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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’astronomie, 1830

Chant sixième

Pierre Daru· 750 vers

La terre ; sa forme. — Voyage des académiciens à l’équateur. — La Condamine. — Voyage sous le cercle polaire. — La Caille, au cap de Bonne-Espérance ; constellations de l’hémisphère austral nommées par lui. — La pesanteur. — La lune ; ses phases et ses nœuds ; ses particularités. Elle présente toujours la même face à la terre. Elle n’a point d’atmosphère. Ses taches. — Phénomène des marées. — Phénomène de la réfraction. — Mesure de l’arc du méridien par les astronomes français. — Les comètes : terreurs qu’elles ont inspirées. — Étoiles multiples, changeantes, nébuleuses. — Épilogue.

APRÈS un long voyage aux limites du monde,Après avoir erré sur l’abîme de l’onde,Parmi les noirs écueils et les flots étonnés,Que la carène encor n’avait point sillonnés,Quand du haut de ce mât d’où s’agrandit la vue,Par un agile enfant la terre est aperçue ;Ah ! que le voyageur entend avec transportLe cri victorieux qui lui promet le port !Terre ! terre ! féconde et sage bienfaitrice,Toujours l’homme t’implore, et ta bonté propiceL’accueille, le nourrit, le porte, et dans ton sein,Lorsque tout l’a quitté, tu le reçois enfin.Donne, donne un asile à ma nef imprudente,Qu’égarèrent les feux d’une route brillante ;Laisse-moi, descendu de la voûte des cieux,Contempler à loisir tes destins glorieux :Ton globe n’est qu’un point dans la sphère infinie,Mais son noble habitant fut doué de génie :Eh ! parmi tous ces corps lumineux, éclairés,Brûlants ou refroidis, attirants, attirés,Planètes ou soleils, comètes, satellites,Qu’importent les grandeurs ? qu’importent les limites ?Ces mondes et le tien, sur leur axe agités,Roulent inaperçus dans cette immensité.Plus grande que Vénus, que Mars et que Mercure,Ceins ton front de forêts, pare-toi de verdure ;Que l’automne et l’été, variant leurs couleurs,Répandent sur ton sein et les fruits et les fleurs,Doux charme des saisons, variété féconde,Qu’ignore Jupiter aux limites du monde.Et vous, de cette terre enfants industrieux,Qui cultivez son sein, qui lisez dans ces cieux,Mesurez sa grandeur du pôle à cette zoneQu’enferme le tropique, et parcourt l’Amazone.Oh ! du génie humain succès toujours croissants !Colomb ajoute au monde, et Galilée aux sens ;L’un agrandit la terre et l’autre l’Empyrée :Herschel peuple de feux cette voûte azurée,Et Copernic, Kepler, Newton, à tous ces corpsMarquent leur rang, leurs lois, leur force et leurs rapports.À ces lois, cependant, du globe de CybèleL’essor capricieux parut long-temps rebelle ;Les sages qu’en son vol Newton sut devancerSur ses vastes calculs n’oseraient prononcer.Ils hésitent, leur art à la planète obscureDemande vainement sa forme, sa mesure ;Picard et Cassini la cherchent, et leur mainOuvre et ferme vingt fois le compas incertain.« Sortons, sortons du doute, a dit La Condamine :« Mesurons les degrés que le pôle domine ;« Partageons-nous la terre, allons sous l’équateur,« Le pendule à la main, juger la pesanteur.« Que sa marche révèle à la vue attentive« Du centre plus distant la force moins active. »Il dit, il part : Godin, Bouguer, vont sur ses pasChez les fils du soleil affronter les frimas ;La neige est sous leurs pieds, la flamme est sur leurs têtes ;Les Andes les verront, défiant les tempêtes,Élever leurs signaux sur les rochers déserts,Et soumettre au compas le nouvel univers.Hélion a neuf fois, sur ces rives sauvages,Traversant l’équateur, ramené les orages ;Neuf fois il a revu, de leurs tubes armés,Ces enfants de l’Europe à leur tâche animés.Quels périls lasseraient leurs efforts, leur constance ?Sur un mont où le feu s’ouvrit un gouffre immense,La Condamine, seul, dans la nuit égaré,Hasardait sur la glace un pied mal assuré.Point de guide au ciel même, et la mort l’environne :Le sentier est glissant, le cratère bouillonne :Partout le précipice, et, dans ce lieu d’horreur,Aucun asile au loin ne s’offre à son malheurIl se sent pénétré par l’humide nuage ;Le givre à coups pressés sillonne son visage ;La flamme tour à tour vient éblouir ses yeux,Retombe au fond du gouffre ou s’éteint dans les cieux,Et le laisse éperdu dans l’horreur des ténèbres.Adieu France, famille, amis chers et célèbres :Oh ! qu’un trépas stérile est amer loin de vous !Daignez, daignez sur lui jeter un œil plus doux,Cieux, qui fûtes toujours son étude chérie ;Sciences qu’il servit, postérité, patrie,À ce Pline nouveau luttant contre la mortDonnerez-vous des pleurs, apprendrez-vous son sort ?Dieux ! que vois-je ? perçant les ombres redoutables,Des gémeaux fabuleux les astres secourablesBrillent à l’orient : « Voilà, voilà Castor,C’est lui, je vois son frère, et c’est ici le nord.Le nord : de ce côté la pente est moins perfide. »Il dit, marche à pas lents, suit l’astre qui le guide ;Et le soleil enfin qui frappe ces sommetsLe rend aux compagnons de ses nobles succès .Muses, dites leur gloire, et du pôle du mondeQu’à vos chants de triomphe une autre voix réponde !Prenez vos harpes d’or, êtres mystérieuxQui peuplez de Fingal le ciel harmonieux,Et, dédaignant enfin des exploits fantastiques,Bardes, chantez du nord les héros pacifiques !Voyez-les imprimant sur vos âpres climatsL’ineffaçable trait de leurs savants compas.Les prismes du Kittis qui brillent dans la nue,Des angles calculés marquent la cime aiguë.Docile au voyageur, le renne bondissantDans ces routes sans trace emporte un char glissant ;Les fleuves, arrêtés dans leur course rapide,Offrent à la mesure une base solide,Et la toise qui court sur leurs sentiers unis,Se confie au niveau de ces flots aplanis.Que des pins renversés les tiges résineusesS’élèvent en brasier sur ces rives neigeuses,Et de l’homme engourdi protégeant le repos,Que la flamme pétille où murmuraient les eaux.Il faut qu’incessamment de la voûte de glaceLe fer à coups pressés brise et perce la masse,Pour tirer d’une source épuisée à l’instantLe liquide trompeur qui se gèle en sortant.La vie est un combat dans ces tristes contrées,Mais l’art a su dompter ces monts hyperborées.Du degré qui s’allonge en fuyant l’équateurLa courbe se révèle à l’œil observateur.Le marbre en redira la grandeur véritable ;Et là, sur les confins de la terre habitable,Restent gravés ces noms à la gloire promis,Lemonier, Le Camus, Clairault et Maupertuis.Uranie a parlé, que Neptune réponde ;Sous la voile de Cook lancés autour du monde,Que d’autres voyageurs, non moins audacieux,De tous les points du globe interrogent les cieux.Élèves de la France, enfants de l’Angleterre,Pingré, Chappe, Masson, dispersés sur la terre,Allez, allez, armés d’un magique instrument,Aux deux pôles, au Gange, épier le momentOù Vénus du soleil franchira l’orbe immense,Et surprendre à ce dieu l’aveu de sa distance .Sur le mont qu’autrefois gardait AdamastorLa Caille vient s’asseoir loin du flambeau du nord :Dans le ciel peu connu qui brille sur sa têteDix mille astres comptés deviennent sa conquête.Il divise à son gré ces vastes régions.Législateur, par lui les constellationsConsacrent les travaux de la docte Uranie,Les instruments des arts, les bienfaits du génie.Tel que l’homme nouveau qui nomma dans ÉdenLes êtres habitants du céleste jardin,Puissant nomenclateur du nouvel hémisphère,L’astronome a peuplé l’Olympe qui l’éclaire.Il dispose, il ordonne, il place dans les cieuxLe triangle, autrefois signe mystérieux,Le burin patient, la palette brillante,Le ciseau consacré par les dieux qu’il enfante,L’équerre et son niveau, la règle et le compasQui marche en pivotant et mesure ses pas,La pompe d’où l’air fuit pour produire le vide,Et l’aiguille soumise au pôle qui la guide.Là le fourneau d’Hermès fond les métaux ardents,Le pendule animé compte ici les instants.Du ciel le télescope a conquis les royaumes,Et le verre puissant donne un corps aux atomes.Un jour, lorsque le temps dans un long avenirAura détruit nos arts et notre souvenir,Lisant ces mêmes noms, écrits à cette place,L’homme dira sans doute : Oui, je revois les tracesDes antiques travaux, et du ciel les deux parts ;Leur contraste éloquent l’atteste à nos regards :Sous les astres du nord les peuplades sauvagesNe virent dans ces feux que bizarres images,Des ourses, des dragons, des monstres fabuleux,Tandis qu’à son génie associant les dieux,Le midi, plus savant, confiait aux cieux mêmesDes arts qu’il inventa les fidèles emblèmes.Hélas ! quand à nos yeux s’offrent des monuments.Telle est souvent l’erreur de nos vains jugements ;Par les siècles guidé, l’homme pourra sans doutePrendre un vol plus heureux vers la céleste voûte,Et connaître, éclairé par des arts plus puissants,Des secrets jusqu’alors interdits à nos sens.Mais, heureux d’agrandir son illustre héritage,Il n’aura point le droit de mépriser notre âge,Qui, bienfaiteur aussi de la postérité,A sur l’expérience assis la vérité.De ce qu’il a fondé l’avenir doit s’instruire,Il y peut ajouter, mais n’y peut rien détruire.Oui, la terre accomplit dans un ordre constantAutour d’un point central ses lois, son mouvement ;Chaque astre voyageur va roulant sur lui-même,Et le soleil réside au centre du système,Il est le souverain, l’âme de tous ces corps,Dont l’art a calculé la marche, les rapports,Comparé la grandeur, mesuré les distances,Et tracé dans les cieux les orbites immenses.Lorsqu’au signal soudain d’une puissante voixLa matière se mut pour la première fois,Par un ordre éternel, deux forces différentesFixèrent les destins des planètes errantes ;En mille sens divers tous les globes lancésAllaient fuir dans le vide, incessamment poussés,Sans jamais s’écarter de leur route première,Sans atteindre jamais la fin de leur carrière ;Si par une autre force en limitant leur cours,Un centre plus puissant ne les fixait toujours.Par ce double pouvoir lancée et retenue,Chaque sphère poursuit son orbite connue :Tout se meut, rien ne change et ne peut s’arrêter.Affranchis de la loi qui les fait graviter,Les mondes dispersés se perdraient dans l’espace ;Que la pesanteur seule agisse sur leur masse,Les gardes de Saturne et ceux de JupiterRoulent précipités des voûtes de l’Éther ;La lune, s’échappant de sa route brillante,Vient tomber en éclats sur la terre tremblante ;Enfin, sur le soleil s’écroulent Uranus,Ces mondes loin de lui si long-temps retenus ;La terre, Jupiter, la comète elle-même,Les soleils l’un sur l’autre avec tout leur système,Vont former, des débris de tant d’astres divers,Une masse immobile au sein de l’univers.Rassurez-vous, mortels, le mouvement des sphères,Leur ordre est maintenu par deux forces contraires.Mais quel bras imprima le premier mouvementÀ ces corps que leur centre attire incessamment ?Quelle cause produit cet attrait invisibleQu’éprouve de si loin la matière insensible ?Quel contraire pouvoir en agitant ces corpsLes fait fuir de leur centre et les chasse au dehors ?L’homme interroge en vain et le ciel et la terre :Newton a dit les lois, la cause est un mystère.Le caillou que ma fronde a long-temps agitéS’échappe vers les cieux, malgré la gravité ;Il m’obéit encor, déjà loin de ma vue :Ma force qui le suit le soutient dans la nue ;L’air s’ouvre devant lui par mon bras refoulé :La pierre inerte monte au séjour étoilé ;Mais son ardeur s’épuise à vaincre le fluide,L’obstacle rallentit son essor moins rapide,Et de la pesanteur l’invincible pouvoirLe ramène à mes pieds pour ne plus se mouvoir.Cette force, non loin de l’heureuse Cybèle,Captive incessamment sa compagne fidèle.Commence-t-elle à croître ? un filet argentéSe courbe à l’occident que Phébus a quitté.Est-elle en son décours ? arrondi vers l’aurore,Son croissant fuit le dieu qui la poursuit encore.La pointe de ses dards menace tour à tourL’espace que le ciel oppose aux traits du jour.De sept nuits en sept nuits, plus brillant ou plus sombre,Son disque se dégage ou se plonge dans l’ombre,Se dévoile à demi, s’arrondit par degrés,Et disparaît enfin dans les cieux azurés.Sur l’orbe du soleil sa marche est inclinée.Mais avant d’accomplir sa dix-neuvième année,Coupant sur tous les points le zodiaque ardent,Son char qui le parcourt a gagné l’occident.C’est non loin de ces nœuds, où dans sa route obliqueLe globe de Phébé divise l’écliptique,Qu’elle ose du soleil nous dérober les feux,Ou le rend à la terre, et se cache à tous deux :Quatre lustres ont vu ses courses incertaines,Et le ciel reproduit les mêmes phénomènes.Par ces nœuds inconstants, ses caprices divers,Phébé semblait braver les lois de l’univers :Laplace l’a soumise, et la sphère infinieObéit tout entière au sceptre du génie.Notre terre en grosseur passe cinquante foisL’astre dont le croissant nous ramène les mois :En vain il voudrait fuir ; à sa distance extrêmeLa terre l’atteindrait en dix tours sur soi-même.La fille de Latone au visage si douxVa roulant à la fois sur son axe et sur nous.Ses révolutions qu’un temps égal opère,Fixent toujours nos yeux sur le même hémisphère,Et du globe paisible, à notre sort lié,L’œil humain ne peut voir qu’une seule moitié ;L’autre face, sans cesse évitant notre vue,Ne connaît point la terre et lui reste inconnue.D’hémisphères gémeaux ô bizarres destins !L’un obscur, effleuré de quelques feux lointains,Suit un guide invisible en sa marche tracée,Sans savoir que la terre est près de lui placée.Pendant ses longues nuits, si lentes dans leur cours,Égales en durée à quinze de nos jours,Il roule enveloppé de ténèbres profondes.Pour lui plus de flambeau dans l’abîme des mondesJusqu’au jour qui lui rend son maître couronné.Cependant que vers nous sans cesse ramené,L’autre voit dans les nuits briller un orbe immense.Qui du soleil jaloux fait oublier l’absence.Que dis-je, pour jouir d’un spectacle si beau,Pour admirer aux cieux le terrestre flambeau,Cette lune, qu’on dit par la glace envahie,Conserve-t-elle encor quelques restes de vie ?Nous contemplons son disque, image du chaos,Et ces mers où jamais ne s’agitent les flots,Et les gouffres profonds qui creusent ses campagnes :Rien ne s’y meut que l’ombre au pied de ses montagnes.Rien n’y change, tout dort : quelques points lumineuxDe volcans non éteints semblent les derniers feux.Mais autour de ce globe il n’est point d’atmosphère,Qui brise les rayons du soleil qui l’éclaire.Jamais sur ces déserts un nuage flottantNe promène à nos yeux une ombre d’un instant ;Et l’art a pu graver les fidèles imagesDe sa face immuable et de ses froides plages.Que la reconnaissance y consacre à jamaisCes noms qu’ont illustrés de sublimes bienfaits :Ptolémée, Archimède, Eudoxe, Ératosthènes,Kepler, vous avez droit aux célestes domaines ;Gassendi, Copernic, Ticho, noms glorieux,Phébé s’honorera de vous redire aux cieux .Et toi, dont la nature occupa le génie,Pline, monte à la place où t’appelle Uranie ;La mer te révéla, pour prix de tes travaux,Le pouvoir inconnu qui tourmente ses flots,Et, devançant Newton, de ce grand phénomèneTu demandais la cause au ciel qui le ramène.La marche de Phébé, la colère des mers,Fixent l’œil attentif sur leurs rapports divers.La lune vient d’atteindre au haut de sa carrière,Déjà l’Océan gronde et franchit sa barrière ;Elle fuit, il s’apaise ; elle se rallentit,Le flot séditieux l’attend et s’amortit.L’astre est-il plus voisin ? De sinistres orages,Des vagues en fureur insultent les rivages.Est-ce donc que Phébé chaque jour vient deux foisRefouler l’Océan qui mugit sous le poids ?Non, mais des flots émus pour soulever l’empire,Au lieu de les presser sa force les attire.Phébus, qui de plus loin appelle nos regards,De ce pouvoir caché lui laisse les trois parts.Quand le frère et la sœur, opposés l’un à l’autre,De leurs disques rivaux prêtent l’éclat au nôtre,Ou quand le dieu du jour et la reine des moisSous l’humide occident se plongent à la fois,Neptune, maîtrisé par leur double influence,Vers ces astres amis se soulève et s’élance.Mais sur notre horizon le croissant de retourFait-il obliquement tomber les traits du jour ?Les flots sollicités par deux forces contrairesN’élèvent qu’à demi leurs écumes amères,Et le dieu, pour atteindre à toute sa hauteur,Attendra qu’Hélion franchisse l’équateur.Ô mystères ! Laplace a fait tomber ces voiles .Lalande, poursuivant et fixant les étoiles,A montré par milliers à l’univers surprisCes feux par lui rangés au céleste lambris ;Humboldt observera sur la montagne altièreComment l’air fait fléchir les traits de la lumière ;Et l’art, plus sûr que l’œil, à l’esprit détrompéMarquera le vrai lieu par l’objet occupé .Bienfaiteur de nos sens, conquérant qu’on admire,Viens, Herschel, du soleil viens reculer l’empire.Treize mondes nouveaux, apparus sous les cieux,Dans la création prennent place à nos yeux .Notre âge a vu briller ces merveilles savantes,Notre âge qu’ont troublé les discordes sanglantes,La colère des rois parcourant l’univers,Et les peuples émus, s’agitant dans leurs fers.C’était peu que de Mars la fureur impunieRenversât dans Manheim le temple d’Uranie,Dans Copenhague en feu, du haut de ses vaisseaux,Nelson d’un astronome a détruit les travaux .Ce fut au bruit des vents déchaînés sur nos têtes,Quand la foudre appelait les publiques tempêtes,Quand le sol ébranlé s’entr’ouvrait sous nos pas,Que Delambre et Méchain, armés de leur compas,Des sables de Dunkerque aux rivages de l’Èbre,Sur la terre marquaient cette ligne célèbreQui du globe inégal mesure les degrés :Tel aux yeux des humains, par lui-même éclairés,Hermès gravait jadis, de sa main immortelle,Le type des grandeurs sur la pierre fidèle ;Mais d’un art plus parfait empruntant le secours,Nos savants bienfaiteurs l’ont fixé pour toujours,Et, grâce au monument élevé par ces sages,Les peuples, affranchis de bizarres usages,Pourront dans tous les temps soumettre aux mêmes loisLa ligne, la surface, et le cube et le poids.Émules de Delambre, achevez sa victoire,Portez sous d’autres cieux et son art et sa gloire :Allez, Svanberg, cherchez sous les astres glacésLes pas de Maupertuis non encor effacés ;Lambton, aux bords du Gange affrontez les obstacles :Uranie autrefois y rendait ses oracles ;Et vous, de notre France ô l’espoir et l’orgueil,Saisissez le compas de Méchain au cercueil,Poursuivez ses travaux jusqu’à cette île ardenteOù des serpents jadis répandaient l’épouvante.Parmi tant de succès et de périls diversMéchain trouva la mort ; vous, Arago, des fers ;Et Biot ira plus tard, défiant les orages,De l’extrême Thulé chercher les noirs rivages .Fière de ses enfants, riche de leurs travaux,La France à les juger appelle leurs rivaux,Et l’Europe savante, à Paris invitée,Par ses ambassadeurs s’y voit représentée.Élite des mortels, venez, et des FrançaisProclamez les travaux, partagez les succès.Rien n’est désordonné dans la nature entière,Rien ne reste en repos : tout change ; la matièrePèse, attire, et, soumise aux lois du mouvement,S’assemble, se disperse, et roule incessamment.Voyez-vous la comète en sa route brillante ;Elle semble égarée, et n’est qu’obéissante.Volez, mondes légers, que l’on croyait errants ;Promenez dans les cieux vos disques transparents :Arbitres autrefois des destins de la terre,Vous portâtes long-temps l’épouvante et la guerre ;Plus tard, vous répandiez, astres consolateurs,Sur les mondes vieillis vos feux réparateurs.Vos destins sont changés ; planètes solitaires,Comme nous, du soleil vous êtes tributaires ;Sa force vous captive, et comme nous, en luiDans votre orbe allongé vous trouvez un appui.Tel que le char volant dans des flots de poussière,Poursuit la borne assise au bout de la carrière.Revient, tourne, s’éloigne, et reprenant son cours,Ne la touche jamais, et l’effleure toujours ;Telles dans votre ellipse et votre essor rapide,Que poursuit ou devance un lumineux fluide,Par-delà les confins de l’antique UranusVous fuyez, vous plongez dans des cieux inconnus ;Vers un autre soleil vous semblez entraînées,Mais un regard, après des centaines d’années,Un regard vous rappelle, et du maître éclatantLe cortège en son sein vous reçoit un instant.Votre apparition soudaine, inattendue,Surprend l’œil, qui des cieux parcourait l’étendue :Par un art diligent vos pas sont mesurés ;D’un soleil plus voisin vos astres éclairés,Brillent, changent de phase, et prompts à disparaître,Se perdent dans l’espace, innombrables peut-être ;Ils échappent à l’œil qui les épie en vain :Comment les reconnaître en leur cours incertain ?Des planètes qu’au ciel ils trouvent sur leur routeLe pouvoir attirant les égare sans doute.Trois d’entr’eux seulement, plusieurs fois signalés,Promettent des retours que l’homme a calculés.Mais leur course est immense et non pas sans limites :Hélion, jusqu’à lui ramenant leurs orbites,Permet qu’en tous les sens leur vol capricieuxDivise l’écliptique et traverse les cieux.Tantôt loin des regards du souverain du monde,Tantôt couverts des feux dont le dieu les inonde,Ces globes inconstants dispersent à l’entourDes vapeurs que blanchit la lumière du jour ;Écharpe radieuse ou crinière embrasée,Dont la flamme au soleil est toujours opposée,À travers le tissu de ce voile légerPerce l’éclat lointain d’un rayon étranger.La comète elle-même au ciel dont elle émaneSe montre quelquefois sur un char diaphane.Mais si près du soleil ces astres emportés,Tour à tour refroidis, tour à tour dilatés,Perdent incessamment quelques parts de leur masse,Qui vers d’autres destins vont errer dans l’espace.Et voilà ces objets, terreur de nos ayeux,Où la terre lisait la colère des cieux !« Voyez-vous, disaient-ils, ces arides campagnes,Les pas de l’Océan gravés sur nos montagnes,La terre calcinée et ses flancs déchirés,Sur la poudre des champs les marbres égarés,Ces os devenus pierre, où des races éteintesLe temps, sur des débris, déposa les empreintes,Innombrables témoins d’un désastre lointain,Qui de notre planète a changé le destin ?Sans doute que du ciel sur la terre tremblante,Tombant avec fracas, une comète erranteTroubla l’axe du monde, et soulevant les eaux,De l’homme industrieux renversa les travaux.Tout périt, disparut sans laisser nulles traces,Les champs et les cités, les empires, les races,Les arts, les souvenirs. Quelques rocs escarpés,Par la noire tempête incessamment frappés,Reçurent les débris de ce vaste naufrage.Là, seuls, nus, au milieu d’une mer sans rivages,Les plus infortunés, car ils vivaient encor,N’attendaient que la mer, la famine et la mort ;La mort, à chaque instant plus pâle et plus affreuse,S’avançait en roulant sur la vague orageuse.Après trois longues nuits, les autans conjurésOnt enfin, dispersant les lambeaux déchirésDu voile ténébreux qui couvrait l’hémisphère,Rendu la terre au ciel et le ciel à la terre ;Mais en vain à ce ciel qui les avait proscrits,Les mères, les vieillards redemandaient leurs fils ;Par la faim enhardis, sur la fange liquideQuand ils osent enfin poser un pied timide,Oh terreur ! plus d’espoir ! leurs champs sont ravagés,Leur famille est éteinte, et les climats changés.Même les animaux descendus des montagnesNe reconnaissent plus leurs bois et leurs campagnes.De son génie alors rappelant le secours,L’homme de ses travaux recommença le cours ;Et depuis cinq mille ans qu’il invente et répare,Un désastre nouveau peut-être se prépare. »Ainsi de nos ayeux s’exprimait la douleur.Et comment, en effet, défier le malheur,Alors que d’un Néron la fatale puissanceDe ces astres cruels attesta l’influence ?Un globe teint de sang s’est levé sur l’Ossa,Et soudain, dans les flots où domine Crissa,Hélice, aux naufragés long-temps hospitalière,Avec ses citoyens s’abîme tout entière.Un Arabe imposteur, un farouche Timour,Vont-ils porter la mort aux lieux où naît le jour ?La comète a paru, sinistre messagère,Semant devant leurs pas l’épouvante et la guerre.Un autre Mahomet a-t-il d’un bras puissantAux murs de Constantin arboré le croissant ?Le Danube étonné se trouble au bruit des armes,La Grèce est dans les fers, l’Europe est en alarmes :Et, pour comble d’horreur, l’astre au visage ardentDe ses ailes de feu va couvrir l’occident.Au pied de ses autels, qu’il ne saurait défendre,Callixte, l’œil en pleurs, le front couvert de cendre,Conjure la comète, objet de tant d’effroi :Regarde vers les cieux, pontife, et lève-toi !L’astre poursuit sa course, et le fer d’HuniadeArrête le vainqueur, qui tombe sous Belgrade.Dans les cieux cependant le globe suspendu,Par la loi générale à jamais retenu,Ignore tes terreurs, l’existence de Rome,Et la terre peut-être, et jusqu’au nom de l’homme,De l’homme, être crédule, atome ambitieux,Qui tremble sous un prêtre et qui lit dans les cieux.Parmi ces feux sans nombre et ce vaste silenceL’élève d’Uranie en conquérant s’élance ;Mais pour de tels travaux les avares destinsN’ont accordé qu’un sens et qu’un jour aux humains.C’est par un point douteux, fuyant dans l’étendue,Que l’astre se révèle à notre faible vue,Notre œil seul peut l’atteindre au haut du firmament,Mais son cours dure un siècle, et la vie un moment.N’importe, ce moment suffit à des conquêtes.La marche de ces feux, qui roulent sur nos têtes,Sert de mesure au temps, et ce temps à son tourMesure leur vitesse et promet leur retour.L’homme a doué ses yeux d’une force nouvelle ;Il s’arme du compas, de l’équerre fidèle,Compte les pas égaux du pendule agité,Et le calcul enfin, par lui-même inventé,Atteint la certitude à nos sens inconnue,Et la reporte au ciel dont elle est descendue.Mais dans ce ciel encor que de faits remarquésSont à peine entrevus et sont mal expliqués !De ces points rayonnants, dont le nombre est immense.Chaque jour loin de moi recule la distance.Plus le verre est puissant qui vers eux me conduit,Plus leur éclat redouble et leur corps se réduit ;Mais aux yeux de l’esprit il croît dans l’étendue,L’imagination vient aider à la vue.Sirius, nous dit-elle, ardent en son courroux,S’il venait se placer entre Phébus et nous,D’un côté frapperait le quadrige fragile,Et de l’autre broîrait notre globe d’argile.Pourtant ce Sirius entre mille soleilsPeut-être est le moins grand de tant d’astres pareils.Leur axe échappe à l’œil et trompe la mesure ;Ils sont fixés, dit-on, à cette voûte obscure :Et voilà qu’une étoile entraîne dans les cieuxUn groupe dont l’éclat se confond à mes yeux,Des astres différant de grandeur, de lumière,En roulant l’un sur l’autre achèvent leur carrière.L’éclat de ces soleils, ou moins vif ou plus pur,Imite le rubis, et l’opale et l’azur.Le Lion tout sanglant presse l’Hydre livide,La Vierge épand sur nous une clarté timide ;L’Aigle d’un œil de feu parcourt le firmament,Et l’ardent Sirius, pareil au diamant,Éblouit nos regards de ses flèches brillantes.C’est peu : le ciel connaît des étoiles changeantesDont l’éclat inconstant, mais toujours ramené,Pâlit et se ranime en un temps ordonné.La tête qui tomba sous les coups de PerséeReprend après trois jours sa splendeur éclipsée.Céphée, Antinoüs, l’Hydre, Léviathan,La Lyre harmonieuse, et le Cygne éclatant,D’un pareil phénomène étonnent notre vue.L’astre brille et s’éteint, grossit et diminue,Ici dans quelques jours, quelques mois écoulés,Plus loin, après dix ans sur huit accumulés.D’un globe sans clarté la marche régulière,Vient-elle d’un soleil éclipser la lumière ?Ou lui-même, en tournant, offre-t-il à nos yeuxUn côté tantôt sombre et tantôt radieux ?Il est des changements dans la sphère azuréeDont l’art ne peut encore assigner la durée.Tel astre s’est éteint qui peut renaître un jour ;Tel autre a dans le ciel disparu sans retour.Voyez-vous ces Gémeaux à la terre fidèles,D’une sainte amitié doux et brillants modèles,Habitants du Ténare et des sacrés parvis :Aux âges reculés, quand leurs astres amisSe levaient dans les cieux pour conjurer l’orage,Le fils de Jupiter y brillait sans partage ;Aujourd’hui c’est Castor, à son éclat rendu,Qui fait pâlir son frère aux Enfers descendu.Sous un voile léger déguisant ce mystère,La fable ingénieuse instruisait le vulgaire ;Mais la science antique aurait-elle connuCe qu’après tant d’efforts nos yeux ont entrevu ?Ou plutôt serait-il dans notre destinée,Sans cesse au même point par le temps ramenée,D’apprendre, d’inventer, d’oublier, et toujoursDans un cercle borné de suivre un même cours ;Pareille à tous ces corps errant dans la nuit sombre,Éclatants aujourd’hui, demain plongés dans l’ombre,Tantôt fuyant, tantôt poursuivant à grands pasUn but qui les attire et qu’ils n’atteignent pas ?Non, non, l’esprit humain marche dans la science ;Chaque jour, chaque instant, la lente expérienceAjoute à sa richesse et conduit par degrésJusqu’à la vérité ses pas mieux assurés :Chaque jour il confie à la presse fidèleDe faits mieux observés une moisson nouvelle ;Mais n’allons plus sonder, follement indiscrets,De la marche des deux les éternels secrets :Sachons abandonner d’insolubles problèmes ;Que notre orgueil échappe à l’attrait des systèmes.Il est de ces esprits, du monde séparés,Sublimes, loin de nous, dans l’espace égarés ;Laissons-les, sans troubler leurs conquêtes paisibles,Tenter ces régions pour nous inaccessibles :Le monde ne sait pas qu’ils habitent les cieux.Ainsi près du soleil, loin de nos faibles yeux,L’oiseau de Jupiter aux ailes étenduesAime, combat, triomphe, et plane dans les nues.Qu’Herschel poursuive au loin ces nuages confus,Dans l’espace pour lui par milliers répandus,D’atomes vaporeux lumineux assemblage,Où déjà la comète et se forme et surnage ;Qu’il y cherche une terre, et qu’un soleil nouveauDans ces cieux agrandis allume son flambeau ;Ces doutes, hasardés par un esprit sublime,Aux respects des mortels ont un droit légitime :Nos regards, élancés aux profondeurs du ciel,Verront peut-être un jour ce que crut voir Herschel,Atteindront ce fluide, ou plus dense ou plus rare,Où des mondes futurs le destin se prépare :Déjà par ses secours que d’astres découvertsDans la zone qui ceint l’orbe de l’univers !L’univers ! qu’ai-je dit ? ah ! pardonne, ô grand Être,Pardonne à cet orgueil qui voudrait tout connaître.Créateur des soleils, source de la clarté,Nous diras-tu leur nombre et leur immensité ?L’univers est borné, si notre esprit l’embrasse ;L’univers que je vois n’est qu’un point dans l’espace.Placez l’observateur sur l’ardent Sirius,Un fil lui cachera l’orbite d’Uranus,Et les mondes flottants que le soleil attire,Et cet astre lui-même avec tout son empire.La Terre, les Gémeaux, les Ourses, Procyon,Et l’énorme Baleine et l’immense Orion,Et les signes brillants qu’enferme le tropique,Et cette écharpe d’or dont l’éclat pacifiqueMontre aux yeux éblouis et d’un long tube armésD’innombrables soleils l’un sur l’autre semés ;Enfin ce qui remplit la sphère radieusePour les mondes lointains n’est qu’une nébuleuse,Pareille à ces vapeurs d’atomes pâlissantsDont les faibles clartés n’arrivent à nos sensQu’après avoir couru, de leurs deux émanées,Dans l’espace désert, des millions d’années .Oh ! quand pourront nos yeux sonder ces régions ?Qui me transportera parmi ces légionsDe mondes animés par leurs métamorphoses ?Qui me dira les lois, le principe, les causes,La nature en travail, et ces orbes flottants,Vapeur, poussière, corps, puis astres éclatants,Véritables soleils dont les flammes fécondesÉclairent un empire et gouvernent des mondes ?Serait-il vrai qu’un jour sur leur trône écrasésCes monarques du ciel, déchus, éteints, brisés,Doivent se disperser en poussière impalpable,Des mondes renaissants matière inépuisable ?Les torrents de lumière, au sein du firmament,Peuvent-ils sans tarir couler incessamment ?Enfin cette substance, invisible et fluide,Qui reçut un vain nom pour occuper le vide,L’éther, qui dans ses flots voit nager tous les corps,Peut-il, sans les user, fatiguer leurs ressorts ?Ainsi dans l’univers tout s’agite et circule,S’assemble et se détruit, l’astre et la molécule ;Tout change, et, s’élançant dans les âges lointains,Court sous une autre forme à de nouveaux destins ;Cet avenir obscur, les mystères de l’Être,Qui les expliquera ? la mort, la mort peut-être.Dans ces lieux souterrains où par de durs travauxL’avarice poursuit les sels ou les métaux,Il est des malheureux dont la faible paupièreN’a jamais du soleil entrevu la lumière.Nés dans les profondeurs des antres ténébreux,Jamais un jour serein ne se leva pour eux ;Ils n’en connaissent point la fraîcheur ravissante,Ni d’une belle nuit la pompe éblouissante.Mais pour d’autres mortels, leur dit-on, un ciel purBrille, et la nuit revêt son écharpe d’azur,Resplendit de saphirs et de rubis sans nombre ;Et tandis qu’enfouis dans votre asile sombreVous n’avez sous les yeux que les tristes clartésDes flambeaux résineux aux forêts empruntés,Ils ont pour se guider un soleil, des étoiles,Des cieux dont l’œil humain peut écarter les voiles,Des arts qu’ils ont créés, dont les secours puissantsRapprochent l’univers de leurs débiles sens.Ces feux qui vont roulant sous des voûtes profondes,Ces feux sont des soleils, ces soleils sont des mondes,Ces mondes ont des lois. Comme à de tels récitsLes pâles habitants de ces antres noircisBrûleront de détruire une injuste barrière !Pourront-ils s’élancer jusques à la lumière ?Qui les délivrera de leur obscurité ?Tel est l’homme, aspirant après la vérité :C’est au jour qui pour lui s’éteindra sans renaître,Qu’à ses yeux dessillés elle doit apparaître,Qu’elle fera briller son immortel flambeau :La lumière l’attend sur le seuil du tombeau.Voyez-vous tous ces corps, et l’atome et les sphères,Rouler assujétis à deux forces contraires,Par l’une vers un centre en vain précipités,Par l’autre incessamment de leur orbe écartés,Dans l’espace captifs, errants dans leur empire,Et fuyant le repos qui toujours les attire ?Voyez l’homme, il subit aussi les mêmes lois ;Sublime intelligence et matière à la fois,Il penche vers la terre, et toujours son génieS’élance vers les biens que le sort lui dénie.Faible atome perdu dans cette immensité,Il veut embrasser tout, le ciel, l’éternité,Les causes et la fin, le temps et la nature,Et lui-même à ses yeux n’est qu’une énigme obscure.Aveugle, il consuma sa vie à s’égarer ;Plus savante la mort seule peut l’éclairer.Ainsi, m’abandonnant à ces graves pensées,J’oubliais les clartés dans les cieux effacées :Vénus avait pâli devant l’astre du jour,Dont la terre en silence attendait le retour ;Avide explorateur durant la nuit obscure,J’assistais au réveil de toute la nature :L’horizon s’enflammait, le calice des fleursExhalait ses parfums, revêtait ses couleurs ;Deux insectes posés sur la coupe charmanteS’enivraient de plaisir, et leur aile brillantePar ses doux battements renvoyait tous les feuxDe ce soleil nouveau qui se levait pour eux ;Et je disais : Devant le créateur des mondesRien n’est grand, n’est petit sous ces voûtes profondes,Et dans cet univers, dans cette immensitéOù s’abîme l’esprit et l’œil épouvanté,Des astres éternels à l’insecte éphémère,Tout n’est qu’attraction, feu, merveille, mystère.

750 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’astronomie, Paris, FIRMIN DIDOT, FRÈRES, LIBRAIRES, 1830· numérisation wikisource.org· Sources