Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier
ODE XXII. À Fuscus Aristius
Sans crainte et sans remords, fort de son innocence,Le sage laisse aux Dieux le soin de sa défense.Qu’a-t-il besoin du fer, de l’arc, des javelots,Ou des traits abreuvés de poisons homicides,Dont les noirs habitants des campagnes NumidesRemplissent le carquois qui pèse sur leur dos ?Sans crainte il voit d’Hammon les plaines sablonneuses,Et les bords où l’Indus roule ses eaux fameuses.
Du Caucase désert il franchit les sommets.Un jour je m’égarai sous l’ombre des forêts ;Je chantais ma Phyllis, et j’errais sans alarmes :Un loup fuit devant moi, bien qu’il me vît sans armes ;C’était un monstre horrible et tel que l’ApenninN’en a jamais nourri dans son aride sein,Tel que n’en vit jamais cette plaine brûlanteOù répandent l’effroi les lions qu’elle enfante.
Placez-moi dans ces champs tristes et paresseuxOù Zéphir n’a jamais caressé la verdure,Dans ces climats lointains où gémit la natureSous des monceaux de neige et la haine des Dieux ;Placez-moi vers l’Atlas, lieux où rien ne respire,Où le char du soleil semble arrêter son cours :Je veux toujours chanter, je veux aimer toujoursPhyllis au doux parler, Phyllis au doux sourire.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources