Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV
ODE VII. À Torquatus
L’hiver a fui : la natureVoit déjà naître les fleurs,Les forêts leur chevelure,Et Cybèle sa parure ;Les fleuves dévastateursRoulent une onde plus pure ;Euphrosine, sans ceinture,Va sur la jeune verdure,Danser avec ses deux sœurs.L’an qui fuit et recommence,Et les heures, dont le coursEmporte nos plus beaux jours,Nous défendent l’espéranceDe voir renaître toujoursNos plaisirs et nos amours.Zéphir par sa douce haleineVient ranimer nos gazons :Bientôt l’été dans la plaineFera jaunir les moissons :A son tour on voit l’automne,Qui de pampres se couronneEt fait place aux Aquilons ;Mais la fille de LatoneRamène enfin les saisons.Pour nous, au bord du Cocyte,Auprès du riche Tullus,Du sage Énée et d’Ancus,Quand la mort nous précipite,Hélas ! nous ne sommes plusQu’une poussière livide.Qui sait si ce jour rapideDoit avoir un lendemain ?Mais d’un héritier avideTrompe au moins l’avare main :Par ta prévoyance sageTu peux encor lui ravirLa part de ton héritageQue tu donnes au plaisir.Dès que la Parque barbareT’aura d’un coup de sa fauxAmené dans le Tartare,Au tribunal de Minos,Ta piété, ta naissance,Tes vertus, ton éloquence,Ne vaincront point le trépas.Diane aux bords du CocyteVoit son fidèle Hippolyte,Et ne le délivre pas :Le vainqueur du MinotaureVoit Pirithoüs puni,Et n’a pu briser encoreLes chaînes de son ami.
52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources