Le Coffret De Santal, 1879· Drames et fantaisies
Promenade
A Emmanuel des Essarts
Ce n’est pas d’hier‖ que d’exquises posesMe l’ont révélée,‖ un jour qu’en rêvantJ’allais écouter‖ les chansons du vent.
Ce n’est pas d’hier‖ que les teintes rosesQui passent parfois‖ sur sa joue en fleurM’ont parlé matin,‖ aurore, fraîcheur,
Que ses clairs yeux bleus‖ et sa chevelureNoire, sur la nuque‖ et sur le front blancs,Ont fait naître en moi‖ les désirs troublants,
Que, dans ses repos‖ et dans son allure,Un charme absolu,‖ chaste, impérieux,Pour toute autre qu’Elle‖ a voilé mes yeux.
Ce n’est pas d’hier.‖ Puis le cours des chosesS’assombrit. Je crus‖ à jamais les rosesMortes au brutal‖ labour du canon.
Alors j’aurais pu‖ tomber sous les ballesSans que son nom vînt‖ sur mes lèvres pâles— Car je ne sais pas‖ encore son nom.
Puis l’étude austère‖ aux heures inertes,L’ennui de l’été‖ dans les ombres vertes,M’ont fait oublier‖ d’y penser souvent.
Voici refleurir,‖ comme avant ces drames,Les bleuets, les lys,‖ les roses, les femmes,Et puis Elle avec‖ sa beauté d’avant.
Dans le grand jardin,‖ quand je vous retrouve,Si je ralentis,‖ pour vous voir, mes pas,Peureuse ou moqueuse,‖ oh ! ne fuyez pas !
Me craindre ?… Depuis‖ que cet amour couveEn mon cœur, je n’ai‖ même pas oséRêver votre bras‖ sur le mien posé.
Qu’est-ce que je viens‖ faire en votre vie,Intrus désœuvré ?‖ Voilà votre enfantQui joue à vos pieds‖ et qui vous défend.
Aussi, j’ai compris,‖ vous ayant suivie,Ce qu’ont demandé‖ vos yeux bleus et doux :« Mon destin est fait,‖ que me voulez-vous ? »
Mais, c’est bien assez,‖ pour qu’en moi frissonneL’ancien idéal‖ et sa floraisonDe vous voir passer‖ sur mon horizon !
Car l’âme, à l’étroit‖ dans votre personne,Dépasse la chair‖ et rayonne autour,— Aurore où s’abreuve‖ et croît mon amour.
Diamants tremblant‖ aux bords des corolles,Fleur des pêches, nacre,‖ or des papillonsS’effacent pour peu‖ que nous les froissions.
Ne craignez donc pas‖ d’entreprises folles,Car je resterai,‖ si cela vous plaît,Esclave lointain,‖ inconnu, muet.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 8[abba] 8[aa]
- Mètre
- Décasyllabes· profil 5+5
- Mots à la rime
- a poses / roses féminine, classiqueb rêvant / vent masculine, classiquea fleur / fraîcheur masculine, classiquea chevelure / allure féminine, classiqueb blancs / troublants masculine, classiquea impérieux / yeux masculine, classiquea choses / roses féminine, classiquea canon / nom masculine, classiqueb balles / pâles féminine, classiquea inertes / vertes féminine, classiquea souvent / d’avant masculine, classiqueb drames / femmes féminine, classiquea retrouve / couve féminine, classiqueb pas masculine, classiquea osé / posé masculine, classiquea vie / suivie féminine, classiqueb enfant / défend masculine, classiquea doux / voulez-vous masculine, classiquea frissonne / personne féminine, classiqueb floraison / horizon masculine, classiquea autour / amour masculine, classiquea corolles / folles féminine, classiqueb papillons / froissions masculine, classiquea plaît / muet masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Coffret De Santal, Paris, TRESSE ÉDITEUR, 1879· numérisation poesies.net· Sources