‖ te regarde en pitié.Si ton zèle au contraire‖ impuissant ou languideDe moment en moment‖ te laisse plus aride,Redouble ta prière‖ et tes gémissementsPour arracher de lui‖ de meilleurs sentiments :Persévère, importune,‖ obstine-toi de sorteÀ pleurer à ses pieds,‖ à frapper à sa porte,Qu’il t’ouvre, ou que du moins‖ de ce bien souverainIl laisse distiller‖ quelque goutte en ton sein.

Cette importunité‖ n’est jamais incivile :Je te suis nécessaire‖ et tu m’es inutile ;Tu ne viens pas à moi‖ pour me sanctifier,Mais je m’abaisse à toi‖ pour te justifier,Pour te combler de biens,‖ pour te donner la voieDe croître ton bonheur‖ et d’affermir ta joie.Tu viens à mon banquet‖ pour en sortir plus saint,Pour rallumer en toi‖ la ferveur qui s’éteint,Pour mieux t’unir à moi‖ d’une chaîne éternelle,Pour recevoir d’en haut‖ une grâce nouvelle,Et pour voir naître en toi‖ de son épanchementDe plus pressants desirs‖ pour ton amendement.Garde de négliger‖ une faveur si grande,Tiens-lui ton cœur ouvert,‖ fais-m’en entière offrande ;Et m’ayant dignement‖ préparé ce séjour,Introduis-y l’objet‖ de ton céleste amour.

Mais ce n’est pas assez‖ d’y préparer ton âmeAvec toute l’ardeur‖ d’une céleste flamme :Si pour l’y disposer‖ il faut beaucoup de soins,Le sacrement reçu‖ n’en demande pas moins,Et le recueillement‖ après ce grand remèdeDoit égaler du moins‖ l’ardeur qui le précède.Oui, la retraite sainte‖ après le sacrementEst un sublime apprêt‖ pour le redoublement,Et la communion‖ où la ferveur abondeÀ de plus grands effets‖ prépare la seconde.

Qui trop tôt s’y relâche‖ en perd soudain le fruit,Et se dispose mal‖ à celle qui la suit.Tiens-toi dans le silence,‖ et rentre dans toi-même,Pour jouir en secret‖ de ce bonheur suprême :Si tu sais une fois‖ l’art de le conserver,Le monde tout entier‖ ne t’en sauroit priver.Mais il faut qu’à moi seul‖ ton cœur entier se donne,Pour vivre plus en moi‖ qu’en ta propre personne,Sans que tout l’univers‖ sous aucunes couleursT’inquiète l’esprit‖ pour ce qui vient d’ailleurs.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
50((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 distiques
Mots à la rime
a chose / repose féminine, classiqueb sainteté / pureté masculine, classiquea répète / nette féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquea demeure / heure féminine, classiqueb rigueur / cœur masculine, classiquea tumultes / insultes féminine, classiqueb passereau / coupeau masculine, classiquea amertumes / coutumes féminine, classiqueb affection / réception masculine, classiquea extrême / l’aime féminine, classiqueb pouvoir / recevoir masculine, classiquea mérite / l’habite féminine, classiqueb prescrit / l’esprit masculine, classiquea dispose / chose féminine, classiqueb repas / pas masculine, classiquea t’appelle / qu’elle féminine, classiqueb remerciant / mendiant masculine, classiquea grâces / traces féminine, classiqueb rétributions / submissions masculine, classiquea contrainte / crainte féminine, classiqueb foi / toi masculine, classiquea t’aime / toi-même féminine, classiqueb cieux / mieux masculine, classiquea céleste / reste féminine, classiquea glace / grâce féminine, classiqueb amitié / pitié masculine, classiquea languide / aride féminine, classiqueb gémissements / sentiments masculine, classiquea sorte / porte féminine, classiqueb souverain / sein masculine, classiquea incivile / inutile féminine, classiqueb sanctifier / justifier masculine, classiquea voie / joie féminine, classiqueb saint / s’éteint masculine, classiquea éternelle / nouvelle féminine, classiqueb épanchement / amendement masculine, classiquea grande / offrande féminine, classiqueb séjour / amour masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb soins / moins masculine, classiquea remède / précède féminine, classiqueb sacrement / redoublement masculine, classiquea abonde / seconde féminine, classiqueb fruit / suit masculine, classiquea toi-même / suprême féminine, classiqueb conserver / priver masculine, classiquea donne / personne féminine, classiqueb couleurs / d’ailleurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

100 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources