Les amoureuses, 1858· Les amoureuses Poésies
Les prunes
I
Si vous voulez savoir commentNous nous aimâmes pour des prunes,Je vous le dirai doucement,Si vous voulez savoir comment.L’amour vient toujours en dormant,Chez les bruns comme chez les brunes ;En quelques mots voici commentNous nous aimâmes pour des prunes.
II
Mon oncle avait un grand vergerEt moi j’avais une cousine ;Nous nous aimions sans y songer,Mon oncle avait un grand verger.Les oiseaux venaient y manger,Le printemps faisait leur cuisine ;Mon oncle avait un grand verger,Et moi j’avais une cousine.
III
Un matin nous nous promenionsDans le verger, avec Mariette :Tout gentils, tout frais, tout mignons,Un matin nous nous promenions.Les cigales et les grillonsNous fredonnaient une ariette :Un matin nous nous promenionsDans le verger avec Mariette.
IV
De tous côtés, d’ici, de là,Les oiseaux chantaient dans les branches,En si bémol, en ut, en la,De tous côtés, d’ici, de là.Les prés en habit de galaÉtaient pleins de fleurettes blanches.De tous côtés, d’ici, de là,Les oiseaux chantaient dans les branches.
V
Fraîche sous son petit bonnet,Belle à ravir, et point coquette,Ma cousine se démenait,Fraîche sous son petit bonnet.Elle sautait, allait, venait,Comme un volant sur la raquette :Fraîche sous son petit bonnet,Belle à ravir et point coquette.
VI
Arrivée au fond du verger,Ma cousine lorgne les prunes ;Et la gourmande en veut manger,Arrivée au fond du verger.L’arbre est bas ; sans se dérangerElle en fait tomber quelques-unes :Arrivée au fond du verger,Ma cousine lorgne les prunes.
VII
Elle en prend une, elle la mord,Et, me l’offrant : « Tiens !… » me dit-elle.Mon pauvre cœur battait bien fort !Elle en prend une, elle la mord.Ses petites dents sur le bordAvaient fait des points de dentelle…Elle en prend une, elle la mord,Et, me l’offrant : « Tiens !… » me dit-elle.
VIII
Ce fut tout, mais ce fut assez ;Ce seul fruit disait bien des choses(Si j’avais su ce que je sais !…)Ce fut tout, mais ce fut assez.Je mordis, comme vous pensez,Sur la trace des lèvres roses :Ce fut tout, mais ce fut assez ;Ce seul fruit disait bien des choses.
IX À mes lectrices
Oui, mesdames, voilà commentNous nous aimâmes pour des prunes :N’allez pas l’entendre autrement ;Oui, mesdames, voilà comment.Si parmi vous, pourtant, d’aucunesLe comprenaient différemment,Ma foi, tant pis ! voilà commentNous nous aimâmes pour des prunes.
Versification
- Forme
- Huitains
- Rimes
- 8(abaaabab) 1(abaabaab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 1 huitain
- Mots à la rime
- a comment / doucement masculine, classiqueb prunes / brunes féminine, classiquea comment / dormant masculine, classiquea verger / songer masculine, classiqueb cousine / cuisine féminine, classiquea verger / manger masculine, classiquea promenions / mignons masculine, classiqueb Mariette / ariette féminine, classiquea promenions / grillons masculine, classiquea là / la masculine, classiqueb branches / blanches féminine, classiquea là / gala masculine, classiquea bonnet / démenait masculine, classiqueb coquette / raquette féminine, classiquea bonnet / venait masculine, classiqueb prunes / quelques-unes féminine, classiquea verger / déranger masculine, classiquea mord / fort masculine, classiqueb dit-elle / dentelle féminine, classiquea mord / bord masculine, classiquea assez / sais masculine, classiqueb choses / roses féminine, classiquea assez / pensez masculine, classiquea comment / autrement masculine, classiqueb prunes / d’aucunes féminine, classiquea comment / différemment masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les amoureuses, poemes et fantaisies, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, Eugène Fasquelle, éditeur, 1908· numérisation wikisource.org· Sources