Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre troisième
Chapitre Xxix
Comment il faut invoquer Dieu, et le bénir aux approches de la tribulation.
Tu le veux, ô mon Dieu,‖ que cette inquiétude,Ce profond déplaisir,‖ vienne troubler ma paix :Après tant de douceurs‖ ta main veut m’être rude,Et moi j’en veux bénir‖ ton saint nom à jamais.
Je ne saurois parer‖ ce grand coup de tempête :Ses approches déjà‖ me font pâlir d’effroi ;Et tout ce que je puis,‖ c’est de baisser la tête,C’est de forcer mon cœur‖ à recourir à toi.
Je ne demande point‖ que tu m’en garantisses ;Il suffit que ton bras‖ daigne être mon appui,Et que l’heureux succès‖ de tes bontés propicesMe rende salutaire‖ un si cuisant ennui.
Je le sens qui m’accable :‖ ah ! Seigneur, que j’endure !Que d’agitations‖ me déchirent le cœur !Qu’il se trouve au milieu‖ d’une étrange torture !Et qu’il y soutient mal‖ sa mourante vigueur !
Père doux et bénin,‖ qui connois ma foiblesse,Que faut-il que je die‖ en cet accablement ?Tu vois de toutes parts‖ quelle rigueur me presse :Sauve-moi, mon sauveur,‖ d’un si cruel moment.
Mais il n’est arrivé,‖ ce moment qui me tue,Qu’à dessein que ta gloire‖ en prenne plus d’éclat,Lorsqu’après avoir vu‖ ma constance abattue,On la verra par toi‖ braver ce qui l’abat.
Étends donc cette main‖ puissante et débonnaireQui par notre triomphe‖ achève nos combats ;Car chétif que je suis,‖ sans toi que puis-je faire ?De quel côté sans toi‖ puis-je tourner mes pas ?
Encor pour cette fois‖ donne-moi patience :Aide-moi par ta grâce‖ à ne point murmurer ;Et je ne craindrai point‖ sur cette confiance,Pour grands que soient les maux‖ qu’il me faille endurer.
Cependant derechef‖ que faut-il que je die ?Ton saint vouloir soit fait,‖ ton ordre exécuté.Perte de biens, disgrâce,‖ opprobre, maladie,Tout est juste, seigneur,‖ et j’ai tout mérité.
C’est à moi de souffrir,‖ et plaise à ta clémenceQue ce soit sans chagrin,‖ sans bruit, sans m’échapper,Jusqu’à ce que l’orage‖ ait moins de véhémence,Jusqu’à ce que le calme‖ ait pu le dissiper !
Ta main toute-puissante‖ est encore aussi forteQue l’ont sentie en moi‖ tant d’autres déplaisirs,Et peut rompre le coup‖ que celui-ci me porte,Comme elle a mille fois‖ arrêté mes soupirs.
Elle qui de mes maux‖ domptant la barbarie,A souvent des abois‖ rappelé ma vertu,Peut encor de ceux-ci‖ modérer la furie,De peur que je n’en sois‖ tout à fait abattu.
Oui, ta pitié, mon dieu,‖ soutenant mon courage,Peut le rendre vainqueur‖ de leur plus rude assaut ;Et plus ce changement‖ m’est un pénible ouvrage,Plus je le vois facile‖ à la main du très-haut.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a inquiétude / rude féminine, classiqueb paix / jamais masculine, classiquea tempête / tête féminine, classiqueb d’effroi / toi masculine, classiquea garantisses / propices féminine, classiqueb appui / ennui masculine, classiquea j’endure / torture féminine, classiqueb cœur / vigueur masculine, classiquea foiblesse / presse féminine, classiqueb accablement / moment masculine, classiquea tue / abattue féminine, classiqueb d’éclat / l’abat masculine, classiquea débonnaire / faire féminine, classiqueb combats / pas masculine, classiquea patience / confiance féminine, classiqueb murmurer / endurer masculine, classiquea die / maladie féminine, classiqueb exécuté / mérité masculine, classiquea clémence / véhémence féminine, classiqueb m’échapper / dissiper masculine, classiquea forte / porte féminine, classiqueb déplaisirs / soupirs masculine, classiquea barbarie / furie féminine, classiqueb vertu / abattu masculine, classiquea courage / ouvrage féminine, classiqueb assaut / très-haut masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources