Les sept douleurs d’octobre, 1930· VIII Bonheurs
Le beau souhait
Qu’on me donne un cheval rapideAssez difficile à monterPour que mes yeux quittent le videEt mon rêve l’éternité.
Toute le force de mes jambesVoudrait le furieux galopQui scande comme des ïambesLa plaine, le vent, le ciel, l’eau.
J’aurais, multipliant ma vie,Deux élans, deux souffles, deux cœurs,Et quatre sabots marteleursPour bondir selon mon envie.
Je me souviens que je riais,La tempête dans le visage,Et que la crinière en biaisFuyait dans le sens de l’orage.
Je me souviens de matins douxOù je pénétrais d’un pas calme,Lorsque l’été perdait sa palmeEt que les sentiers étaient roux.
Je me souviens du trot allègreQue je prenais à travers bois,Et du petit coup de vent aigreQui nous décoiffait à la fois.
Nous allions. La bête vivanteA mes songes obéissait.Et, dans la brise qui l’évente,Cette apparition passait.
Le cheval devenant moi-même,Moi-même devenant cheval,Centauresse à travers le valFantôme du couchant suprême.
‒ Ah ! qu’on me rende ces cheminsOù tant aimait mon âme amèreChevaucher sans fin sa chimèreAvec des crins vrais dans les mains.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 5(abab) 4(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a rapide / vide féminine, classiqueb monter / l’éternité masculine, non classiquea jambes / ïambes féminine, classiqueb galop / l’eau masculine, non classiquea vie / envie féminine, classiqueb cœurs / marteleurs masculine, classiquea riais / biais masculine, classiqueb visage / l’orage féminine, classiquea doux / roux masculine, classiqueb calme / palme féminine, classiquea allègre / aigre féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquea vivante / l’évente féminine, classiqueb obéissait / passait masculine, classiquea moi-même / suprême féminine, classiqueb cheval / val masculine, classiquea chemins / mains masculine, classiqueb amère / chimère féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.6
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources