Les sept douleurs d’octobre, 1930· I L’automne
Cinq petits tableaux
I
Sur les arbres et sur le sol,Des feuilles, des feuilles !Tout jaune, un petit arbre folPerd d’un seul coup plus de cent feuilles.
Rouges, jaunes, mauves et roux,O palette claire !Le grand vert des prés s’exaspèreSous les branchages noirs et roux,
Et ce petit bouton de roseQui fleurit trop tard,Brille dans un peu de brouillard,Cœur frileux de l’automne rose.
II
A travers prés, à travers bois,Commence la féerie‖ étrange de l’année.Partout où vont mes yeux, je voisLa grande automne empoisonnée.
Les branchages tordus et noirsSont lentement en proie‖ à toutes les chimies.Les dernières roses, blémies,Fleurissent sur des désespoirs.
Dans la jonchée épaisse et rose,Je m’avance, et mes pieds‖ font un étroit chemin.Et toute tremblante, à ma main,Une feuille se décompose.
III
Je te retrouve donc,‖ solitude fleurieOù l’on aime parler tout bas !Voici l’effrayante féerie,Les soirs où la chouette crie,Où l’automne sonne le glas.
Disparate, autrefois,‖ d’être une jeune femmeParmi la funèbre couleur,Malgré ce front triste et rêveurJ’avais tout l’été dans mon cœur.‒ Maintenant, voici le vrai drame.
Il faudra lentement‖ me faire une raison,Hélas ! et que mon cœur connaisseQu’il tombe, autour de ma maison,Et les feuilles de la saisonEt les feuilles de ma jeunesse.
IV
L’avenue au matin,‖ cathédrale d’automne,Découpe sur le ciel‖ des vitraux flamboyants.Une épaisse jonchée‖ est aux deux bouts fuyants,Rouge et jaune lueur‖ dont le regard s’étonne.
Je m’avance sans bruit‖ dans ce monde vermeil,Et, sous les hauts tilleuls‖ dont la masse s’allège,Je regarde tomber‖ partout, comme une neige,Les rondes feuilles d’or‖ et les ronds de soleil.
Menant ainsi dans l’ombre‖ une marche étouffée,Je trace dans cet or‖ tant de minces sentiersQue je crois en rentrant‖ voir briller à mes pieds,Miraculeusement,‖ des bottines de fée.
V
Sous ce ciel pluvieux‖ et rapide, l’automneReste flamboyante. Et le soirQui vient et fait cesser‖ cet oiseau qui chantonne,Le soir ne peut devenir noir.
Comme un vaste incendie‖ allumé par les hommes,Le paysage est empourpré.Et tout le soleil reste‖ en ce panier de pommesQui rutile au milieu du pré.
Rouge, rousse, orangée‖ et jaune, et qui insiste,La couleur ne veut pas mourir.Parmi ce soir en flamme‖ où j’aime tant courir,Mon Dieu, comme mon cœur est triste…
Versification
- Forme
- Quatrains
- Rimes
- 4(abab) 8(abba) 2(abaab) 1(abbba)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (36 de 8, 24 de 12, 3 de 5)· profil 8, 5, 6+6
- Strophes
- 3 quatrains
- Mots à la rime
- a sol / fol masculine, classiqueb feuilles féminine, classiquea roux masculine, classiqueb claire / s’exaspère féminine, classiquea rose féminine, classiqueb tard / brouillard masculine, classiquea bois / vois masculine, classiqueb l’année / empoisonnée féminine, classiquea noirs / désespoirs masculine, classiqueb chimies / blémies féminine, classiquea rose / décompose féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea fleurie / féerie / crie féminine, classiqueb bas / glas masculine, classiquea femme / drame féminine, classiqueb couleur / rêveur / cœur masculine, classiquea raison / maison / saison masculine, classiqueb connaisse / jeunesse féminine, classiquea d’automne / s’étonne féminine, classiqueb flamboyants / fuyants masculine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiqueb s’allège / neige féminine, classiquea étouffée / fée féminine, classiqueb sentiers / pieds masculine, classiquea l’automne / chantonne féminine, classiqueb soir / noir masculine, classiquea hommes / pommes féminine, classiqueb empourpré / pré masculine, classiquea insiste / triste féminine, classiqueb mourir / courir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
63 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources