Occident, 1901· L’âme et la mer
L’étreinte marine
Une voix sous-marine‖ enfle l’inflexionDe ta bouche et la mer‖ est glauque tout entièreDe rouler ta chair pâle‖ en son remous profond.
Et la queue enroulée‖ à ta stature altièreFait rouer sa splendeur‖ au ciel plein de couchant,Et, parmi les varechs‖ où tu fais ta litière,
Moi qui passe le long‖ des eaux, j’ouïs ton chantToujours, et sans te voir‖ jamais, je te supposeDans ton hybride grâce‖ et ton geste alléchant.
Je sais l’eau qui ruisselle‖ à ta nudité rose,Visqueuse et te salant‖ journellement ta chairOù une flore étrange‖ et vivante est éclose ;
Tes dix doigts dont chacun‖ pèse du chaton clairQue vint y incruster‖ l’aigue ou le coquillageEt ta tête coiffée‖ au hasard de la mer ;
La blanche bave dont‖ bouillonne ton sillage,L’astérie à ton front‖ et tes flancs gras d’oursinsEt la perle que prit‖ ton oreille au passage ;
Et comment est plaquée‖ en rond entre tes seinsLa méduse ou le poulpe‖ aux grêles tentacules,Et tes colliers d’écume‖ humides et succincts.
Je te sais, ô sirène‖ occulte qui circulesDans le flux et reflux‖ que hante mon loisirTriste et grave, les soirs,‖ parmi les crépuscules,
Jumelle de mon âme‖ austère et sans plaisir,Sirène de ma mer‖ natale et quotidienne,O sirène de mon‖ perpétuel désir !
O chevelure ! ô hanche‖ enflée avec la mienne,Seins arrondis avec‖ mes seins au va-et-vientDe la mer, ô fards clairs,‖ ô toi, chair neustrienne !
Quand pourrai-je sentir‖ ton cœur contre le mienBattre sous ta poitrine‖ humide de maréeEt fermer mon manteau‖ lourd sur ton corps païen,
Pour t’avoir nue ainsi‖ qu’une anguille effaréeA moi, dans le frisson‖ mouillé des goëmons,Et posséder enfin‖ ta bouche désirée ?
Ou quel soir, descendue‖ en silence des montsEt des forêts vers toi,‖ dans tes bras maritimesViendras-tu m’emporter‖ pou, d’aval en amonts,
Versification
- Forme
- Terza rima classique (terza rima)
- Rimes
- 13(aba) b
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a l’inflexion / profond masculineb entière / altière / litière fémininec couchant / chant / alléchant masculinea suppose / rose / éclose féminineb chair / clair / mer masculinec coquillage / sillage / passage fémininea d’oursins / seins / succincts masculineb tentacules / circules / crépuscules fémininec loisir / plaisir / désir masculinea quotidienne / mienne / neustrienne féminineb va-et-vient / mien / païen masculinec marée / effarée / désirée fémininea goëmons / monts / amonts masculineb maritimes / abîmes féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Occident, Paris, LA REVUE BLANCHE, 1901· numérisation poesies.net· Sources