Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Horizons, 1905· Phantasmes

Vitres

Lucie Delarue-Mardrus· quatrains, alexandrins surtout, 50 vers

A Mademoiselle E. G. Grimblol.

I De printemps

Je sens mon âme obscure‖ en moi comme la nuit.Ne suis-je pas morte, aujourd’hui !Nul désir, nul instinct,‖ rien ne me sollicite…— Et puis ensuite ?

La fenêtre de verre‖ incolore et de boisEst pleine des premiers lilas,Comme les feuilles, cette‖ année, ont poussé vite !…— Et puis ensuite ?

Il semble que plus rien‖ ne saurait m’arriver,Qu’aujourd’hui tout est achevé.Et pourtant il faudra‖ vivre toute la suite…— Et puis ensuite ?

II D’été

Le jardin vague et vert‖ contre la vitre aqueuseY figure un immense‖ et trouble aquariumQui contient l’océan‖ du ciel ; et l’onduleuseFrondaison où s’étoile‖ un vif géraniumY berce des rameaux‖ avec toutes leurs ombresAu rythme submergé‖ des madrépores sombres…

Prise par l’attirante‖ illusion des eaux,Je poserai mon front‖ sur la vitre marineEt serai la sirène‖ enroulée aux corauxNoués par mille bras‖ à sa pâle poitrine,

Qui, prisonnière, rêve‖ à la félicitéD’avoir royalement‖ troué l’immensité,Pour surgir au soleil‖ couchant qu’elle salueD’un signe de sa tête‖ humide et chevelue.

III Automne

Regardant s’effeuiller‖ la suite des jardinsContre la vitre trouble‖ où je rêve et chantonne,J’ai vu paraître et fuir‖ le passage soudainDe quelques œgipans‖ échappés de l’automne.

L’un d’entre eux s’attarda,‖ seul dans l’ombre et dans l’or,Et longtemps, de profil,‖ émurent les alléesSon œil en feu de bête‖ et sa corne enroulée…Voulait-il que mes pas‖ le suivissent dehors ?

Bientôt, le dernier cri‖ du soleil dut se taire.— Or, quand le jour mourut‖ dévoré par la nuit,Je compris tristement‖ qu’au choc de quelque bruitL’œgipan repartait‖ sans moi vers les mystères.

IV D’hiver

Ici, tiédeur de l’air,‖ coussins, branches de roses,Là, paysage blanc‖ et noir, neige et bois mort.Seule, la vitre scinde‖ et sépare ces choses,Clair obstacle, et qu’un doigt‖ étoile sans effort.

Chaude, l’haleine en feu‖ sur la vitre gelée,Tant que dure le jour‖ j’occupe un lent regardA voir quelques flocons‖ tomber, tourner l’allée,Pointer l’herbe, un oiseau‖ s’abattre quelque part.

Or, la nuit vient… En proie‖ à l’intime NorvègeDe mon cœur, mon regard‖ se perd je ne sais où :Attardée au lever‖ d’une lune de neige,J’écoute au loin l’hiver‖ s’avancer comme un loup.

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
4(aabb) 1(ababcc) 5(abab) 2(abba)
Mètre
Alexandrins surtout (44 de 12, 3 de 4, 3 de 8)· profil 8, 6−6, (4)
Strophes
3 quatrains
Mots à la rime
a nuit / aujourd’hui masculineb sollicite / ensuite fémininea bois / lilas masculineb vite / ensuite fémininea m’arriver / achevé masculineb suite / ensuite fémininea aqueuse / l’onduleuse féminineb aquarium / géranium masculinec ombres / sombres fémininea eaux / coraux masculineb marine / poitrine fémininea félicité / l’immensité masculineb salue / chevelue fémininea jardins / soudain masculineb chantonne / l’automne fémininea l’or / dehors masculineb allées / enroulée fémininea taire / mystères féminineb nuit / bruit masculinea roses / choses féminineb mort / effort masculinea gelée / l’allée féminineb regard / part masculinea Norvège / neige féminineb où / loup masculine

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Horizons, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1905· Sources