Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre quatrième

Chapitre Xvii

Du desir ardent de recevoir Jésus-Christ.

Pierre Corneille· distiques, alexandrins, 116 vers

Avec tous les transports‖ dont est capable une âme,Avec toute l’ardeur‖ d’une céleste flamme,Avec tous les élans‖ d’un zèle affectueux,Et les humbles devoirs‖ d’un cœur respectueux,Je souhaite approcher‖ de ta divine table,J’y souhaite porter‖ cet amour véritable,Cette ferveur sincère‖ et ces fermes proposQu’y portèrent jadis‖ tant d’illustres dévots,Tant d’élus, tant de saints,‖ dont la vie exemplaireSut le mieux pratiquer‖ le grand art de te plaire.Oui, mon Dieu, mon seul bien,‖ mon amour éternel,Tout chétif que je suis,‖ tout lâche et criminel,Je veux te recevoir‖ avec autant de zèleQue jamais de tes saints‖ ait eu le plus fidèle,Et je souhaiterois‖ qu’il fût en mon pouvoirD’en avoir encor plus‖ qu’il n’en put concevoir.

Je sais qu’à ces desirs‖ en vain mon cœur s’excite :Ils passent de trop loin‖ sa force et son mérite ;Mais tu vois sa portée,‖ il va jusques au bout :Il t’offre ce qu’il a,‖ comme s’il avoit tout,Comme s’il avoit seul‖ en sa pleine puissanceCes grands efforts d’amour‖ et de reconnoissance,Comme s’il avoit seul‖ tous les pieux desirsQui d’une âme épurée‖ enflamment les soupirs,Comme s’il avoit seul‖ toute l’ardeur secrète,Tous les profonds respects‖ d’une vertu parfaite.

Si ce qu’il t’offre est peu,‖ du moins c’est tout son bien :C’est te donner beaucoup‖ que ne réserver rien.Qui de tout ce qu’il a‖ te fait un plein hommageT’offriroit beaucoup plus,‖ s’il pouvoit davantage.Je m’offre donc entier,‖ et tout ce que je puis,Sans rien garder pour moi‖ de tout ce que je suis :Je m’immole moi-même,‖ et pour toute ma vie,Au pied de tes autels,‖ en volontaire hostie.

Que ne puis-je, ô mon Dieu,‖ suppléer mon défautPar tout ce qu’après toi‖ le ciel a de plus haut !Et pour mieux exprimer‖ tout ce que je desire(mais, ô mon rédempteur,‖ t’oserai-je le dire ?Si je te fais l’aveu‖ de ma témérité,Lui pardonneras-tu‖ d’avoir tant souhaité ? ),Je souhaite aujourd’hui‖ recevoir ce mystèreAinsi que te reçut‖ ta glorieuse mère,Lorsqu’aux avis qu’un ange‖ exprès lui vint donnerDu choix que faisoit d’elle‖ un Dieu pour s’incarner,Elle lui répondit‖ et confuse et constante :« Je ne suis du seigneur‖ que l’indigne servante ;Qu’il fasse agir sur moi‖ son pouvoir absolu,Comme tu me le dis‖ et qu’il l’a résolu. »Tout ce qu’elle eut alors‖ pour toi de révérence,De louanges, d’amour,‖ et de reconnoissance,Tout ce qu’elle eut de foi,‖ d’espoir, de pureté,Durant ce digne effort‖ de son humilité,Je voudrois tout porter‖ à cette sainte tableOù tu repais les tiens‖ de ton corps adorable.Que ne puis-je du moins‖ par un céleste feuÀ ton grand précurseur‖ ressembler tant soit peu,À cet illustre saint,‖ dont la haute excellenceSemble sur tout le reste‖ emporter la balance !Que n’ai-je les élans‖ dont il fut animéLorsqu’aux flancs maternels‖ encor tout enfermé,Impatient déjà‖ de préparer ta voie,Il sentit ta présence,‖ et tressaillit de joie,Mais d’une sainte joie‖ et d’un tressaillementDont le Saint-Esprit seul‖ formoit le mouvement !

Lorsqu’il te vit ensuite‖ être ce que nous sommes,Converser, enseigner,‖ vivre parmi les hommes,Tout enflammé d’ardeur :‖ « quiconque aime l’époux,Cria-t-il, de sa voix‖ trouve l’accent si doux,Que de ses tons charmeurs‖ l’amoureuse tendresse,Sitôt qu’il les entend,‖ le comble d’allégresse. »Que n’ai-je ainsi que lui‖ ces hauts ravissements,Ces desirs embrasés,‖ et ces grands sentiments,Afin que tout mon cœur‖ dans un transport sublimeT’offre une plus entière‖ et plus noble victime ?

J’ajoute donc au peu‖ qu’il m’est permis d’avoirTout ce que tes dévots‖ en peuvent concevoir,

Ces entretiens ardents,‖ ces ferveurs extatiquesOù seul à seul toi-même‖ avec eux tu t’expliques,Ces lumières d’en haut‖ qui leur ouvrent les cieux,Ces claires visions‖ pour qui l’âme a des yeux,Ces amas de vertus,‖ ces concerts de louanges,Que les hommes sur terre‖ et qu’au ciel tous les anges,Que toute créature‖ enfin pour tes bienfaitsEt te rend chaque jour,‖ et te rendra jamais.J’offre tous ces desirs,‖ ces ardeurs, ces lumières,Pour moi, pour les pécheurs‖ commis à mes prières,Pour nous unir ensemble‖ et nous sacrifierÀ te louer sans cesse‖ et te glorifier.

Reçois de moi ces vœux‖ d’allégresse infinie,Ces desirs que partout‖ ta bonté soit bénie,Ces vœux justement dus‖ à ton infinité,Ces desirs que tout doit‖ à ton immensité :Je te les rends, seigneur,‖ et je te les veux rendre,Tant que de mon exil‖ le cours pourra s’étendre,Chaque jour, chaque instant,‖ devant tous, en tous lieux.Puisse tout ce qu’il est‖ d’esprits saints dans les cieux,Puisse tout ce qu’il est‖ en terre de fidèles,Te rendre ainsi que moi‖ des grâces éternelles,Te bénir avec moi‖ de l’excès de tes biens,Et joindre avec ferveur‖ tous leurs encens aux miens !

Que des peuples divers‖ les différents langagesNe fassent qu’une voix‖ pour t’offrir leurs hommages !Que tous mettent leur gloire‖ et leur ambitionÀ louer à l’envi‖ les grandeurs de ton nom !

Fais, seigneur, que tous ceux‖ qu’un zèle véritableAnime à célébrer‖ ton mystère adorable,Que tous ceux dont l’amour‖ te reçoit avec foiObtiennent pour eux grâce‖ et t’invoquent pour moi.Quand la sainte union‖ où leurs souhaits aspirentLes aura tous remplis‖ des douceurs qu’ils desirent,Qu’ils sentiront en eux‖ ces consolationsQue versent à grands flots‖ tes bénédictions,Qu’ils sortiront ravis‖ de ta céleste table,Fais qu’ils prennent souci‖ d’aider un misérable,Et que leurs saints transports,‖ avant que de finir,D’un pécheur comme moi‖ daignent se souvenir.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
58((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 distiques
Mots à la rime
a âme / flamme féminine, classiqueb affectueux / respectueux masculine, classiquea table / véritable féminine, classiqueb propos / dévots masculine, classiquea exemplaire / plaire féminine, classiqueb éternel / criminel masculine, classiquea zèle / fidèle féminine, classiqueb pouvoir / concevoir masculine, classiquea s’excite / mérite féminine, classiqueb bout / tout masculine, classiquea puissance / reconnoissance féminine, classiqueb desirs / soupirs masculine, classiquea secrète / parfaite féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquea hommage / davantage féminine, classiqueb puis / suis masculine, classiquea vie / hostie féminine, classiqueb défaut / haut masculine, classiquea desire / dire féminine, classiqueb témérité / souhaité masculine, classiquea mystère / mère féminine, classiqueb donner / s’incarner masculine, classiquea constante / servante féminine, classiqueb absolu / résolu masculine, classiquea révérence / reconnoissance féminine, classiqueb pureté / humilité masculine, classiquea table / adorable féminine, classiqueb feu / peu masculine, classiquea excellence / balance féminine, classiqueb animé / enfermé masculine, classiquea voie / joie féminine, classiqueb tressaillement / mouvement masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb l’époux / doux masculine, classiquea tendresse / d’allégresse féminine, classiqueb ravissements / sentiments masculine, classiquea sublime / victime féminine, classiqueb d’avoir / concevoir masculine, classiquea extatiques / t’expliques féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquea louanges / anges féminine, classiqueb bienfaits / jamais masculine, classiquea lumières / prières féminine, classiqueb sacrifier / glorifier masculine, classiquea infinie / bénie féminine, classiqueb infinité / immensité masculine, classiquea rendre / s’étendre féminine, classiqueb lieux / cieux masculine, classiquea fidèles / éternelles féminine, classiqueb biens / miens masculine, classiquea langages / hommages féminine, classiqueb ambition / nom masculine, classiquea véritable / adorable féminine, classiqueb foi / moi masculine, classiquea aspirent / desirent féminine, classiqueb consolations / bénédictions masculine, classiquea table / misérable féminine, classiqueb finir / souvenir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

116 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources