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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

A maman, 1920· I Dédicace

Dédicace

Lucie Delarue-Mardrus· 8 quintils, alexandrins et octosyllabes, 40 vers

Le chagrin pleure et chante.‖ Il ressemble à l’amourIl nous exalte. Il nous enivre.C’est avec mon chagrin‖ que je t’ai fait ce livre,Afin qu’il te fasse revivreMalgré la terre épaisse‖ et le sépulcre lourd.

Voici ce qu’aujourd’hui‖ tendrement je t’élèvePour te tirer d’entre les morts.Au temps où, lentement,‖ tu me donnais ta sève,Quand tu me portais dans ton corps,Sentais-tu que j’étais‖ cette fille de rêve ?

O ma mère ! Déjà‖ n’étais-je pas pour toi,Merveilleusement, ton poète ?Non. Ma naissance à moi‖ ne fut pas une fête.Tu n’as pas vu briller ma tête.Je n’étais qu’une enfant‖ de plus sous le grand toit

Je venais à mon tour‖ après mes sœurs aînées,Et nul, quand je me tins debout,Ne vit derrière moi‖ comme un grand ange fou.J’étais la dernière, et c’est tout,Et je n’avais pour moi‖ que mes courtes années

La plus petite, oui !‖ toujours, jusqu’à la fin ;La plus petite et la plus douce.Toutes, tu nous soignais‖ comme un jardin qui pousseComme des oiseaux dans la mousse.Mais aujourd’hui c’est moi‖ qui suis l’aînée, enfin !

J’étais la plus petite‖ et j’en étais heureuse.Ceci n’est pas un cri d’orgueil.Ceci n’est que ferveur,‖ grande tendresse, deuil,Et, devant le suprême seuil,Qu’un chant pour que ta mort‖ paraisse moins affreuse

Un poète ! Pouvoir,‖ dans ce langage-là,Dire un peu ta bonté, ton charme,Tout ce qu’aimèrent ceux‖ que le destin désarme,Parer ta mort de cette larme,Voilà tout mon orgueil‖ du livre que voilà

Ce livre filial‖ né de mon âme amère,Ce poème, gerbe de fleurs,C’est toute ma tristesse‖ et celle de mes sœurs…Et puisse-t-il bercer les cœursDe ceux qui, comme nous,‖ pleurent tout bas leur mère.

Versification

Forme
8 quintils (quintils)
Rimes
7(abbba) 1(ababa)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (24 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
8 quintils
Mots à la rime
a l’amour / lourd masculine, non classiqueb enivre / livre / revivre féminine, classiquea t’élève / sève / rêve féminine, classiqueb morts / corps masculine, classiquea toi / toit masculine, classiqueb poète / fête / tête féminine, classiquea aînées / années féminine, non classiqueb debout / fou / tout masculine, classiquea fin / enfin masculine, classiqueb douce / pousse / mousse féminine, classiquea heureuse / affreuse féminine, non classiqueb d’orgueil / deuil / seuil masculine, non classiquea langage-là / voilà masculine, classiqueb charme / désarme / larme féminine, classiquea amère / mère féminine, classiqueb fleurs / sœurs / cœurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.8

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après A maman, Paris, LIBRAIRIE CHARPENTIER ET FASQUELLE, 1920· Sources