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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier

ODE PREMIÈRE. À mécène

Pierre Daru· 36 vers

Mécène, fils des rois que célèbre l’histoire,Je dois à vos bienfaits mon bonheur et ma gloire.Que du laurier de Pise un autre ambitieux,Sur un essieu brûlant franchissant la carrière,Dans des flots de poussièreVole, évite la borne, et monte au rang des Dieux !

Ceux qu’aux triples honneurs porte un peuple volage,Celui qui, labourant son paisible héritage,Des moissons du Numide augmente sa moisson,Vous ne les verrez point sur une onde fatale,Pour les trésors d’Attale,Timides nautoniers, affronter l’aquilon.

Ce marchand effrayé, que la tempête égareSur les flots de la mer qui vit tomber Icare,Regrette alors ses champs, sa ville, son repos :Bientôt, impatient du joug de l’indigence,De la rive il s’élance,Et sa nef réparée affronte encor les flots.

Les uns, le verre en main, près d’une source pure,Couchés le long du jour sous un dais de verdure,D’un Massique vieilli s’enivrent à longs traits.D’autres aiment les camps, la trompette bruyante,Dont la voix effrayanteA la mère sensible annonce des regrets.

De la froide saison bravant l’intempérie,Le chasseur, oubliant une épouse chérie,Poursuit le daim pressé par ses chiens belliqueux.Pour moi, j’aime les bois, j’évite le vulgaire,Et le bandeau de lierre,Ce prix des doctes fronts, me rapproche des Dieux.

J’aime la paix des champs, les danses du Satyre.Si les sœurs d’Apollon daignent monter ma lyre,Et si votre suffrage, encor plus glorieux,Parmi les favoris des nymphes du ParnasseDaigne marquer ma place,De mon front couronné j’irai toucher les cieux.

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources