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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les sept douleurs d’octobre, 1930· II L’avenue

La haie

Lucie Delarue-Mardrus· 10 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 40 vers

A Ma Sœur Charlotte Henry Nocq.

Courte et drue et traçant‖ la forme de nos prés,La haie, et tout ce qui l’égaie,Gracieux cadre en fleurs‖ des herbages carrés,Muraille sans briques, la haie ;

Avec ses trous par où‖ l’inconnu s’aperçoit,La haie où la ronce se vautre,La haie, en son parler,‖ gronde : « Chacun chez soi ! »Et gronde : « C’est moi… Mais c’est l’autre !…

La nature candide‖ y loge ses oiseaux,Sans savoir qu’elle est mitoyenne.Mais l’esprit des humains‖ a mis dans ses réseauxDéfiance, inimitié, haine.

Innocente, elle prend‖ la couleur des saisons,Cache des nids, berce des branches,Et, par-dessus l’essor‖ de ses ombelles blanches,Laisse passer les horizons.

Elle ne connaît rien‖ que ce qui s’enchevêtreDans la trame de ses lacets,Rien que le ciel qui fuit‖ ou l’ombre du gros hêtre,Mais elle ignore les procès,

Aussi durables qu’elle,‖ engagés d’âge en âge,Les sombres procès paysansQui grimacent toujours,‖ gobelins patoisants,Parmi le calme de l’herbage.

La haie inextricable‖ et dont le mur de houxGarde, hérédité féodale,La personnalité‖ terrible de chez nous,La haie, elle est aussi morale.

Elle existe, invisible,‖ au fond de tout normand.Je la sens, au fond de moi-même,Dresser contre l’intrus‖ ses houx, férocement,Et défendre tout ce que j’aime.

Elle gronde : « Chacun‖ chez soi ! » n’admettant pasLes étrangers dans sa prairie.L’églantine y est rose‖ et l’épine fleurie,Mais on s’y grifferait les bras.

Et c’est plus que jamais‖ que je suis derrière elle,Regardant, de mes yeux déçus,Toute seule à l’abri‖ de ma haie éternelle,La mer qui se voit par-dessus.

Versification

Forme
10 quatrains (strophes variées)
Rimes
7(abab) 3(abba)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (20 de 8, 20 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a prés / carrés masculine, classiqueb l’égaie / haie féminine, classiquea s’aperçoit / soi masculine, non classiqueb vautre / l’autre féminine, classiquea oiseaux / réseaux masculine, classiqueb mitoyenne / haine féminine, classiquea saisons / horizons masculine, classiqueb branches / blanches féminine, classiquea s’enchevêtre / hêtre féminine, classiqueb lacets / procès masculine, classiquea âge / l’herbage féminine, classiqueb paysans / patoisants masculine, classiquea houx / nous masculine, classiqueb féodale / morale féminine, classiquea normand / férocement masculine, classiqueb moi-même / j’aime féminine, classiquea pas / bras masculine, classiqueb prairie / fleurie féminine, classiquea elle / éternelle féminine, classiqueb déçus / par-dessus masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Sept douleurs d’Octobre, Paris, J. Ferenczi et fils, éditeurs, 1930· numérisation poesies.net· Sources