Occident, 1901· L’âme et la mer
Berceuse marine
Mer, je t’entends monter‖ du fond de l’horizon,Comme pour engloutir le monde ;Mer, je t’entends monter‖ du fond de l’horizon !
Grosse de la fureur‖ que chaque lame gronde,Ta grande voix nocturne‖ a franchi la maison,Grosse de la fureur‖ que chaque lame gronde.
Tandis que le sommeil‖ vient pire qu’un poisonM’apporte ses plus affreux rêves ;Tandis que le sommeil‖ vient pire qu’un poison,
O toi ! hurle plus fort‖ encore sur les grèves,Que je t’entende même‖ au fond de l’oreiller,O toi ! hurle plus fort‖ encore sur les grèves !
Car moi je vais dormir‖ et toi tu vas veiller,Chantant de toute ta marée,Car moi je vais dormir‖ et toi tu vas veiller.
Ta berceuse sera‖ rude et désespérée ;Soufflant l’horreur sans trêve‖ et sans rémissions,Ta berceuse sera‖ rude et désespérée,
Racontant les Saphos‖ sanglotant leurs PhaonsDu haut de Leucades farouches,Racontant les Saphos‖ sanglotant leurs Phaons,
Les veuvages en deuil‖ criant par mille bouches,Les croix de mort le long‖ de tes rivages roux,Les veuvages en deuil‖ criant par mille bouches,
Les naufrages et les‖ dégâts, tous tes courroux,Toute ta sombre souvenance,Les naufrages et les‖ dégâts, tous tes courroux !
Chante et je dormirai‖ comme au temps de l’enfanceAvec ton chant barbare‖ enflant l’obscurité,Chante et je dormirai‖ comme au temps de l’enfance,
Versification
- Forme
- Terza rima classique (terza rima)
- Rimes
- 10(aba) b
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (26 de 12, 5 de 8)· profil 8, 6−6
- Mots à la rime
- b monde / gronde fémininec maison / poison masculinea rêves / grèves féminineb l’oreiller / veiller masculinec marée / désespérée fémininea rémissions / Phaons masculineb farouches / bouches fémininec roux / courroux masculinea souvenance / l’enfance féminineb l’obscurité / côté masculine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
31 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Occident, Paris, LA REVUE BLANCHE, 1901· numérisation poesies.net· Sources