Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE II. À crispe Salluste
Vous, dont le noble cœur regarde avec méprisL’or qu’en un gouffre avare enfouit la vieillesse,Ce métal n’a d’éclat qu’aux mains de la sagesse,Et l’emploi qu’on en fait lui donne tout son prix.
La déesse aux cent voix, sur son aile légère,Va dans tout l’avenir proclamer les vertus,La générosité, de ce ProculeiusQui montra pour les siens la tendresse d’un père.
D’un cœur ambitieux faites taire la voix :Vous serez plus puissant que les maîtres du Tage,Et que si l’on voyait l’une et l’autre Carthage,Soumises à vous seul, reconnaître vos lois.
Le malheureux pressé d’une soif éternelle,En se désaltérant irrite sa douleur,Tant qu’il nourrit le feu qui dévore son cœur,Et que son sang distille une lymphe mortelle.
Sur le trône où Cyrus vit régner ses aïeux,Phraate est remonté ; mais la vertu sévère,Qui n’adopta jamais les erreurs du vulgaire,Ne compte point Phraate au nombre des heureux :
Du peuple condamnant le stupide système,C’est pour le sage, exempt d’avarice et d’orgueil,Et de qui nul trésor n’obtiendrait un coup d’œil,Que la vertu réserve un noble diadème.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources