Le Coffret de Crusoé, 1932· VI Chanson intime
A deux amies
J’errais, lassé, sur une grèveRude, sans ombre et sans chemin ;J’ai vu venir, comme en un rêve,Deux soeurs qui se donnaient la main.
Leur pas était ferme et paisible,Leurs yeux étaient calmes et doux,Malgré qu’une charge invisibleParfois fît ployer leurs genoux.
Leur front reflétait la lumièreD’un espoir intime et vainqueurQuoiqu’une larme à leur paupièreJaillît des sources de leur coeur.
Leurs cheveux, à la brise folleFlottaient, pénétrés de rayons,Et dans l’azur leur auréoleSemblait tracer de clairs sillons.
Mais derrière elles, tache sombreSur l’argent des sables déserts,L’âpre soleil projetait l’ombreDes maux qu’elles avaient soufferts.
Je respirai sur leur passageDes fleurs aux étranges parfums ;C’étaient, fanés à leur corsage ;Les lis de leurs amours défunts.
L’une était sérieuse et blonde ;Son regard scrutait fixementQuelque énigme obscure et profondeAu fond du lointain firmament.
Elle marchait, sereine et sûre,Vers l’inaccessible horizon,Portant aux traits de sa figureLe Vouloir avec la Raison.
Et dans sa lèvre confianteEt dans son col presque hautainSe devinait l’âme vaillanteEn lutte contre le Destin.
L’autre, brune, était plus rêveuse :Son sein se gonflait d’un soupirVers quelques île mystérieuse,Là-bas, sur la mer de saphir ;
Vers l’Ile idéal et choisieOù, pour faire un baume aux douleurs,La Tendresse et la PoésieCroîtraient partout comme des fleurs.
Toutes deux d’un cruel capriceSemblaient porter le joug trop lourd :L’une en vain cherchant la justiceEt l’autre regrettant l’Amour.
Moi, soudain, de ma rêverieSuivant les mystiques chaînons,Je disais : Hélène et Marie,Que je sentais être leurs noms.
Et sans que j’eusse, ce me semble,Vers elles rapproché mes pas,Désormais nous marchions ensembleEt notre coeur n’était plus las.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a grève / rêve féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea paisible / invisible féminine, classiqueb doux / genoux masculine, classiquea lumière / paupière féminine, classiqueb vainqueur / coeur masculine, classiquea folle / auréole féminine, classiqueb rayons / sillons masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb déserts / soufferts masculine, classiquea passage / corsage féminine, classiqueb parfums / défunts masculine, classiquea blonde / profonde féminine, classiqueb fixement / firmament masculine, classiquea sûre / figure féminine, classiqueb horizon / Raison masculine, classiquea confiante / vaillante féminine, classiqueb hautain / Destin masculine, classiquea rêveuse / mystérieuse féminine, classiqueb soupir / saphir masculine, classiquea choisie / Poésie féminine, classiqueb douleurs / fleurs masculine, classiquea caprice / justice féminine, classiqueb lourd / l’Amour masculine, non classiquea rêverie / Marie féminine, classiqueb chaînons / noms masculine, classiquea semble / ensemble féminine, classiqueb pas / las masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Coffret de Crusoé, ÉDITIONS ALBERT LÉVESQUE, 1932· numérisation poesies.net· Sources