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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

A maman, 1920· II De Profundis

Lamento

Lucie Delarue-Mardrus· 12 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 48 vers

Que le voile du deuil‖ couvre à jamais de noirMon âme immensément amère.Oh ! pourquoi donc, hélas !‖ ai-je connu le soirOui ai vu se mourir ma mère ?

Pourquoi donc ai-je vu‖ ce fragile être humainDans l’ombre devenir fantôme ?Son cœur s’est arrêté‖ de battre dans ma main.Je le sens toujours sous ma paume

Le jour tombait ; et moi‖ je regardais ses yeuxQui n’en pouvaient plus de souffranceEt je voyais mourir‖ devant moi mon enfanceEt tout le passé merveilleux

Il faut, quand l’âge vient,‖ que notre mère meure,On me l’a dit, on me l’a dit.Mais moi, sans rien savoir,‖ à jamais je la pleureComme une mère son petit

Certes, la vie, avec‖ tout ce qu’elle a qui navre,M’a fait respirer son parfum.Mais quand, la veille encore,‖ on adorait quelqu’un,Être la fille d’un cadavre !

Ses yeux, ses larges yeux‖ qui regardaient sans voir,Qui sombraient au fond de la terre !Oh !pourquoi donc, hélas !‖ ai-je connu le soirOù j’ai vu se mourir ma mère ?

Est-ce ordre naturel‖ et justice, vraiment,Qu’il faille que cette heure sonne ?Ne plus jamais, jamais‖ dire ce mot : « Maman »N’être plus l’enfant de personne

J’en atteste mon âme‖ ivre de désarroi :Je dis qu’elle est morte trop vite.Moi, je n’ai pas d’enfant.‖ Elle était ma petiteEt je la berçais contre moi

Dans mon cœur sanglotant,‖ qu’est-ce qui fera taireL’irréparable désespoir ?Oh ! pourquoi donc, hélas !‖ ai-je connu le soirOù j’ai vu se mourir ma mère ?

Tout mon cœur était pris‖ par ses gestes touchantsPourquoi ne l’ai-je pas suivie ?Il me faut vivre encor‖ la moitié de ma vie,Et, partout, les gens sont méchants

Il me reste à présent‖ sa tombe entre des tombes…Sous ce reposoir anguleux,Au fond du cimetière‖ où chantent des colombes,Dorment à jamais ses grands yeux

Jusqu’au jour de gésir‖ comme elle sous la pierre,Je ne dois plus jamais la voir.Oh ! pourquoi donc, hélas !‖ ai-je connu le soirOù j’ai vu se mourir ma mère ?

Versification

Forme
12 quatrains (strophes variées)
Rimes
6(abab) 6(abba)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (24 de 8, 24 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a noir / soir masculine, classiqueb amère / mère féminine, classiquea humain / main masculine, classiqueb fantôme / paume féminine, classiquea yeux / merveilleux masculine, classiqueb souffrance / enfance féminine, classiquea meure / pleure féminine, classiqueb dit / petit masculine, classiquea navre / cadavre féminine, classiqueb parfum / quelqu’un masculine, classiquea voir / soir masculine, classiqueb terre / mère féminine, classiquea vraiment / Maman masculine, non classiqueb sonne / personne féminine, classiquea désarroi / moi masculine, classiqueb vite / petite féminine, classiquea taire / mère féminine, classiqueb désespoir / soir masculine, classiquea touchants / méchants masculine, classiqueb suivie / vie féminine, classiquea tombes / colombes féminine, classiqueb anguleux / yeux masculine, classiquea pierre / mère féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après A maman, Paris, LIBRAIRIE CHARPENTIER ET FASQUELLE, 1920· Sources