Les sept douleurs d’octobre, 1930· II L’avenue
Ma maison
Soixante-dix tilleuls‖ avec leur épaisse ombreFont une petite forêt.Ma maison, au milieu‖ de cette masse sombre,Est cachée ainsi qu’un secret.
Des bêtes qu’on ignore,‖ au fond de la broussaille,Vivent tout autour de mes murs,Et je sens circuler‖ leurs petits esprits pursDans le beau temps ou la grisaille.
Les oiseaux, comme autour‖ de quelque lieu béni,Jamais n’y ont peur de personne.Dans le talus, tout près,‖ trouvant la place bonne,Des rouges-gorges font leur nid.
Chaque jour, sans recul‖ et sans horreur physique,On rencontre un même crapaud,Un crapaud aux yeux d’or‖ dans une affreuse peau,Qu’attire, on croirait, ma musique.
Des lapins de garenne‖ et des lièvres, parfois,Montrent à deux pas leurs oreilles.Des écureuils légers,‖ ces petites merveilles,Sont tranquilles comme en plein bois.
Une taupe établit‖ son trou, comme un chef-d’œuvre,Sous une chaise de jardin,La salamandre luit‖ sur le premier gradin,Ou bien la glissante couleuvre.
Je sais des hérissons,‖ des belettes, des loirsEt des grenouilles un peu fées.Et les oiseaux de nuit,‖ dès que tombent les soirsPassent en rondes étouffées.
Les chouettes, souvent,‖ se répandent en crisAu bord même du toit, peut-être.Et, frappant à la vitre,‖ une chauve-sourisChaque nuit danse à la fenêtre.
Aux plus proches fourrés,‖ un frôlement furtifRévèle les gentilles scènesDont m’entoure, bien loin‖ des présences humaines,Ce petit monde inoffensif.
Menus pas, menus cris,‖ fourrures, museaux, ailesVivent dans l’ombre de mon toit.Ces bêtes ne sont pas,‖ en vérité, chez moi :C’est plutôt moi qui suis chez elles.
Et quand l’automne, avec‖ son grand cortège blond,Miraculeuse, est revenue,Les feuilles, en tombant,‖ entrent dans le salon,Se croyant dans leur avenue.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 4(abab) 7(abba)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (22 de 8, 22 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a ombre / sombre féminine, classiqueb forêt / secret masculine, classiquea broussaille / grisaille féminine, classiqueb murs / purs masculine, classiquea béni / nid masculine, non classiqueb personne / bonne féminine, classiquea physique / musique féminine, classiqueb crapaud / peau masculine, non classiquea parfois / bois masculine, classiqueb oreilles / merveilles féminine, classiquea chef-d’œuvre / couleuvre féminine, classiqueb jardin / gradin masculine, classiquea loirs / soirs masculine, classiqueb fées / étouffées féminine, classiquea cris / chauve-souris masculine, classiqueb peut-être / fenêtre féminine, classiquea furtif / inoffensif masculine, classiqueb scènes / humaines féminine, classiquea ailes / elles féminine, classiqueb toit / moi masculine, non classiquea blond / salon masculine, non classiqueb revenue / avenue féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.9
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources