Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier
ODE XXXVII. À ses amis
Amis, c’est maintenant qu’il faut boire à plein verre ;Venez, c’est aujourd’hui qu’il faut frapper la terreD’un pied libre et joyeux.Enfin, voici le jour des festins délectables ;Venez, ô mes amis, venez orner vos tablesEt les autels des Dieux.
Hélas ! nous n’osions pas, avant ces jours prospères,Tirer le vieux Cécube enfermé par nos pèresAu fond de nos celliers,Tandis qu’osant nourrir une espérance folle,Une reine guidait contre le CapitoleSes infâmes guerriers.
Ivre d’ambition, ivre de sa fortune,Quand de ses mille nefs elle en vit à peine uneÉchapper aux flambeaux,Son aveugle fureur à l’instant fut calmée,Et ce trop juste effroi dissipa la fuméeDu nectar de Pharos.
Tel que le daim pressé par le chasseur rapide,Ou comme on voit l’oiseau fuir d’une aile timideDevant le roi des airs,Ce monstre déploya ses voiles fugitives,Aussitôt que César s’élança de nos rivesPour lui donner des fers.
De son sexe pourtant abjurant la faiblesse,A l’aspect de la mort, qui l’assiégeait sans cesse,Elle n’a pas tremblé ;Et sans daigner chercher quelque honteux asile,Elle a voulu périr, d’un visage tranquille,Sur son trône ébranlé.
Cette mort résolue élevant son courage,Ses mains contre elle-même excitèrent la rageD’un livide serpent ;Et son orgueil ravit au vainqueur qu’elle braveL’honneur de la traîner, comme une vile esclave,A son char triomphant.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources