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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1896· Paroles d’amour

Souffles d’automne

Daniel Lesueur· 13 quatrains, alexandrins, 52 vers

Ce soir, ô mon ami,‖ sur notre cher villageLe premier vent d'automne‖ a tristement soufflé.Nos bois se sont emplis‖ d'un tumulte sauvage,Dont mon trop faible cœur‖ est jusqu'au fond troublé.

Car sous le sombre ciel‖ meurt la saison bénie,La rapide saison‖ de nos bonheurs furtifs,Et c'est un souffle plein‖ d'amertume infinieQui tord et fait gémir‖ les grands chênes plaintifs.

Reverrons-nous jamais‖ la douce solitudeOù les bruits importuns‖ du monde s'éteignaient ?Reviendrons-nous errer‖ encor, sans lassitude,Dans ces sentiers étroits‖ où nos mains se joignaient ?

Chérirons-nous longtemps‖ d'une égale tendresseNos anciens nids d'amour‖ perdus dans le bois frais ?Y viendrons-nous puiser‖ toujours la même ivresse,Sans jamais voir pâlir‖ leurs immortels attraits ?

La modeste demeure‖ aux lourds meubles rustiquesSemblera-t-elle encor‖ si touchante à nos yeux,Parmi l'ombrage épais‖ de ces forêts antiquesOù, dans l'austère écho,‖ sonnaient nos pas joyeux ?

Sur la haute colline‖ en notre course atteinte,Devant l'immense espace‖ embrassé tant de fois,Resterons-nous encor,‖ lorsque l'Angelus tinte,L'un sur l'autre appuyés,‖ recueillis et sans voix ?

Qui changera d'abord,‖ la Nature ou nos âmes ?Hélas ! et qui de nous‖ se lassera d'aimer ?Suffiront-ils toujours‖ à nos cœurs pleins de flammes,Ces bonheurs d'aujourd'hui‖ qui les ont pu charmer ?

Oh ! qu'il est triste à dire‖ à la chère retraiteLe déchirant adieu‖ qui nous sépare au seuil !Voilà pourquoi naissait‖ mon angoisse secrèteDevant le sombre aspect‖ de la campagne en deuil.

Pleurez, ô grands bois noirs !‖ Sifflez, ô vents funèbres !Feuilles mortes, tombez‖ sur le chemin durci !Nuages, étendez‖ vos voiles de ténèbres…Mon cœur, qui vous comprend,‖ se glace et tremble aussi.

Et pourtant je devrais‖ bénir votre détresse :Sans l'horreur de l'hiver,‖ que vaudraient les beaux jours ?Sans le cruel adieu,‖ la passagère ivresseMènerait aux sommeils‖ insensibles et lourds.

Car en ce monde obscur‖ dont la Mort est la reineTout s'efface et périt‖ de ce qu'on veut saisir,Mais qu'un bien seul échappe‖ à la loi souveraine,C'est assez pour qu'en nous‖ en meure le désir.

Ami, plus l'avenir‖ nous réserve de larmes,Plus sembleront pesants‖ nos jours chargés d'ennuis,Et plus rayonneront‖ les indicibles charmesDe nos discrets bonheurs,‖ si promptement enfuis.

Puis, lorsqu'un doux printemps‖ fera verdir les branches,Peut-être, revenus‖ en notre ancien séjour,Parmi les frais lilas‖ et les épines blanches,Nous verrons refleurir‖ notre immortel amour.

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a village / sauvage féminine, classiqueb soufflé / troublé masculine, classiquea bénie / infinie féminine, classiqueb furtifs / plaintifs masculine, classiquea solitude / lassitude féminine, classiqueb s'éteignaient / joignaient masculine, classiquea tendresse / ivresse féminine, classiqueb frais / attraits masculine, classiquea rustiques / antiques féminine, classiqueb yeux / joyeux masculine, classiquea atteinte / tinte féminine, classiqueb fois / voix masculine, classiquea âmes / flammes féminine, classiqueb d'aimer / charmer masculine, classiquea retraite / secrète féminine, classiqueb seuil / deuil masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb durci / aussi masculine, classiquea détresse / ivresse féminine, classiqueb jours / lourds masculine, classiquea reine / souveraine féminine, classiqueb saisir / désir masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb d'ennuis / enfuis masculine, classiquea branches / blanches féminine, classiqueb séjour / amour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources