Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre quatrième
Chapitre Xiii
Que l’ame dévote doit s’efforcer de tout son cœur à s’unir à Jésus-Christ dans le sacrement.
Qui me la donnera, seigneur,Cette joie où mon âme aspire,De pouvoir seul à seul‖ te montrer tout mon cœur,Et de jouir de toi‖ comme je le desire ?
Que je rirai lors des méprisQu’auront pour moi les créatures !Qu’il m’importera peu‖ si leurs foibles espritsMe comblent de faveurs,‖ ou m’accablent d’injures !
Je te dirai tout mon secret,Tu me diras le tien de même,Tel qu’un ami s’explique‖ avec l’ami discret,Tel qu’un amant fidèle‖ entretient ce qu’il aime.
C’est là, seigneur, tout mon desir,C’est tout ce dont je te conjure,Qu’une sainte union‖ à ton seul bon plaisirArrache de mon cœur‖ toute la créature ;
Qu’à force de communions,D’offrandes et de sacrifices,Élevant jusqu’au ciel‖ toutes mes passions,J’apprenne à ne goûter‖ que ses pures délices.
Quand viendra-t-il, cet heureux jour,Ce moment tout beau, tout céleste,Qu’absorbé tout en toi‖ par un parfait amour,Je m’oublierai moi-même‖ et fuirai tout le reste ?
Viens en moi, tiens-toi tout en moi ;Souffre à tes bontés adorablesDe nous faire à tous deux‖ cette immuable loi,Qu’à jamais cet amour‖ nous rende inséparables.
N’es-tu pas ce cher bien-aimé,Cet époux choisi d’entre mille,À qui veut s’attacher‖ mon cœur tout enflammé,Tant qu’il respirera‖ dedans ce tronc mobile ?
N’es-tu pas seul toute ma paix,Paix véritable et souveraine,Hors de qui les travaux‖ ne finissent jamais,Hors de qui tout plaisir‖ n’est que trouble et que peine ?
N’es-tu pas cette déitéIneffable, incompréhensible,Qui fuyant tout commerce‖ avec l’impiété,Au cœur simple, au cœur humble‖ es toujours accessible ?
Seigneur, que ton esprit est doux !Que pour tes enfants il est tendre !Et que c’est les aimer‖ que de les nourrir tousDe ce pain que du ciel‖ tu fais pour eux descendre !
Est-il une autre nationSi grande, si favorisée,Qui possède ses dieux‖ avec telle union,Qui trouve leur approche‖ également aisée ?
Chaque jour, pour nous soulager,Pour nous porter au bien suprême,Tu nous offres à tous‖ ton vrai corps à manger,Tu nous donnes à tous‖ à jouir de toi-même.
Quel climat est si précieuxSur qui nous n’ayons l’avantage ?Et quelle créature‖ obtint jamais des cieuxRien d’égal à ce don‖ qui fait notre partage ?
Un dieu venir jusqu’en nos cœurs !De sa chair propre nous repaître !Ô grâce inexplicable !‖ ô célestes faveurs !Par quels dignes présents‖ puis-je les reconnoître ?
Que te rendrai-je, ô Dieu tout bon,Après ce trait d’amour immense ?Où pourrai-je trouver‖ de quoi te faire un donQui puisse tenir lieu‖ d’une reconnoissance ?
Je l’ai, mon Dieu, j’ai ce de quoiTe faire une agréable offrande ;Je n’ai qu’à me donner‖ de tout mon cœur à toi,Et je te rendrai tout‖ ce qu’il faut qu’on te rende.
Oui, c’est là tout ce que tu veuxPour cette faveur infinie.Seigneur, que d’allégresse‖ animera mes vœux,Quand je verrai mon âme‖ avec toi bien unie !
D’un ton amoureux et divinTu me diras lors à toute heure :« Si tu veux avec moi‖ vivre jusqu’à la fin,Avec toi jusqu’au bout‖ je ferai ma demeure. »
Et je te répondrai soudain :« si tu m’en veux faire la grâce,Seigneur, c’est de ma part‖ mon unique dessein ;Fais que d’un si beau nœud‖ jamais je ne me lasse. »
Versification
- Forme
- 20 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 20(abab)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (40 de 8, 40 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 20 quatrains
- Mots à la rime
- a seigneur / cœur masculine, classiqueb aspire / desire féminine, classiquea mépris / esprits masculine, classiqueb créatures / d’injures féminine, classiquea secret / discret masculine, classiqueb même / aime féminine, classiquea desir / plaisir masculine, classiqueb conjure / créature féminine, classiquea communions / passions masculine, classiqueb sacrifices / délices féminine, classiquea jour / amour masculine, classiqueb céleste / reste féminine, classiquea moi / loi masculine, classiqueb adorables / inséparables féminine, classiquea bien-aimé / enflammé masculine, classiqueb mille / mobile féminine, classiquea paix / jamais masculine, classiqueb souveraine / peine féminine, classiquea déité / l’impiété masculine, classiqueb incompréhensible / accessible féminine, classiquea doux / tous masculine, classiqueb tendre / descendre féminine, classiquea nation / union masculine, classiqueb favorisée / aisée féminine, classiquea soulager / manger masculine, classiqueb suprême / toi-même féminine, classiquea précieux / cieux masculine, classiqueb l’avantage / partage féminine, classiquea cœurs / faveurs masculine, classiqueb repaître / reconnoître féminine, classiquea bon / don masculine, classiqueb immense / reconnoissance féminine, classiquea quoi / toi masculine, classiqueb offrande / rende féminine, classiquea veux / vœux masculine, classiqueb infinie / unie féminine, classiquea divin / fin masculine, classiqueb heure / demeure féminine, classiquea soudain / dessein masculine, classiqueb grâce / lasse féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources