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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre troisième

Chapitre Xxxvi

Contre les vains jugements des hommes.

Pierre Corneille· 13 sizains, alexandrins et octosyllabes, 78 vers

Fixe en moi de ton cœur‖ tous les attachements,Sans te mettre en souci‖ de ces vains jugementsQue les hommes en voudront faire :L’innocence leur doit‖ un mépris éternel,Lorsque l’âme droite et sincèreDans ses replis secrets‖ n’a rien de criminel.

Quand on souffre pour moi‖ les injustes discours,La plus dure souffrance‖ a de charmants retours,Qui sentent la béatitude :L’humble qui se confie‖ en son dieu plus qu’en soiJamais n’y trouve rien de rude,Et relève d’autant‖ son espoir et sa foi.

Plusieurs parlent beaucoup‖ sans être bien instruits,Et leur témérité‖ sème tant de faux bruits,Qu’on croit fort peu tant de paroles :Ne conçois donc, mon fils,‖ ni chagrin ni courrouxPour leurs discernements frivoles,Puisqu’il n’est pas en toi‖ de satisfaire à tous.

Paul même, dont l’ardente‖ et vive charitéSe donnoit avec tous‖ tant de conformitéQu’il étoit tout à tout le monde,Ne put si bien conduire‖ un si noble dessein,Que sa vertu la plus profondeNe passât pour un crime‖ au tribunal humain.

Bien qu’il n’épargnât rien‖ pour le salut d’autrui,Bien qu’il fît sans relâche‖ autant qu’il fût en lui,Bien qu’en lui tout fût exemplaire,Il ne put empêcher‖ que de mauvais espritsNe fissent de quoi qu’il pût faireUn jugement sinistre‖ et d’injustes mépris.

Il remit tout à Dieu,‖ qui connoissoit le tout,Et quoique assez souvent‖ on le poussât à boutPar la calomnie et l’outrage,Contre tous les auteurs‖ de tant d’indignitéLes armes que prit son courageFurent sa patience‖ et son humilité.

Au gré de leur caprice‖ ils eurent beau parler,Ils eurent beau mentir,‖ médire, quereller,À se taire il mit sa défense ;Ou si de temps en temps‖ sa bouche l’entreprit,Ce fut de peur que son silenceNe laissât du scandale‖ en quelque foible esprit.

Peux-tu donc te connoître,‖ et prendre quelque effroiDe quoi que puisse dire‖ un mortel comme toi,Qui comme toi n’est que poussière ?Tu le vois aujourd’hui‖ tout près de t’accabler,Et dès demain un cimetièreCachera pour jamais‖ ce qui te fait trembler.

Tu le crains toutefois,‖ tu pâlis devant lui ;Mais veux-tu t’affranchir‖ d’un si pressant ennui ?Chasse la crainte par la crainte :Crains Dieu, crains son courroux ;‖ et ton indigne peur,Par ces justes frayeurs éteinte,Laissera rétablir‖ le calme dans ton cœur.

Les injures ne sont‖ que du vent et du bruit ;Et quiconque t’en charge‖ en a si peu de fruit,Qu’il te nuit bien moins qu’à soi-même :Pour grand qu’il soit en terre,‖ un Dieu voit ce qu’il fait,Et de son jugement suprêmeIl ne peut éviter‖ l’irrévocable effet.

Tiens-le devant tes yeux,‖ à toute heure, en tout lieu,Ce juge universel,‖ ce redoutable Dieu,Et vis sans soin de tout le reste ;Quoi qu’on t’ose imputer,‖ ne daigne y repartir,Et dans un silence modesteTrouve, sans t’indigner,‖ l’art de tout démentir.

Tu paroîtras peut-être‖ en quelque occasionTout couvert d’infamie‖ ou de confusion,Malgré ce grand art du silence ;Mais ne t’en émeus point,‖ n’en sois pas moins content,Et crains que ton impatienceNe retranche du prix‖ du laurier qui t’attend.

Quelque honte à ton front‖ qui semble s’attacher,Souviens-toi que mon bras‖ peut toujours t’arracherÀ toute cette ignominie,Que je sais rendre à tous‖ suivant leurs actions,Et sur l’imposture punieÉlever la candeur‖ de tes intentions.

Versification

Forme
13 sizains (sizains)
Rimes
13(aabcbc)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (52 de 12, 26 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
13 sizains
Mots à la rime
a attachements / jugements masculine, classiqueb faire / sincère féminine, classiquec éternel / criminel masculine, classiquea discours / retours masculine, classiqueb béatitude / rude féminine, classiquec soi / foi masculine, classiquea instruits / bruits masculine, classiqueb paroles / frivoles féminine, classiquec courroux / tous masculine, classiquea charité / conformité masculine, classiqueb monde / profonde féminine, classiquec dessein / humain masculine, classiquea d’autrui / lui masculine, classiqueb exemplaire / faire féminine, classiquec esprits / mépris masculine, classiquea tout / bout masculine, classiqueb l’outrage / courage féminine, classiquec d’indignité / humilité masculine, classiquea parler / quereller masculine, classiqueb défense / silence féminine, classiquec l’entreprit / esprit masculine, classiquea effroi / toi masculine, classiqueb poussière / cimetière féminine, classiquec t’accabler / trembler masculine, classiquea lui / ennui masculine, classiqueb crainte / éteinte féminine, classiquec peur / cœur masculine, classiquea bruit / fruit masculine, classiqueb soi-même / suprême féminine, classiquec fait / effet masculine, classiquea lieu / Dieu masculine, classiqueb reste / modeste féminine, classiquec repartir / démentir masculine, classiquea occasion / confusion masculine, classiqueb silence / impatience féminine, classiquec content / t’attend masculine, classiquea s’attacher / t’arracher masculine, classiqueb ignominie / punie féminine, classiquec actions / intentions masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

78 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources