Poésies, 1896· Paroles d’amour
Mirages nocturnes
Sous la tonnelle verte,‖ au fond du frais jardin,Nous avions devisé‖ devant la nappe blanche.Pour si peu quelquefois‖ le cœur entier s'épanche.Tous nos bonheurs passés‖ renaquirent soudainSous la tonnelle verte,‖ au fond du frais jardin.
Dans la nuit magnifique,‖ au calme clair de lune,Le long train, serpentant‖ parmi les noirs massifs,Nous ramena bien tard‖ vers Paris, tout pensifs,Échangeant en baisers‖ notre extase commune,Dans la nuit magnifique,‖ au calme clair de lune.
Sur votre épaule, ami,‖ j'avais posé mon front.Nous étions seuls. Au loin‖ fuyaient les douces plaines.L'air vif, en se jouant,‖ confondait nos haleines.(Jusqu'à la mort ainsi‖ nos bouches se joindront.)Sur votre épaule, ami,‖ j'avais posé mon front.
Je vous disais des mots‖ très lents, d'une voix basse.Les grands arbres couraient ;‖ les groupes des maisonsPiquaient d'étoiles d'or‖ les sombres horizons ;Quelque heure au loin sonnait,‖ légère, dans l'espace.Je vous disais des mots‖ très lents, d'une voix basse.
Je vous disais : « Voilà‖ l'image de nos jours :Enlacés, nous verrons‖ la fuite des annéesPartout disjoindre, unir,‖ briser des destinées,Et nous nous appuierons‖ l'un sur l'autre, toujours. »Je vous disais : « Voilà‖ l'image de nos jours. »
Les bois, les champs dormaient,‖ baignés de clartés bleues.Le grand train mugissait‖ comme un monstre affoléQui se fût dans l'abîme‖ à jamais envolé,Entre la terre et nous‖ mettant cent mille lieues.Les bois, les champs dormaient,‖ baignés de clartés bleues.
Je n'avais pas besoin‖ de relever les yeuxPour sentir jusqu'au cœur‖ vos regards enivrésQui se posaient sur moi,‖ noyés de pleurs sacrés,Me causant un frisson‖ aigu, délicieux…Je n'avais pas besoin‖ de relever les yeux.
Et ce fut un instant‖ plus beau qu'un très beau rêve.La Nature est vraiment‖ une argile en nos mains ;Nous pouvons en tirer‖ des bonheurs surhumains,La transformant au gré‖ d'une chimère brève.Oui, ce fut un instant‖ plus beau qu'un très beau rêve.
Versification
- Forme
- 8 quintils (quintils)
- Rimes
- 8(abbaa)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 8 quintils
- Mots à la rime
- a jardin / soudain masculine, classiqueb blanche / s'épanche féminine, classiquea lune / commune féminine, classiqueb massifs / pensifs masculine, classiquea front / joindront masculine, classiqueb plaines / haleines féminine, classiquec front / maisons / horizons masculine, classiquea basse / l'espace féminine, classiquea jours / toujours masculine, non classiqueb années / destinées féminine, classiquea bleues / lieues féminine, classiqueb affolé / envolé masculine, classiquea yeux / délicieux masculine, classiqueb enivrés / sacrés masculine, classiquea rêve / brève féminine, classiqueb mains / surhumains masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources