Les sept douleurs d’octobre, 1930· II L’avenue
Trois nocturnes
I
Les tilleuls gonflés de ventTâtent l’air du bout de leurs branches.Derrière eux, le ciel mouvantA la couleur des perles blanches.
J’écoute avec passion,Engloutie au fond du mystère,La grande respirationDe ces algues de la terre.
Mon cœur ne reste pas seul.Parmi l’orageuse soirée,Je salue, en chaque tilleul,Le Grand Inconnu qui crée.
II
Sur un dernier pan de clarté,Les tilleuls gorgés de ténèbresDressent de longs vitraux funèbresDécoupés dans le ciel d’été.
L’allée évoque en sa beautéBien des cathédrales célèbres.Jusques au fond de mes vertèbresJe respire ce soir hanté.
Vaste solitude de l’âme !Je ne suis plus homme ni femmeDans l’ombre qui jette des sorts,
Mais, sous la nocturne émeraude,Grave comme celui des morts,Un invisible esprit qui rôde.
III
Dans la nuit pleine de silence,Voici de grands coups sur le toit.C’est la pluie et sa violence,Quelque brusque grain de noroit.
Sous la lampe, travail, mystère ;Dehors, néant muet et noir.Maintenant j’écoute pleuvoir,Bruit du ciel tombant sur la terre.
Parmi ces chocs intermittents,Dans ma maison toute petite,Je crois, sous mon toit qui crépite,Que je navigue par gros temps.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 5[abab] 4[abba] 1[aa]
- Mètre
- Octosyllabes et heptasyllabes (32 de 8, 6 de 7)· profil 7, 8
- Mots à la rime
- a vent / mouvant masculine, classiqueb branches / blanches féminine, classiquea passion / respiration masculine, classiqueb mystère / terre féminine, classiquea seul / tilleul masculine, classiqueb soirée / crée féminine, classiquea clarté / d’été masculine, classiqueb ténèbres / funèbres féminine, classiquea beauté / hanté masculine, classiqueb célèbres / vertèbres féminine, classiquea l’âme / femme féminine, classiquea sorts / morts masculine, classiqueb émeraude / rôde féminine, classiquea silence / violence féminine, classiqueb toit / noroit masculine, classiqueb noir / pleuvoir masculine, classiquea intermittents / temps masculine, classiqueb petite / crépite masculine, mixte
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.8
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources