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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

L’astronomie, 1830

Chant cinquième

Pierre Daru· 578 vers

Description du monde planétaire. — Le soleil ; ce qui compose son système, ce que c’est que ce monde par rapport à l’univers. — Rotation du soleil et des planètes. — Son diamètre, sa distance de la terre, son orbite, son poids, son volume, ses taches, sa lumière, ses mouvements. — Mouvement des étoiles, ou précession des équinoxes. — Mouvement de translation du soleil et des autres astres. — Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus. — Planètes télescopiques ; Cérès, Pallas, Junon, Vesta.

ARBITRE souverain des mondes qu’il attire,Le soleil les retient dans son brillant empire :Immobile à leur centre, il voit, obscurs vassaux,Autour de lui flotter onze astres inégaux ;Errante colonie, et dont l’âge où nous sommesVit naître la moitié long-temps cachée aux hommes.Eudoxe et Copernic n’atteignirent aux cieuxQue Mercure, Vénus, Mars, et le roi des dieux ;Saturne leur cachait son écharpe brillante.Mais depuis que, doués d’une force puissante,Nos yeux ont pu sonder les profondeurs du ciel,Un monde plus lointain fut conquis par Herschel.Kepler, oh ! prescience attribut du génie !Kepler, en admirant la céleste harmonie,Soupçonna qu’entre Mars et l’ardent JupiterQuelques globes obscurs se perdaient dans l’éther,Et notre siècle a vu, peuplant ce vaste espace,Vesta, Junon, Cérès, Pallas, y prendre place.Sur l’équateur céleste, en leur route inclinés,Dans une zone étroite ils seraient tous bornés,Si Pallas, renversant une injuste barrière,N’eût loin de l’écliptique élargi sa carrière.Tous ces astres, dont l’orbe enceint le dieu du jour,En des temps inégaux recommencent leur tour.De Mercure en trois mois la course est terminée,La terre en douze mois accomplit son année,Et l’antique Uranus y consume à pas lentsSeize lustres entiers prolongés de quatre ans.Plus ou moins éloignés du monarque suprême,Chacun reçoit ses feux en tournant sur soi-même.Enfin les plus puissants, courtisans couronnés,De leurs propres sujets marchent environnés.La terre aime en Phœbé sa compagne fidèle ;De quatre astres suivi Jupiter étincelle ;Saturne, le front ceint du céleste bandeau,Voit sept gardes brillants ranimer son flambeau :Ils devancent ses pas, le suivent, et son père,Deux fois encor plus loin du dieu qui nous éclaire,De six globes amis dont il marche escorté,Pour ses profondes nuits emprunte la clarté.Loin, bien loin d’Uranus et de ses satellites,Quels astres vont traçant ces bizarres orbites ?L’erreur les crut long-temps dans leur route égarés ;Mais vers notre soleil, comme nous, attirés,Ils fuient et tour à tour recherchent sa présence ;Et plus prompts que la foudre en leur ellipse immense,Des limites du monde accourent vers leur roi,Hérissant leur crinière, objet de notre effroi.De l’astre souverain telle est la cour errante,À son pouvoir soumise, et par lui seul brillante.De ces globes long-temps méconnus dans les cieux,La plupart échappaient à nos débiles yeux ;Aux sept astres formant le nombre du mystèreLa science bornait le monde planétaire ;La moderne Uranie a peuplé ces déserts,Et peut d’astres nouveaux doter notre univers.Mais lorsque de la terre à la voûte azurée,Observateur d’un jour, dans sa courte durée,L’homme suit sa conquête, hélas ! à ces confinsQu’aux filles du soleil tracèrent les destins,S’arrête aussi l’empire ouvert à son étude.Par-delà, tout pour lui n’est plus qu’incertitude.Limité, son domaine est encore assez beau.Qu’il nous dise comment le céleste flambeauVers l’aurore en un an, corps immense et solide,Tourne quatorze fois sur son axe rapide,Tandis que des sujets qui composent sa cour,Les quatre plus voisins roulent en un seul jour,Et que des deux géants, Jupiter et son père,La révolution en dix heures s’opère.Archimèdes nouveaux, dont le savant compasMesura du soleil et le disque et les pas,Dites-nous son pouvoir et sa vitesse immense.Son axe ? — Cent dix fois le nôtre. — Sa distance ?— Ce même axe compté douze mille et cent fois.— Son orbite ? — Une ellipse. — Et sa force ? son poids ?— Trois cent mille leviers, puissants comme la terre.Ne l’ébranleraient pas au centre de la sphère.— Sa grandeur, son volume ? — O mortels curieux,Entassez tous ces corps qui flottent sous vos cieux,Satellites obscurs, comètes vagabondes,Saturne, Jupiter, un million de mondesNon moins grands que ce globe où s’impriment vos pas,Et leur masse au soleil ne s’égalera pas.Bien qu’à nos yeux trompés son disque égale à peineLe disque de sa sœur que roule un char d’ébène,Trois fois il remplirait l’espace qui s’étendDe notre terre obscure à ce globe inconstant.Atomes animés, contemplez votre maître :Et toi, protége-les, puisque tu les fis naître,Toi, l’un des souverains de l’immense univers,Brillant monarque, assis sur le trône des airs,De la vie et du feu source pure et féconde,Centre des mouvements prescrits à notre monde ;C’est toi qui nous dépars, régulateur du temps,Les ans, les mois, les jours, les heures, les instants.Bienfaiteur des mortels, prête-leur ta lumière :Leurs jours sont-ils sereins, rallentis ta carrière ;Sont-ils infortunés, retire ton flambeau,Soleil, hâte ta course, et les rends au tombeau.Mais quelle est ta nature, ô source inaltérable,Foyer toujours ardent, toujours inépuisable ?L’œil fixé vers les cieux dans un doute constant,La science se tait, observe, admire, attend.Son regard attentif suit cette tache obscureQui ternit de tes feux la lumière si pure,Nuage irrégulier, qui d’abord offre aux yeuxUne ombre qu’environne un filet radieux ;Fidèle à l’équateur, dont elle suit la trace,Dans cette route ardente elle croît et s’efface,Et le trait allongé que nous montre le bordS’élargit en marchant pour s’amincir encor.Après deux fois sept jours dans les cieux disparue,A l’orient du disque elle nous est rendue ;Et son retour atteste à l’œil qu’elle avait fui,Que, fille du soleil, elle tourne avec lui .Mais quelle est cette tache ? une écume forméeDes éléments impurs de la sphère enflammée ?Un gigantesque mont de feux environné,Qui lève tout-à-coup son sommet calciné ?Un nuage dix fois aussi grand que la terre ?D’un immense volcan l’effroyable cratère ?Ou, dans ces cieux enfin qu’embrasent les éclairs,Un long déchirement, des gouffres entrouverts,Par qui l’œil peut atteindre à la surface obscureDe ce brillant soleil flambeau de la nature ?Oh ! qui me répondra ? Newton, Laplace, Herschel,Vous si souvent admis aux mystères du ciel,Cet astre est-il ardent, ou le léger fluideS’enflamme-t-il autour de son disque rapide ?Quel est de tous ces feux l’éternel aliment ?Cette lumière enfin qui coule incessamment ,Est-ce un trait qui s’élance, ou, partout répandue,Attend-elle un effort pour frapper notre vue,Pareille aux bruits lointains dans l’air retentissants,Dont la vague sonore ébranle un autre sens ?Ces mystères que l’homme encor n’a pu connaître,Le ciel à nos neveux les réserve peut-être :L’art a déjà tracé sur ses tables d’airainLes mouvements divers de l’astre souverain,Roulant parmi les feux qu’efface sa lumière.Mais d’un cours inégal poursuivant sa carrière,L’étoile, qui le soir accompagnait ses pas,Aux portes du matin ne le retrouve pas.Chaque jour, vers l’aurore, il rallentit sa route ;Il s’élève, il s’éloigne, et la céleste voûteLe voit, deux fois par an, abaissant sa hauteur,Se rapprocher du pôle et franchir l’équateur.À ses pâles sujets qui peuplent l’EmpyréeIl dispense des jours d’inégale durée ;Mais lui-même, inégal dans son cours radieux,Plus lent ou plus rapide, il traverse les cieux,Et, pour favoriser l’hémisphère de l’Ourse,Il semble de sept jours y prolonger sa course.Ainsi ce globe obscur qui lui doit la clartéL’accusait d’inconstance et d’inégalité.Mais quand la terre enfin, rejetée à sa place,Allongea son orbite et roula dans l’espace,Le soleil arrêta ses coursiers bondissants,Et l’ellipse expliqua l’illusion des sens.C’était trop peu ; l’erreur qui redoublait ses voiles,Faisait vers l’équinoxe avancer les étoiles,Agitait l’équateur, ébranlait tout le ciel,Pour laisser à la terre un repos éternel.La science a détruit cet antique prestige ;La terre se balance, il n’est plus de prodige.L’équateur s’est gonflé, Newton parle ; à sa voix,Et la terre, et les cieux, suivent les mêmes loix.Des corps que le soleil retient dans son système,Qui gravitent vers lui, qui l’attirent lui-même,Si le compas sévère eût tracé les contours,Sur un axe immobile ils tourneraient toujours ;Les révolutions de leur course ordonnéeAu même point du ciel ramèneraient l’année :Mais des globes roulants, sur leur pôle aplati,L’essor est tour à tour rapide ou rallenti,Et leur cours inconstant, l’ellipse qui l’enserre,D’une immuable loi sont l’effet nécessaire.Voyez-vous s’élancer, d’acanthe couronnés,Ces marbres de Paros que l’art a façonnés,Dont la tige superbe élève dans les nuesLe dôme qui des dieux protège les statues ?Le ciseau, du compas empruntant le secours,A d’un parfait module arrondi les contours.Que la scie, en glissant, patiente ouvrière,Divise obliquement cette colonne altière,Le tronçon mutilé du marbre somptueuxOffre un orbe allongé dont le centre est douteux,Image de celui qu’aux plaines de l’espaceSuivent les corps errants dans leur route sans trace.L’invisible pouvoir qui fait le mouvementSur des points inégaux agit diversement ;Infini, répandu sur toute la nature,Il nous est imposé par la planète obscure.Voisin faible et pressant, le globe qui nous suitSollicite et retient l’astre qui le conduit .Inégale en sa forme, errante en son orbite,D’un triple mouvement notre sphère s’agite,Marche autour du soleil, sur soi roule toujours,Et, troublée, incertaine, oscille dans son cours.Ainsi, lorsqu’un vaisseau, les ailes étendues,De sa quille d’airain fend les ondes émues,Les mâts, que chaque flot balance lentement,D’un et d’autre côté penchent incessamment,Et le nocher croit voir dans la céleste voûteLes astres ébranlés s’écarter de leur route ;Aux cieux et sur la terre ainsi l’illusionFait marcher le rivage et tourner l’horizon.Tout change, l’équateur s’ébranle dans sa masse,Avec l’axe des cieux le pôle se déplace,L’écliptique descend ; quelques siècles encor,Le char prendra sa course, et la reine du NordCessant de dominer sur le pôle infidèle,Ne verra plus rouler les mondes autour d’elle.Quoi ! nos neveux, un jour, verront-ils sans terreurLe soleil égaré parcourir l’équateur ?Plus d’été, plus d’hiver ; les saisons, les journéesA l’uniformité seraient donc condamnées ?Rassurez-vous, mortels ; votre globe agitéDoit son juste équilibre à sa rapidité.Il penche, il se relève en tournant sur lui-même.Tel, si j’ose à l’enfance emprunter cet emblème,Tel, d’une adroite main rapidement frappé,Le buis infatigable, à sa corde échappé,Sur un pivot aigu suspend son cône agile,Et plus il est fouetté, plus il dort immobile.Dans ses frivoles jeux l’enfance a découvertCe que sut le premier expliquer d’Alembert .Par un balancement peu sensible à la vue,Sur son axe incliné la terre est soutenue.Les astres, chaque jour, d’un mouvement pareilDevancent d’un instant la marche du soleil ;Il semble que le dieu, regardant en arrière,S’arrête au premier pas de sa vaste carrière,Et des signes trop lents attende le retour :Tous à chaque saison président tour à tour.Vingt siècles prolongés de cent soixante années,Reviennent douze fois changer leurs destinées.La terre se souvient qu’aux âges reculésQuatre de ces flambeaux des lambris étoilésDispensaient les saisons, et dans sa route obliqueEn quatre égales parts divisaient l’écliptique.Aux tropiques fixés, l’éclatant Régulus,Et l’habitant des eaux protégé de Vénus,Qui semble de ses flots couvrir l’urne propice,De l’été, de l’hiver annonçaient le solstice ;Et plus loin Antarès ; Apis à l’œil sanglant,L’un à l’autre opposés dans ce cercle brillant,De leur flamme rougeâtre éclairaient l’EmpyréeDans ces nuits qui des jours égalent la durée.Long-temps Apis du Nil fut le dieu protecteur :Plus tard, quand le soleil, franchissant l’équateur,Ramenait lentement sa barque radieuse,Et quittait pour le Nord l’Égypte limoneuse,Ammon, le front paré des cornes du bélier,Ouvrait à l’Orient son temple hospitalier,Et Thèbes, vers l’autel couvert de ses offrandes,Conduisait un taureau couronné de guirlandes.Rites mystérieux ! antiques monuments,Où la terre du ciel lisait les mouvements.D’Ammon, vainqueur d’Apis, l’étoile fortunéePrésidait aux beaux jours qui commencent l’annéeAutrefois le Taureau ramenait le printems ;Le Bélier à sa place a régné deux mille ans ;Et ce sont aujourd’hui les poissons de NéréeQui rendent sa parure à la fertile Rhée.Le Verseau dardera tous les feux du Cancer ;Le brûlant Sirius verra naître l’hiver.L’Épi, trompant nos vœux, produira les orages ;Et quand, roulés enfin par le torrent des âges,Sur les vastes débris des trônes écroulés,Treize siècles vingt fois se seront écoulés,Les signes, l’équinoxe, et le solstice et l’Ourse,Retrouveront leur place et reprendront leur course.Ainsi nés pour l’erreur, mortels ambitieux,Tout n’est qu’illusion pour vos débiles yeux :Ce soleil, cette terre, et ces astres tranquilles,Vous paraissent briller à leur place immobiles !Hélas ! de votre esprit les efforts impuissantsN’ont-ils pas leurs erreurs aussi bien que vos sens ?Nier est téméraire ; affirmer, impossible.La science d’Euclide est la seule infaillible :Mais comment à l’erreur prétend-elle échapper ?En écartant au loin ce qui peut la tromper.Dans le monde idéal souveraine absolue,Elle embrasse le temps, mesure l’étendue :Le monde véritable échappe à son compas.Elle ose soupçonner, mais ne nous montre pasDe ces globes brillants les énormes distancesLeur vitesse, leur cours et leurs orbes immenses.Déjà Lalande, Herschel, dans des angles aigus,Vers le pôle d’Auster ont vu fuir Sirius.L’Arcture et le Lion suivent la même route.Hercule, qui du Nord illumine la voûte,Dans ce ciel qu’il porta s’élargit aujourd’hui :Est-ce lui qui s’avance, ou marchons-nous vers lui ?Si le soleil voyage avec tout son système,Sur quel centre inconnu gravite-t-il lui-même ?Quels sont ces mouvements, divers, prodigieux,Et par qui rien ne change au séjour radieux ?S’il tourne sur un point qui lui-même s’agite,Notre terre sur lui, sur nous un satellite,Que deviennent alors les cercles éclatantsSi savamment prescrits à ces mondes flottants ?De spirale en spirale, en sa course rapide,Phœbé va décrivant sa triple cycloïde,Et ces orbes divers qui se croisent aux cieuxÉchappent au calcul et trompent tous les yeux.Toutefois la science et la vue elle-mêmeDans l’espace conquis atteindront ce problème.Ô puissance du temps, du travail et des arts !Vers des cieux plus voisins arrêtant ses regards,Que l’étude assidue y sollicite encoreLes autres vérités que notre siècle ignore.Comment interroger ces astres qui toujoursDans un ordre immuable accomplissent leur cours,Et qui, nous dérobant leur masse et leur distance,Semblent fixés au ciel d’où leur flamme s’élance ?Mais autour du foyer qu’enceint notre universSont des mondes errants dans des sentiers divers,Dont la douce lumière, au soleil empruntée,Réfléchit son éclat, et n’est point agitée.Dans l’océan de flamme incessamment plongé,Roulant sa masse obscure en un orbe allongé,Divers dans ses aspects, Mercure solitaireErra long-temps peut-être inconnu de la terre.Cependant quand, le soir, le soleil moins ardentLaissait le crépuscule éclairer l’occident,Au bord de l’horizon une faible lumière,Semblait suivre du dieu l’éclatante carrière.L’art mesura son orbe, et l’œil de GassendiSur le front du soleil suivit son vol hardi.Du globe où nous marchons inconstante rivale,Entre Mercure et nous partageant l’intervalle,Compagne radieuse et sœur du dieu du jour,C’est Vénus qui l’annonce et le suit tour à tour.Mais en vain sous deux noms le vulgaire l’honore,L’étoile de Vesper est celle de l’aurore.La voilà qui paraît, courez, heureux amants !Ô Vénus, devant toi, ces feux, ces diamants,Tout pâlit ; et que sont auprès de tes montagnes,Les Alpes et l’Atlas, géants de nos campagnes ?Lorsque sur nous des nuits l’astre resplendissantHuit fois a ramené son disque et son croissant,Des coursiers du soleil brillante avant-courrière,Tu fermes ton année et reprends ta carrière.Près d’Hélion lui-même à son midi monté,Ta sphère brille encor d’une douce clarté :L’œil y distingue à peine une tache légère :Dis-nous si dans les cieux tu roules solitaire.Laisse-nous mesurer ton croissant lumineux.Surtout quand du soleil tu traverses les feux,Permets à l’œil humain d’y suivre ton passage ;Qu’un obstacle jaloux, un funeste nuageNe vienne point ravir au sage qui t’attendLe prix de ses travaux, ce bonheur d’un instant,Qu’il est venu chercher de l’Europe savanteAux rives où l’Indus roule une onde indolente.Mars d’un œil amoureux contemple tes attraits :Mais son disque en croissant ne se courbe jamais ;Il s’arrondit en cercle, il s’allonge en ovale ;Maint nuage ternit sa lumière inégale.Plus petit que Vénus, moins brillant à nos yeux,Il est deux fois plus loin du flambeau radieux ;Et, chargés de frimas, ses pôles qu’il balanceDu soleil qui les frappe attestent la distance.D’une atmosphère épaisse on le dit entouré ;Aux profondeurs des cieux quelquefois égaré,Il échappe à la terre, et quand vers notre mondeDeux ans ont ramené sa course vagabonde,Il revient furieux de ces orbes lointains,D’un œil ensanglanté menaçant les humains.Tel n’est point Jupiter, lorsque dans l’EmpyréeS’élève lentement sa lumière azurée.L’Éclatant est son nom ; d’un maître redoutéIl garde seulement la douce majesté.Vainement Uranus, et Saturne et Cybèle,Mars, Vénus, et Mercure, à son père rebelle,Contre lui réunis voudraient le détrôner,Le dieu d’un bras d’airain saurait les entraîner.Mais rien ne trouble plus son empire paisible :Son cortège long-temps à nos yeux invisible ,Errant autour de lui, va raconter aux cieuxDe ses amours divins le sens mystérieux.Le bel enfant qu’Ida vit ravir à la terrePour verser le nectar au maître du tonnerre,L’arbitre des humains, la sévère Thémis,Hébé toujours riante, et la sage Métis,Par qui des arts savants la déesse animéeDu front de Jupiter s’élança toute armée,Voltigent sur ses pas, l’entourent, et du jourLui prêtant les clartés qu’il leur rend à son tour,Sans cesse à ses regards offrent la même faceDe globes que vingt fois notre terre surpasse.Autant nous sommes loin du souverain des deux.Autant et quatre fois, dans son cours glorieux,Le puissant Jupiter étend son orbe immense .Le lustre vainement s’enfuit et recommence :Dans chacun des palais sur sa route placésUn an retient ses pas si lentement tracés ;Et lorsqu’il touche enfin à sa borne dernière,La terre a terminé sa douzième carrière.Mais, tandis que nos yeux accusent sa lenteur,Dans les cieux qu’il parcourt son rapide équateurAccomplit en un an neuf cents tours sur lui-même.Plus cet orbe est immense et sa vitesse extrême,Plus, libre du pouvoir qui la fait graviter,La matière s’échappe et tend à s’écarter,Et vers son équateur par le temps amassée,Change en globe aplati sa sphère balancée :Tel roule Jupiter en fuyant l’occident.O vous, de la nature illustre confident,Dites-nous, Arago, quel savant artificeVous a rendu cet astre et docile et propice ;Dites-nous et son jour à cinq heures borné,Et son axe au soleil faiblement incliné,Ses pôles, cette nuit qui, sur eux descendue,Six ans de ce soleil leur dérobe la vue.Mais des ans, sur ce globe immuable en son cours,Rien ne marque la fin, n’annonce les retours.D’une même saison l’éternelle duréeDe feux ou de frimas couvre chaque contrée :Le temps fuit, rien ne change, et l’hiver et l’étéY gardent à jamais leur uniformité.Sur ce disque pourtant des ombres infidèlesÉtendent à l’envi leurs zones parallèles ;Leur forme est inconstante et leur nombre divers.Qu’y dois-je voir ? des monts ? des nuages ? des mers ?Des taches ont paru par le temps ramenées,Et que l’œil reconnaît après plusieurs années.Du globe impétueux elles disent l’essor ;Ce qu’elles-mêmes sont, nous l’ignorons encor.Resserrant son empire en d’étroites limites,Jupiter près de lui retient ses satellites .Tour à tour à nos yeux, de leur disque argentéS’accroît, pâlit, s’éteint l’inégale clarté,Et cachant son éclat dans l’ombre qui s’allonge,Chaque jour éclipsé, l’un ou l’autre se plonge.Chaque jour l’œil humain peut voir au haut des cieuxLeur ombre traverser le front du roi des dieux,Et l’un d’eux quelquefois avec l’autre conspirePour obscurcir deux parts de ce brillant empire.O pouvoir du génie ! ô travaux assidus !Ces globes, si long-temps à nos yeux inconnus,Leur marche, leurs retours, leurs éclipses fréquentes,Laplace les soumet à ses règles savantes.Delambre a calculé ces vastes mouvements.Au pilote égaré sur les flots écumantsCes astres vont marquer et sa place et sa route.De l’éclipse annoncée à la céleste voûteLe retard dit quel tems à parcourir les cieuxEmploya le rayon qui vient frapper nos yeux :Ces mondes avoueront leur masse et leurs distances.Ah ! s’ils sont habités par des intelligences,Que des observateurs sur leur surface éparsUn spectacle brillant doit charmer les regards !Plus grand quinze cents fois que la sphère de Rhée,Leur astre au milieu d’eux éclaire l’Empyrée.Mais de Saturne encor le destin est plus beau ;Moins grand, deux fois plus loin du céleste flambeau,Il a, comme son fils, de légers satellites,Son double mouvement dans d’immenses limites,Ses bandes et son jour par cinq heures compté,Et des saisons sans terme et sans diversité.Il consume trente ans à fournir sa carrière ;Phébus ne lui départ qu’une faible lumière.Sept lunes vont pour lui s’élevant, s’abaissant,Lui présentent leur disque ou leur orbe naissant,Et, favori du sort, seul dans notre système,Il marche le front ceint d’un double diadème.Par un espace étroit deux cercles divisés,Et d’atomes flottants à nos yeux composés,L’éclairent sans l’atteindre, et de leur face sombreSur son globe attristé laissent tomber leur ombre ;Ils ont le même centre, et sur le même appuiEn moins d’un demi-jour ils tournent comme lui.De ces ponts éclatants, suspendus l’un sur l’autre,L’axe prodigieux vingt fois passe le nôtre.Quels tableaux variés doivent offrir aux yeuxCes deux écharpes d’or flottantes dans les cieux !Oui Saturne, à bon droit, en contemplant sa masse,Ce soleil qui pour lui n’est qu’un point dans l’espace,Ses gardes, sa couronne et leurs orbes divers,Peut se croire le roi, centre de l’univers.Nous-mêmes, race aveugle, éphémère, fragile,Atomes exilés sur l’atome d’argile,N’avions-nous pas, pour nous disposant tous les cieux,Cru marquer des confins au monde radieux ?Homme, console-toi de ces vaines chimères.Si tu fus rejeté loin du centre des sphères,Toi-même t’en bannis, et des astres nouveauxSeront le prix heureux de tes nobles travaux.Tandis que, rallumant les foudres de la guerre,Les discordes des rois ensanglantaient la terre,Armé d’un tube immense, ouvrage de ses mains,Un sage, l’œil fixé sur ces globes lointains,Paisible conquérant de la voûte profonde,Au-delà de Saturne y découvrait un monde,Cette sphère qui luit dans ces cieux inconnus,Et que l’ingratitude a nommée Uranus .Entre les feux du jour et son orbite immenseAutant l’époux de Rhée a laissé de distance,Autant se plonge encor dans l’abîme du cielLe front demi voilé de la fille d’Herschel.Trois heures ont à peine amené la lumièreQui frappe de si loin sa timide paupière.De six gardes suivie, elle embrasse en son coursTous les mondes errants connus jusqu’à nos jours.Sait-elle cependant qu’au loin court dans l’espaceUn globe que le sien quatre-vingts fois surpasse,Que de ce globe obscur l’habitant curieuxSut l’atteindre elle-même aux profondeurs des cieux,Et, guidé par Laplace, a tracé son orbite,Déterminé sa marche, assigné sa limite.Pendant trois ans entiers s’attachant à ses pas,Delambre la soumet à l’angle du compas ;Bouvard, de qui Saturne a publié la gloire,D’Uranus, pour cent ans, trace déjà l’histoire ;Herschel ajoute un monde à la création,Et la France applaudit à l’orgueil d’Albion.Honneur de l’Italie et mon guide céleste,Toi qui daignas m’admettre à ton foyer modeste ;Toi qui dans tes travaux as souvent confiéLes rêves de ta gloire à la tendre amitié,Puis-je oublier jamais ce jour où, l’âme émue,Palpitant de plaisir, tu me dis : — Je l’ai vue !— Quoi ? — Cette nuit. — Quoi donc ? — Oui, je viens de la voir,La planète. Grands dieux ! vous comblez mon espoir ;Un monde est découvert, ma carrière est remplie ;Piazzi peut maintenant abandonner la vie.Juste orgueil ! noble joie ! oui, ton nom glorieuxAvec le nom d’Herschel est écrit dans les cieux.C’était l’heure où Janus nous ramenait l’année,Et d’un siècle nouveau la première journée.Cérès se dévoilant à tes regards surpris,À ton culte pieux gardait ce digne prix.Cérès, de la Sicile antique protectrice ,Te devait un regard de son astre propice ;Ton art de ses guérets protège les tributs,Et son île à ton nom doit un lustre de plus.Quel prix peut te payer de tes veilles savantes ?Déjà la fièvre court dans tes veines brûlantes,Et va fermer peut-être à la clarté du jourCes yeux explorateurs du céleste séjour.Mais non ; après deux mois, la force t’est rendue :Tu demandes Cérès ; Cérès est disparue.Perdras-tu sans retour un si noble laurier ?Le printemps fuit, l’été s’écoule tout entier :Olbers revoit ton astre, il l’atteint, il l’arrête,Proclame ton triomphe et te rend ta conquête :Qu’il soit récompensé par de nouveaux succès.Kepler, se disait-il, a de notre CérèsDeviné l’existence et désigné la place ;Mais du quart de Phœbé n’égalant point la masse,Comment cette planète aux plaines de l’ÉtherPeut-elle balancer et Mars et Jupiter ?Serait-elle un débris d’une sphère inconnue,À cette même place autrefois suspendue ?Il dit, il cherche, il veille ; et le tube allongé,Sur les pas de Cérès constamment dirigé,Lui découvre Pallas, Pallas, astre paisible,Pâle comme Cérès, comme elle imperceptible.Ce n’est pas tout encor ; Vesta sur son autelRallume un chaste feu désormais immortel,Et la fière Junon pour Harding s’est montrée.Nouvelles déités de la sphère éthérée,Parlez, que venez-vous enseigner aux humains ?Laissez-vous contempler, dites-nous vos destins ;Notre œil vous suit à peine en votre route obscure,Et déjà le calcul vous pèse et vous mesure :À ses efforts savants ne vous dérobez pas.Est-il vrai qu’un degré qui s’enfuit sous nos pasDe vos pôles entre eux égale la distance ?Des mondes tels que vous le nombre est-il immense ?En vous tout semble égal, vitesse, orbes, pâleur :Sœurs d’un âge pareil, de pareille grandeur,Sortîtes-vous ainsi d’entre les mains divines ?D’un monde qui n’est plus êtes-vous les ruines ?

578 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’astronomie, Paris, FIRMIN DIDOT, FRÈRES, LIBRAIRES, 1830· numérisation wikisource.org· Sources