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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1896· Les vrais dieux

I. Le désir

Daniel Lesueur· 15 quatrains, hexasyllabes et alexandrins, 60 vers

Le Désir éternel,‖ monstre blême aux yeux caves,Dit à mon pauvre cœur :« Tu te crois libre et fort ;‖ tous les dieux, tu les braves…Mais je suis ton vainqueur.

« C'est moi seul que tu sers.‖ Pour moi tu te soulèvesA chaque battement.Je te trompe à toute heure‖ et transforme tes rêvesEn un affreux tourment.

« J'éloigne pas à pas‖ le bonheur qui te tente,Et qui fuit sans recours.Je fais se consumer‖ en une vaine attenteTes ans déjà si courts.

« Je corromps tes plaisirs,‖ j'empoisonne ta joie,Moi, le vrai Tentateur.Tu m'adores pourtant,‖ vil esclave, ma proie,Lassé d'un Créateur.

« Si tu me renversais‖ du trône inaccessibleOù les destins m'ont mis,La Douleur et la Mort‖ et le Temps invincibleTe deviendraient soumis.

« Mais je n'ai rencontré,‖ parmi la multitudeDes aveugles mortels,Qu'un seul audacieux‖ dont la fière attitudeMenaçât mes autels.

« Celui-là posséda‖ tous les biens que sur terreJ'inventai pour appâts :Les trésors, le pouvoir,‖ l'amour plein de mystèreOnt fleuri sous ses pas.

« Pourtant, détournant d'eux‖ sa face auguste et triste,Bouddha, l'homme divin,Sut que par la folie‖ humaine je subsisteEt que mon culte est vain.

« Il voulut arrêter‖ l'éternelle hécatombeOù se plaît ma fureur ;Toute vie est à moi,‖ seule avec moi la tombeRivalise d'horreur.

« Il voulut arracher‖ de ma griffe sanglanteL'adolescent joyeux,L'homme fait, le vieillard‖ à la tête branlante,Que j'enivre le mieux.

« Il dit : « Mort au Désir !‖… Tout désir est un leurre.« Sans cesse inapaisé,« L'homme attend l'avenir,‖ ou se retourne et pleure« Ce qu'il a méprisé.

« Celui qui dans son sein‖ éteindra l'âpre flamme« Vivra semblable aux dieux,« N'ayant jamais ni vœux‖ ni regrets dans son âme,« Ni larmes dans ses yeux. »

« Ainsi parlait Bouddha,‖ le seigneur doux et sage ;Et depuis ce momentPlus d'un astre rapide‖ a marqué son passageAu fond du firmament ;

« Plus d'un dieu s'est levé,‖ pour la pensée humaine,Dont le trône est tombé.Moi seul, moi l'Éternel,‖ qui la dompte et la mène,Je n'ai pas succombé.

« Car je suis le Désir,‖ qui tue et renouvelle,Père de tout effort :Sous mon fouet hurle et court‖ l'humanité rebelle…Je l'entraîne à la mort. »

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Hexasyllabes et alexandrins (30 de 6, 30 de 12)· profil 6, 6+6
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a caves / braves féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquea soulèves / rêves féminine, classiqueb battement / tourment masculine, classiquea tente / attente féminine, classiqueb recours / courts masculine, classiquea joie / proie féminine, classiqueb Tentateur / Créateur masculine, classiquea inaccessible / invincible féminine, classiqueb mis / soumis masculine, classiquea multitude / attitude féminine, classiqueb mortels / autels masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb appâts / pas masculine, classiquea triste / subsiste féminine, classiqueb divin / vain masculine, classiquea hécatombe / tombe féminine, classiqueb fureur / d'horreur masculine, classiquea sanglante / branlante féminine, classiqueb joyeux / mieux masculine, classiquea leurre / pleure féminine, classiqueb inapaisé / méprisé masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb dieux / yeux masculine, classiquea sage / passage féminine, classiqueb moment / firmament masculine, classiquea humaine / mène féminine, classiqueb tombé / succombé masculine, classiquea renouvelle / rebelle féminine, classiqueb effort / mort masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources