Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE III. À Q. Dellius
En éprouvant du sort l’inconstance fatale,Sachez, ô Dellius, montrer une âme égale ;Du bonheur sans excès il faut savoir jouir,Puisqu’enfin vous devez mourir :
Soit que toujours dans la tristesseVous ayez vu couler vos ans ;Soit qu’assis à l’écart sur des gazons naissants,Vous ayez d’un vin vieux goûté la douce ivresse.
Sur ces bords où les pins et les saules tremblantsAiment à marier leur ombre hospitalière,Auprès de ce ruisseau dont les flots gazouillantsEffleurent le gazon dans leur course légère,
Ordonnez qu’on porte l’encens,Le nectar et la rose, hélas ! trop passagère :Votre âge le permet ; profitez des momentsQue file le fuseau de la parque sévère.
Vous quitterez ces bois à grands frais achetés ;Vous quitterez ces aimables fontaines ;Et vos héritiers enchantésJouiront du fruit de vos peines.
Fussiez-vous pauvre, obscur et maltraité du sort,Ou le sang d’Inachus coulât-il dans vos veines,Il faudra suivre un jour l’inexorable mort,Que n’attendrissent point les misères humaines.
Nous sommes tous pressés par les mêmes décrets :Nos noms sont agités dans une urne fatale ;Il faudra tôt ou tard passer l’onde infernale,Qui, dans un lieu d’exil, nous conduit pour jamais.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources