Les sept douleurs d’octobre, 1930· VI Spectres
Sépultures
Après mes jours, qui furent beauxDe tant de tourments et de troubles,Il me faut, pour finir,‖ trois ou quatre, tombeauxOù se reposeront mes doubles.
Il est un petit coin cachéQue ne découvrirait personne,Où ma grand’mère étrange‖ a, pour jamais, couchéSon âme de vieille lionne.
Voici le haut tombeau puissantOù ma mère dort en famille,Dans ce Paris grouillant‖ dont elle fut la fille,Et qu’elle eut toujours dans le sang.
Je sais des sables en ÉgypteOù je me reposerais bien.Car l’un de mes esprits‖ veut, pour n’être plus rien,Le grand sarcophage et la crypte.
Je demande aussi mes tilleuls,Leur ombre épaisse sur ma pierre.Là, loin des humains morts,‖ j’aurais pour cimetièreL’avenue où mes pas vont seuls.
Et puis voilà toutes mes âmesRéclamant l’océan profond.O mer ! Par une nuit,‖ trois cents mètres de fond,Mon cercueil coulant sous les lames !
Qui me choisira mon repos ?Qui prendra soin de ma dépouille ?Mon corps et mes esprits,‖ quelle future fouilleLes trouvera, sombres dépôts !
Mais, avant cette pioche ultime,Où que vous placiez mon sommeil,J’en sortirai la nuit‖ ou par le grand soleil,Pour hanter l’univers sublime.
Qu’alors ma voix dise à jamais,Grand souffle dans le vent qui passe :« • Me voici maintenant‖ dans la mort que j’aimais,Je suis donc enfin à ma place ! »
Versification
- Forme
- 9 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 3(abab) 6(abba)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (27 de 8, 9 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a beaux / tombeaux masculine, classiqueb troubles / doubles féminine, classiquea caché / couché masculine, classiqueb personne / lionne féminine, classiquea puissant / sang masculine, non classiqueb famille / fille féminine, classiquea Égypte / crypte féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquea tilleuls / seuls masculine, classiqueb pierre / cimetière féminine, classiquea âmes / lames féminine, classiqueb profond / fond masculine, classiquea repos / dépôts masculine, classiqueb dépouille / fouille féminine, classiquea ultime / sublime féminine, classiqueb sommeil / soleil masculine, classiquea jamais / j’aimais masculine, classiqueb passe / place féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources