Les sept douleurs d’octobre, 1930· VI Spectres
La petite tombe
La vieille, souvenir d’enfance,Que je voyais parfois l’été,Et dont le sourire édentéMe redonnait mon innocence,
En allant aujourd’hui la voir,Je n’ai plus trouvé que sa tombe.Il ne faisait pas encor noir.C’était à l’heure où le jour tombe.
Avec son clocher exigu,L’église est une pauvre crèche.C’est là que la vieille a vécu.Sa terre était encore fraîche.
Née et morte dans ce recoin,Elle n’eut jamais d’autre place.Elle y vivait parmi sa race.Le reste du monde était loin.
Immense et verte, la natureEntourait son humble travail.Voici son ancien bercail,A deux pas de sa sépulture.
Elle savait qu’elle irait làQuand ce serait fini de vivre.Oh ! simple tombe que voilà !Le couchant est couleur de cuivre ;
L’herbe s’enchevêtre partoutDans ce lieu de paix éternelle.Une croix est encor debout,Une autre s’effrite et chancelle…
Et, résumant tout le destinDe la modeste bonne femme,Dans le calme jour qui s’éteintJ’ai salué tout bas son âme.
Versification
- Forme
- 8 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 3(abba) 5(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 8 quatrains
- Mots à la rime
- a d’enfance / innocence féminine, classiqueb l’été / édenté masculine, classiquea voir / noir masculine, classiqueb tombe féminine, classiquea exigu / vécu masculine, classiqueb crèche / fraîche féminine, classiquea recoin / loin masculine, classiqueb place / race féminine, classiquea nature / sépulture féminine, classiqueb travail / bercail masculine, classiquea là / voilà masculine, classiqueb vivre / cuivre féminine, classiquea partout / debout masculine, classiqueb éternelle / chancelle féminine, classiquea destin / s’éteint masculine, non classiqueb femme / âme féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources