Occident, 1901· Paroles Ii
Le masque
Mon temps, mon temps, pourquoiAi-je absorbé ton âme‖ immense jusqu’aux moellesAvec toute sa boue‖ et toutes ses étoiles ?
Je souffre dans mes sensOù croît avec le lys‖ de mon plus chaste songeUne fleur de mauvais‖ désir et de mensonge ;
En l’âpre cruautéQui rugit dans mon cœur‖ comme un tigre des junglesPendant que ma pitié‖ hait le sang de mes ongles ;
En l’égoïsme fouQui fait indifférents‖ tous les maux hors ma peineQuand ruissellent mes yeux‖ sur la misère humaine ;
En le lâche abandonQui me fait par la vie‖ indécise et flottanteAlors que mon sang bout‖ d’audace militante ;
J’ai peur de moi, j’ai peurQue LES AUTRES ne voient‖ vivre en mon regard troubleLe disparate affreux‖ de ma nature double,
Et je veux recouvrirLe drame insoupçonné‖ de cette horreur intimeD’hypocrisie ainsi‖ que d’un masque de mime,
Pour qu’ils ignorent tousSi mon cœur vrai sanglote‖ ou rit sous la grimaceFactice qui toujours‖ me cachera la face,
Car je redoute autant,Tous deux devant blesser‖ quelque chose en mon âme,Le regard qui m’approuve‖ et celui qui me blâme.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 9(aa)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (18 de 12, 9 de 6)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 9 distiques
- Mots à la rime
- a moelles / étoiles fémininea songe / mensonge fémininea jungles / ongles fémininea peine / humaine fémininea flottante / militante fémininea trouble / double fémininea intime / mime fémininea grimace / face fémininea âme / blâme féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
27 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Occident, Paris, LA REVUE BLANCHE, 1901· numérisation poesies.net· Sources