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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre quatrième

Chapitre XV

Que la grace de la dévotion s’acquiert par l’humilité et par l’abnégation de soi-même.

Pierre Corneille· 9 dizains, alexandrins, 90 vers

Pour devenir dévot,‖ prends de la confiance,Recherche cette grâce‖ avec attachement ;Sache la demander‖ avec empressement ;Attends-la sans chagrin‖ et sans impatience.D’un cœur reconnoissant‖ tu dois la recevoir,Conserver ses trésors‖ sous un humble devoir,Appliquer toute l’âme‖ à leur plus digne usage,Et remettre avec joie‖ au grand dispensateurLe temps et la façon‖ d’avancer un ouvrageQui n’a que lui pour but,‖ et que lui pour auteur.

Quand le zèle te manque,‖ ou qu’il n’a que foiblesse,Trouve à t’humilier‖ dans ton peu de vertu ;Mais garde que ton cœur‖ n’en soit trop abattu,Et ne t’en laisse pas‖ accabler de tristesse.Dieu souvent est prodigue‖ après de longs refus,Le bonheur qu’il diffère‖ en devient plus diffus,Les faveurs qu’il recule‖ en sont plus singulières :Il se plaît à surprendre,‖ il choisit son moment,Et souvent il accorde‖ à la fin des prièresLa grâce qu’il dénie‖ à leur commencement.

S’il en faisoit le don‖ sitôt qu’on le demande,L’homme ne sauroit pas‖ ce que vaut un tel bien,Tant il oublieroit tôt‖ sa foiblesse et son rien,Tant il voudroit peu voir‖ que sa misère est grande !Le prix en décroîtroit‖ par la facilité.Attends donc cette grâce‖ avec humilité,Avec un ferme espoir‖ armé de patience ;Et si tu ne l’obtiens,‖ ou s’il te veut l’ôter,N’en cherche la raison‖ que dans ta conscience :C’est à tes seuls péchés‖ que tu dois l’imputer.

Peu de chose souvent‖ à mes faveurs s’oppose ;Peu de chose repousse‖ ou rétraint leur pouvoir ;Si l’on peut toutefois‖ ou dire ou concevoirQue ce qui le rétraint‖ ne soit que peu de chose.L’obstacle est toujours grand‖ de qui l’amusementÀ de pareils bonheurs‖ forme un empêchement ;Mais soit grand, soit léger,‖ apprends à t’en défaire :Triomphe pleinement‖ de ce qui le produit ;Et sans plus craindre alors‖ qu’un tel bien se diffère,De tes plus doux souhaits‖ tu recevras le fruit.

Aussitôt qu’une entière‖ et fidèle retraiteEn Dieu de tout ton cœur‖ t’aura su résigner,Et que ton propre choix‖ s’y verra dédaignerJusqu’à tenir égal‖ quoi qu’il aime ou rejette,En de si bonnes mains‖ ce cœur vraiment remisDans l’heureuse union‖ de ton esprit soumisD’un repos assuré‖ trouvera l’abondance ;Et rien ne touchera‖ ton goût ni ton desirComme l’ordre éternel‖ de cette providence,Dont tu rechercheras‖ partout le bon plaisir.

Quiconque, le cœur simple‖ et l’intention pure,Me donne tous ses soins‖ avec sincérité,Quiconque sait porter‖ cette simplicitéAu-dessus de soi-même‖ et de la créature :Au moment qu’il bannit‖ ces folles passions,Et le déréglement‖ de ces aversionsQue souvent l’amour-propre‖ inspire aux âmes basses,Il mérite aussitôt‖ de recevoir des cieuxLes pleins écoulements‖ du torrent de mes grâces,Et l’ardeur qui rend l’homme‖ agréable à mes yeux.

Ma libéralité,‖ féconde en biens solides,Ne peut voir de mélange‖ où je viens m’établir :Je veux remplir moi seul‖ ce que je veux remplir,Et ne verse mes dons‖ que dans des vaisseaux vides.Plus un homme renonce‖ aux choses d’ici-bas,Plus un parfait mépris‖ de tous leurs vains appasL’avance en l’art sacré‖ de mourir à soi-même,D’autant plus tôt ma grâce‖ anime sa langueur,D’autant plus de ses dons‖ l’affluence est extrême,Et porte haut en lui‖ la liberté du cœur.

En cet heureux état‖ avec pleine tendresseIl saura s’abîmer‖ dans mes doux entretiens,Et lui-même admirant‖ ces abîmes de biens,Il verra tout son cœur‖ dilaté d’allégresse.Moi-même, prenant soin‖ de conduire ses pas,Je lui ferai partout‖ goûter les saints appasQue je verse dans l’âme‖ où je fais ma demeure ;Et comme dans ma main‖ tout entier il s’est mis,Ma main toute-puissante,‖ en tous lieux, à toute heure,Lui servira d’appui‖ contre tous ennemis.

Ainsi sera béni‖ l’homme qui ne s’enflammeQue des saintes ardeurs‖ de ne chercher que moi,L’homme qui ne voulant‖ que mon vouloir pour loi,N’a pas en vain reçu‖ l’empire de son âme.Il n’approchera point‖ de la communionSans emporter en soi‖ l’amoureuse unionQui doit être le fruit‖ de ce divin mystère ;Et j’épandrai sur lui‖ cet excès de bonheur,Pour avoir moins cherché‖ par où se satisfaireQue par où soutenir‖ ma gloire et mon honneur.

Versification

Forme
9 dizains (dizains)
Rimes
9(abbaccdede)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
9 dizains
Mots à la rime
a confiance / impatience féminine, classiqueb attachement / empressement masculine, classiquec recevoir / devoir masculine, classiqued usage / ouvrage féminine, classiquee dispensateur / auteur masculine, classiquea foiblesse / tristesse féminine, classiqueb vertu / abattu masculine, classiquec refus / diffus masculine, classiqued singulières / prières féminine, classiquee moment / commencement masculine, classiquea demande / grande féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquec facilité / humilité masculine, classiqued patience / conscience féminine, classiquee l’ôter / l’imputer masculine, classiquea s’oppose / chose féminine, classiqueb pouvoir / concevoir masculine, classiquec l’amusement / empêchement masculine, classiqued défaire / diffère féminine, classiquee produit / fruit masculine, classiquea retraite / rejette féminine, classiqueb résigner / dédaigner masculine, classiquec remis / soumis masculine, classiqued l’abondance / providence féminine, classiquee desir / plaisir masculine, classiquea pure / créature féminine, classiqueb sincérité / simplicité masculine, classiquec passions / aversions masculine, classiqued basses / grâces féminine, classiquee cieux / yeux masculine, classiquea solides / vides féminine, classiqueb m’établir / remplir masculine, classiquec d’ici-bas / appas masculine, classiqued soi-même / extrême féminine, classiquee langueur / cœur masculine, classiquea tendresse / d’allégresse féminine, classiqueb entretiens / biens masculine, classiquec pas / appas masculine, classiqued demeure / heure féminine, classiquee mis / ennemis masculine, classiquea s’enflamme / âme féminine, classiqueb moi / loi masculine, classiquec communion / union masculine, classiqued mystère / satisfaire féminine, classiquee bonheur / honneur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources