Œuvres d’Horace, 1796· Épodes
ODE III. À mécène
Si d’un barbare assassinJamais les mains forcenéesOnt pu déchirer le seinD’un père chargé d’années,Qu’on le nourrisse à foisonDe cet ail affreux poison,Plus mortel que la ciguë.Heureux, mille fois heureuxL’estomac grossier de ceuxQui conduisent la charrue !
Quel feu dévore mon flanc ?A cette plante odieuseN’a-t-on point mêlé le sangDe quelque hydre venimeuse ?Canidie à ce festinA-t-elle porté la main ?Oui, la maîtresse perfideDe l’audacieux JasonLe frotta de ce poisonPour commettre un parricide.
C’est d’ail qu’elle envenimaCette robe si fatale,Ce présent qui consumaSa malheureuse rivale :C’est de l’ail que vomissaientLes dragons qui la traînaient.De l’ardente CaniculeLe souffle est moins dangereux,Et jamais autant de feuxNe dévorèrent Hercule.
O Mécène, si jamaisOn voit servir sur la tableUn aussi funeste mets,Que ta maîtresse intraitable,Toujours prompte à refuser,Quand tu voudras un baiser,Mette sa main sur ta bouche ;Et puisse-t-elle le soir,Trompant encor ton espoir,Garder le bord de la couche !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources