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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV

ODE IV. Sur la victoire de Drusus

Pierre Daru· 78 vers

Tel que le noble oiseau, ministre du tonnerre,Cel aigle, roi des airs, dont la fidèle serreÉleva Ganimède au céleste séjour,Va, jeune et faible encor, mais digne de sa race,Braver avec audace,D’un œil à peine ouvert, les feux du Dieu du jour ;

Quand les jeunes zéphirs, succédant à l’orage,Ont augmenté sa force, ont accru son courage,D’une aile plus rapide il fond sur les troupeaux,Et bientôt, méprisant le dard de la vipère,L’emporte dans son aire,Avide de sa proie et de combats nouveaux :

Ou comme une brebis qui paissait l’herbe tendre,Du sommet d’un rocher quand elle voit descendreUn jeune lionceau que sa mère a sevré,La timide brebis, de crainte palpitante,Sous cette dent naissanteCroit sentir aussitôt tout son corps déchiré :

Ainsi, près de ces monts qui bravent le tonnerre,Lorsqu’aux sommets Alpins Drusus porta la guerre,On vit trembler les bords du Danube et du Rhin.Eh ! qui pourrait compter ces enfants de Bellone ?Le fer de l’amazone,La hache menaçante, étincelle en leur main.

Ces peuples enivrés d’orgueil et d’espérance,De ce jeune héros ont connu la prudence ;Ils ont vu ce que peut un cœur né généreux,Nourri dans une cour à la gloire fidèle,Et l’amour paternelleQu’en César des Nérons trouvent tous les neveux.

Un glorieux enfant sort d’un glorieux père ;Jamais du fier taureau le sang ne dégénère :L’audace du coursier se transmet à ses fils,Et l’aigle impétueux, qui dans l’air plane en maître,Ne donna jamais l’êtreAux timides oiseaux qui sont chers à Cypris.

Oui, les soins paternels, une sage culture,Peuvent orner encor les dons de la nature,Et dans les jeunes cœurs affermir les vertus ;Mais quand des bonnes mœurs le souvenir s’efface,Le vice les remplace,Et les présents du ciel sont déjà corrompus.

Oh ! que Rome aux Nérons doit de reconnaissance !Tout l’atteste : Hasdrubal vaincu par leur vaillance,Le Métaure roulant ses flots ensanglantés,Et ce jour où leur bras dissipa les oragesQui couvraient ces rivagesEt ramena la joie au sein de nos cités.

Le barbare Africain parcourait l’Italie :Tel vole dans les bois le rapide incendie ;Tel bondit sur les mers l’aquilon furieux.Un succès ranima nos cohortes guerrières,Et dans nos sanctuairesL’autel déshonoré vit relever ses Dieux.

Hannibal est vaincu. « Fuyons, dit le perfide,« Fuyons, timides cerfs, devant le loup avide ;« La fuite est un triomphe : échappons aux vainqueurs,« Qui, transportant leurs Dieux, leurs enfants et leurs femmes,« Loin d’Ilion en flammes,« Des flots Étruriens bravèrent les fureurs.

« Rome prend sous nos coups une force nouvelle :« Tel le chêne résiste à la hache cruelle,« Et vainqueur du fer même, élève ses rameaux.« Jamais monstre pareil n’effraya la Colchide ;« L’hydre même d’Alcide« Renaissait moins de fois sous les coups du héros.

« Rome, Rome vaincue, en est plus dangereuse :« Plongez-la dans l’abîme, elle en sort glorieuse ;« Domptez-la, vos lauriers s’échappent de vos mains.« Pleurez sur vos époux, ô femmes de Carthage,« Car jamais leur courage« Ne vous enverra l’or, dépouille des Romains.

« C’en est fait, c’en est fait, notre fortune tombe ;« Tout notre espoir s’éteint, puisqu’Hasdrubal succombe. »Qui pourrait arrêter les rapides succèsDe ces chefs dont le ciel protège la vaillance,Et qu’enfin la prudenceAu milieu des dangers n’abandonne jamais ?

78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources