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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1896· Visions antiques

Les loisirs de Sardanapale

Daniel Lesueur· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

Couché sur un grand lit‖ d'ivoire incrusté d'or,Une coupe en sa main,‖ le roi SardanapaleRepose, ayant au front‖ le rubis et l'opale.Le pampre autour de lui‖ forme un vert corridor.

Il songe aux ennemis‖ dont il brisa les nuques,Faisant couler leur sang‖ comme un rouge nectarSur l'autel éclatant‖ de la divine Istar.Et l'éventail palpite‖ aux mains de ses eunuques.

Il ne fut point en vain‖ courageux et fervent,Il n'a point invoqué‖ sans raison la déesse :L'Élamite a cédé‖ sa terre et sa richesse,Et soudain s'est enfui‖ comme la paille au vent.

Et l'orgueilleux vainqueur‖ compte dans sa penséeLes dépouilles sans nombre,‖ et les troupeaux sans finQui rapportent l'albâtre‖ et l'argent et l'or finDes palais tout fumants‖ de Suse renversée.

Il rit, car il revoit,‖ dans son clair souvenir,Les prisonniers se tordre‖ en d'horribles supplices,Et les griffes de fer‖ déchirer les chairs lisses,Et de l'orbite noir‖ l'œil frémissant jaillir.

Il sait qu'en ce moment‖ aux remparts de NinivePendent des pieds, des mains‖ et de sanglantes peaux.Lui, dans ses beaux jardins,‖ trouve doux son repos,Car l'épouvante enfin‖ tient la terre captive.

Et devant lui, très droite‖ et rose de bonheur,Sur un siège pompeux,‖ sa jeune souveraine,L'épouse de son choix,‖ sourit, belle et sereine,Se demandant à quoi‖ rêve son cher seigneur.

Elle a pendant longtemps‖ pleuré de son absence,Regrettant les baisers‖ de l'effroyable roiEt murmurant le nom,‖ qui jette au loin l'effroi,De ce nouvel Assur,‖ qu'on craint et qu'on encense.

Et ses yeux, ses grands yeux‖ aux longs cils de velours,Contemplent, enivrés,‖ le visage inflexibleQu'ils ont vu, dans les nuits‖ à l'extase indicible,Souvent pâlir de joie‖ en ses noirs cheveux lourds.

Ainsi tous deux, assis‖ à l'ombre des grands arbres,Elle amoureuse enfant,‖ lui conquérant hautain,Dans leurs songes perdus,‖ achèvent leur festin,Et le soleil couchant‖ colore au loin les marbres.

Sans un geste, autour d'eux‖ les muets serviteursRestent, pleins de respect,‖ ainsi que des statues ;Même, instinctivement,‖ les harpes se sont tues,Éteignant par degrés‖ leurs accords enchanteurs.

Mais ‒ leçon qu'à l'Asie‖ il faudra qu'on enseigne ‒Aux branches d'un palmier,‖ près de ce couple heureux,Et de son col tranché‖ montrant le disque affreux,La tête de Teumman,‖ le roi de Suse, saigne.

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a d'or / corridor masculine, classiqueb Sardanapale / l'opale féminine, classiquea nuques / eunuques féminine, classiqueb nectar / Istar masculine, classiquea fervent / vent masculine, classiqueb déesse / richesse féminine, classiquea pensée / renversée féminine, classiqueb fin masculine, classiquea souvenir / jaillir masculine, classiqueb supplices / lisses féminine, classiquea Ninive / captive féminine, classiqueb peaux / repos masculine, classiquea bonheur / seigneur masculine, classiqueb souveraine / sereine féminine, classiquea absence / encense féminine, classiqueb roi / l'effroi masculine, classiquea velours / lourds masculine, classiqueb inflexible / indicible féminine, classiquea arbres / marbres féminine, classiqueb hautain / festin masculine, classiquea serviteurs / enchanteurs masculine, classiqueb statues / tues féminine, classiquea enseigne / saigne féminine, classiqueb heureux / affreux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources