Œuvres d’Horace, 1796· Épodes
ODE V. Contre les sortilèges de Canidie
L’agneau contre le loup a cent fois moins de haineQue je n’en ai pour toi, vil esclave flétri,Toi, qui portes encor les marques de ta chaîne,Toi, que les fouets vengeurs ont si souvent meurtri.En vain étales-tu l’orgueil de ta richesse ;Ta fortune ne peut déguiser ta bassesse ;Et lorsqu’insolemment traversant nos remparts,De ta robe à longs plis tu mesures la rue,Ne t’aperçois-tu pas que soudain à ta vueLes passants indignés détournent leurs regards ?
« Eh quoi donc, disent-ils, cet homme qui naguères« De verges déchiré fatigua ses bourreaux,« Possède mille arpents dans les champs de Falères« Et couvre les chemins de ses nombreux chevaux !« Au mépris de nos lois, oubliant sa naissance,« Cet esclave anobli porte son insolence« Jusqu’à venir s’asseoir au rang des chevaliers !« A quoi bon ces vaisseaux armés sur nos rivages« Contre les vils brigands, fléaux de ces parages,« Si c’est ce vil tribun qui conduit nos guerriers ? »
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources