Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre troisième

Chapitre Xxxv

Que durant cette vie on n’est jamais en sureté contre les tentations.

Pierre Corneille· 12 huitains, alexandrins et octosyllabes, 96 vers

La vie est un torrent‖ d’éternelles disgrâces ;Jamais la sûreté‖ n’accompagne son cours :Entre mille ennemis‖ il faut que tu la passes ;À la gauche, à la droite,‖ il en renaît toujours :Ce sont guerres continuelles,Qui portent dans ton sein‖ chaque jour mille morts,Si tu n’es bien muni‖ d’armes spirituellesPour en repousser les efforts.

De leur succès douteux‖ la juste défianceDemande à ta vertu‖ de vigoureux apprêts ;Mais il te faut surtout‖ l’écu de patienceQui te dérobe entier‖ aux pointes de leurs traits.Que de tous côtés il te couvre,Sans que par art ni force‖ il puisse être enfoncé ;Autrement tiens-toi sûr‖ que pour peu qu’il s’entr’ouvre,Tu te verras soudain percé.

À moins qu’à mes bontés‖ ton âme abandonnéeEmbrasse aveuglément‖ ce que j’aurai voulu,Et qu’une volonté‖ ferme et déterminéeÀ tout souffrir pour moi‖ te tienne résolu,Ne te promets point cette gloireDe pouvoir soutenir‖ l’ardeur d’un tel combat,Et d’emporter enfin‖ cette pleine victoireQui de mes saints fait tout l’éclat.

Tu dois donc, ô mon fils !‖ Franchir avec courageLes plus affreux périls‖ qui t’osent menacer,Et d’une main puissante‖ arracher l’avantageAux plus fiers escadrons‖ qui te veuillent forcer.Je vois d’en haut tout comme père,Prêt à donner la manne‖ au généreux vainqueur ;Mais je réserve aussi‖ misère sur misèreÀ quiconque manque de cœur.

Si durant une vie‖ où rien n’est perdurable,Tu te rends amoureux‖ de la tranquillité,Oseras-tu prétendre‖ à ce calme ineffableQue gardent les trésors‖ de mon éternité ?Quitte ces folles espérances,Préfère à ces desirs‖ les desirs d’endurer,Et sache que ce n’est‖ qu’à de longues souffrancesQue ton cœur se doit préparer.

La véritable paix‖ a des douceurs bien pures,Mais en vain sur la terre‖ on pense l’obtenir :Il n’est aucuns mortels,‖ aucunes créatures,Dont les secours unis‖ y fassent parvenir.C’est moi, c’est moi seul qui la donne,Ne la cherche qu’au ciel,‖ ne l’attends que de moi ;Mais apprends qu’il t’en faut‖ acheter la couronnePar les épreuves de ta foi.

Les travaux, les douleurs,‖ les ennuis, les injures,La pauvreté, le trouble‖ et les anxiétés,Souffrir la réprimande,‖ endurer les murmures,Ne se point rebuter‖ de mille infirmités,Accepter pour moi les rudesses,L’humiliation,‖ les affronts, les mépris,Prendre tout de ma main‖ comme autant de caresses,C’en est le véritable prix.

C’est par de tels sentiers‖ qu’enfin la patienceÀ la haute vertu‖ guide un nouveau soldat ;C’est par cette fâcheuse‖ et rude expérienceQu’il trouve un diadème‖ au sortir du combat.Ainsi d’une peine légèreLa longue récompense‖ est un repos divin,Et pour quelques moments‖ de honte passagèreJe rends une gloire sans fin.

Cependant tu te plains‖ sitôt que sans tendresseJe laisse un peu durer‖ les tribulations ;Comme si ma bonté,‖ soumise à ta foiblesse,Devoit à point nommé‖ ses consolations !Tous mes saints ne les ont pas eues,Alors que sur la terre‖ ils vivoient exilés,Et dans leurs plus grands maux‖ mes faveurs suspenduesSouvent les laissoient désolés.

Mais dans ces mêmes maux‖ qui sembloient sans limites,Armés de patience,‖ ils souffroient jusqu’au bout,Et s’assuroient bien moins‖ en leurs propres méritesQu’en la bonté d’un dieu‖ dont ils espéroient tout :Ils savoient bien, ces vrais fidèles,De quel immense prix‖ étoit l’éternité,Et que pour l’obtenir‖ les gênes temporellesN’avoient point de condignité.

As-tu droit de vouloir‖ dès les moindres alarmes,Toi qui n’es en effet‖ qu’ordure et que péché,Ce qu’en un siècle entier‖ de travaux et de larmesTant et tant de parfaits‖ m’ont à peine arraché ?Attends que l’heure en soit venue,Cette heure où tu seras‖ visité du seigneur ;Travaille en l’attendant,‖ commence, et continueAvec grand amour et grand cœur.

Ne relâche jamais,‖ jamais ne te défie,Quelques tristes succès‖ qui suivent tes efforts ;Redouble ta constance,‖ expose et sacrifiePour ma plus grande gloire‖ et ton âme et ton corps.Je rendrai tout avec usure ;Je suis dans le combat‖ sans cesse à tes côtés,Et je reconnoîtrai‖ ce que ton cœur endurePar de pleines félicités.

Versification

Forme
12 huitains (huitains)
Rimes
11(ababcdcd) 1(ababcbcb)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (72 de 12, 24 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
12 huitains
Mots à la rime
a disgrâces / passes féminine, classiqueb cours / toujours masculine, classiquec continuelles / spirituelles féminine, classiqued morts / efforts masculine, classiquea défiance / patience féminine, classiqueb apprêts / traits masculine, classiquec couvre / s’entr’ouvre féminine, classiqued enfoncé / percé masculine, classiquea abandonnée / déterminée féminine, classiqueb voulu / résolu masculine, classiquec gloire / victoire féminine, classiqued combat / l’éclat masculine, classiquea courage / l’avantage féminine, classiqueb menacer / forcer masculine, classiquec père / misère féminine, classiqued vainqueur / cœur masculine, classiquea perdurable / ineffable féminine, classiqueb tranquillité / éternité masculine, classiquec espérances / souffrances féminine, classiqueb d’endurer / préparer masculine, classiquea pures / créatures féminine, classiqueb l’obtenir / parvenir masculine, classiquec donne / couronne féminine, classiqued moi / foi masculine, classiquea injures / murmures féminine, classiqueb anxiétés / infirmités masculine, classiquec rudesses / caresses féminine, classiqued mépris / prix masculine, classiquea patience / expérience féminine, classiqueb soldat / combat masculine, classiquec légère / passagère féminine, classiqued divin / fin masculine, classiquea tendresse / foiblesse féminine, classiqueb tribulations / consolations masculine, classiquec eues / suspendues féminine, classiqued exilés / désolés masculine, classiquea limites / mérites féminine, classiqueb bout / tout masculine, classiquec fidèles / temporelles féminine, classiqued l’éternité / condignité masculine, classiquea alarmes / larmes féminine, classiqueb péché / arraché masculine, classiquec venue / continue féminine, classiqued seigneur / cœur masculine, classiquea défie / sacrifie féminine, classiqueb efforts / corps masculine, classiquec usure / endure féminine, classiqued côtés / félicités masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

96 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources