Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV
ODE V. À auguste
O César, prince adorable,Heureux bienfait des destins,Vous que le ciel favorableDonna pour maître aux Romains,A vos promesses fidèle,D’une absence trop cruelleFaites cesser la rigueur :Venez rendre à la patrieVotre présence et la vie,Et sa première splendeur.
Dès que vous daignez paraîtreAux regards d’un peuple heureux,Le printemps semble renaître,Le jour est plus radieux.Telle une mère craintive,Les yeux fixés sur la rive,Demande aux flots son cher fils,Que depuis plus d’une annéeLa jalouse destinéeÉloigne de son pays.
C’est ainsi que la patrieRedemande son héros :S’il revient, dans la prairieRien n’alarme les troupeaux ;Cérès protège la terre,Le nocher sur l’onde amèreNe trouve plus d’ennemis ;Le ciel nous est favorable,La foi reste inviolable,Tous les crimes sont punis.
On ne voit plus l’adultèreDe l’hymen troubler la paix ;Dans ses enfants chaque pèreReconnaît toujours ses traits.Les mœurs et les lois propicesOnt déraciné les vices.Qui de nous redouteraLes efforts de l’IbérieOu les peuples de Scythie,Tant que César règnera ?
Qui peut de la GermanieCraindre les affreux guerriers ?Sur les monts chacun marieLa vigne et les peupliers.De ce travail agréableOn revient le soir à tableVous offrir gaîment des vœux ;Le vin à longs flots ruisselle,Votre auguste nom se mêleAux noms sacrés de nos Dieux.
C’était ainsi que la GrèceChantait Alcide et Castor.Que pour nous votre sagesseProlonge cet âge d’or.O César, on vous imploreDès le moment où l’auroreRend son éclat aux Romains,Et quand il fuit chez le Maure,Le soleil nous voit encoreVous chanter dans nos festins.
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources