Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE V. À un de ses amis
Non, ta belle génisse au joug ne peut offrirUne tête assez vigoureuse ;Sa jeunesse redoute une lutte amoureuseEt ne peut encor soutenirDu fier taureau l’attaque impétueuse.
Elle fuit les chaleurs dans le cristal des eaux,Et ne soupire encor qu’après le pâturage ;Ce sont les innocents troupeauxQu’elle va chercher sous l’ombrage.
Pourquoi cueillir les fruits nouveauxQue le flambeau du jour n’a pu mûrir encore ?Bientôt paré des fruits que le soleil colore,L’automne va t’offrir les raisins les plus beaux.
Oui, bientôt tu verras cette vierge rebelleT’appeler à son tour ; l’âge fuit, les instantsQui te sont ravis par le tempsSont autant de gagné pour elle.
L’œil en feu, le sein palpitant,Chloé cherchera son amant.Jamais Lycé, jamais ThémireN’allumèrent l’amour ardentQue la jeune Chloé t’inspire.
Son teint de lys est plus brillantQue l’astre dont le front d’argentÉclaire le liquide empire.Elle effacerait les appâtsDu jeune, du charmant Hylas,Rival de l’enfant à deux ailes,Qui, placé les cheveux éparsDans un cercle de jeunes belles,Par ses traits délicats trompe tous les regardsEt charme tous les yeux comme elles.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources