Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1896· Paroles d’amour

La nature et l’amour

Daniel Lesueur· 20 quatrains, alexandrins et hexasyllabes, 80 vers

Ainsi donc, ô vallons !‖ ô lacs purs ! ô retraitesOù rayonne l'amour‖ sur la bruyère en fleur !Ils ne vous ont chantés,‖ les orgueilleux poètes,Qu'au sein de leur douleur.

Ils ne vous ont parlé,‖ par leurs voix immortelles,Que lorsque en vos abris‖ ils sont revenus seuls,Et qu'ils n'ont plus trouvé‖ sous vos ombres si bellesQue d'horribles linceuls.

Leurs vers ont découlé‖ de leur lèvre tremblanteLorsqu'ils ont parcouru‖ votre désert sacré,Y suivant pas à pas‖ la fuite grave et lenteD'un fantôme adoré.

Et ce n'était point vous‖ alors que leur tristesseSe plaisait à parer‖ d'un charme déchirant :C'était leur amour mort‖ et c'était leur jeunesseQu'ils cherchaient en pleurant.

Ils vous ont accusés‖ de rester impassiblesLorsqu'ils marchaient pensifs‖ en sanglotant tout bas,Et que dans vos sentiers‖ leurs rêves impossiblesS'envolaient sous leurs pas.

Bien peu leur importaient‖ vos airs gais ou morosesQuand leur bonheur semblait‖ ne pas devoir finir,Mais plus tard ils ont dit‖ que l'éclat de vos rosesBlessait leur souvenir.

Ils se sont étonnés‖ que vos grâces divinesDevant leur désespoir‖ resplendissent toujours,Et que vous n'eussiez point‖ fait prendre à vos ravinesLe deuil de leurs amours.

Que n'ai-je, ô bois charmants,‖ leur sublime génie,Puisque je suis heureuse‖ et que vous m'enchantez,Puisque celui dont l'âme‖ à mon âme est unieS'avance à mes côtés !

Puisque je vois briller‖ parmi vos frêles herbesEn paillettes de feu‖ les traits d'or du soleil,Et que sur les sommets‖ de vos arbres superbesReluit le jour vermeil !

Puisque tout est chansons,‖ que tout est rire et joieSous vos ombrages frais,‖ dans les cieux, dans mon cœur !Oh ! pourquoi donc faut-il‖ que l'écho ne renvoieQue l'accent du malheur ?

Pourquoi n'avons-nous pas‖ des mots pleins de délireQui fixent à jamais‖ nos bonheurs fugitifs,Alors qu'un léger mal‖ arrache à notre lyreDes accords si plaintifs ?

Pour élever vers vous‖ une voix attendrie,Beaux asiles profonds‖ où mon cœur fut bercé,Non, je n'attendrai point‖ l'heure où la rêverieS'en va vers le passé.

Non, je n'attendrai point‖ de la trouver déserteLa place où mon ami‖ se reposa souvent,Et seule d'écouter‖ dans la forêt inerteLes longs soupirs du vent.

Voyez, nous sommes deux,‖ nous savons vous comprendre,Notre aveugle bonheur‖ ne cache point vos cieux,Votre sereine paix‖ rend notre amour plus tendreEt plus mystérieux.

Nous revenons à vous‖ toujours, ô solitude !Votre calme imposant‖ plaît à notre fierté ;Les bois silencieux,‖ dans leur noble attitude,Ont tant de majesté !

Notre âme, qui remonte‖ aux sources de la vie,D'un monde étroit et vain‖ fuyant les trahisons,S'agrandit tout à coup‖ et s'élance ravieVers vos purs horizons.

Nos pas en vos chemins‖ errent à l'aventure,Vos aspects imprévus‖ nous font longtemps rêver,Et tout autour de nous‖ la tranquille NatureSemble nous approuver.

Qu'il monte donc vers vous,‖ l'encens de nos hommages,Dans nos félicités‖ il doit vous être offert ;Et puissions-nous encor‖ vous bénir, ô bocages,Quand nous aurons souffert !

Aujourd'hui, l'œil perdu‖ dans vos riants abîmes,Nous sentons les liens‖ qui nous tiennent unis,Se serrant doucement‖ au souffle de vos cimes,Devenir infinis ;

Et, songeant que demain‖ les heures envolées,Blancs spectres, flotteront‖ en ces muets séjours,Émus, nous voyons naître‖ en vos vertes alléesLes plus beaux de nos jours.

Versification

Forme
20 quatrains (quatrains)
Rimes
20(abab)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (60 de 12, 20 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
20 quatrains
Mots à la rime
a retraites / poètes féminine, classiqueb fleur / douleur masculine, classiquea immortelles / belles féminine, classiqueb seuls / linceuls masculine, classiquea tremblante / lente féminine, classiqueb sacré / adoré masculine, classiquea tristesse / jeunesse féminine, classiqueb déchirant / pleurant masculine, classiquea impassibles / impossibles féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquea moroses / roses féminine, classiqueb finir / souvenir masculine, classiquea divines / ravines féminine, classiqueb toujours / amours masculine, classiquea génie / unie féminine, classiqueb m'enchantez / côtés masculine, classiquea herbes / superbes féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea joie / renvoie féminine, classiqueb cœur / malheur masculine, classiquea délire / lyre féminine, classiqueb fugitifs / plaintifs masculine, classiquea attendrie / rêverie féminine, classiqueb bercé / passé masculine, classiquea déserte / inerte féminine, classiqueb souvent / vent masculine, classiquea comprendre / tendre féminine, classiqueb cieux / mystérieux masculine, classiquea solitude / attitude féminine, classiqueb fierté / majesté masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb trahisons / horizons masculine, classiquea l'aventure / Nature féminine, classiqueb rêver / approuver masculine, classiquea hommages / bocages féminine, classiqueb offert / souffert masculine, classiquea abîmes / cimes féminine, classiqueb unis / infinis masculine, classiquea envolées / allées féminine, classiqueb séjours / jours masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources