Occident, 1901· L’âme des rues
Places
A Mlle Marie Bengesco.
I
J’aime que sur la place‖ où traîne le couchantMonte, parmi le bruit‖ des foules, le doux chantDes eaux claires sonnant‖ au bronze des fontainesEt que, centre au rempart‖ des églises hautaines,Dont le fleuve en passant‖ fait ruisseler le seuil,Et des lourds monuments‖ des des arches d’orgueil,L’obélisque fluet‖ s’érige sous l’égideDes huit villes siégeant‖ dans leur robe rigide,Qui, sur le crépuscule‖ où meurent les contours,Profilent en vigueur‖ leurs chefs coiffés de tours ;Et qu’auprès, scintillant‖ comme un ballet d’étoiles,Tournoie en titubant,‖ névrosé jusqu’aux moelles,Génial, amer, gai,‖ charmant, terrible, gris,Le grand léviathan‖ écaillé d’or, Paris !
II
L’ample courbe des arcs‖ de triomphe anguleuxDont les ornements durs‖ crèvent le ciel houleux,Encadre le couchant‖ qui monte et qui flamboieAu loin comme un énorme‖ et muet feu de joie,
Fond pur où les troncs noirs‖ détachent leurs profilsAvec tous leurs rameaux‖ fluets comme des fils,Atmosphère dorée‖ où s’élancent les flèchesDes clochers et que boit‖ la pierre à pleines brèches,
Où les carreaux de vitre‖ et la clarté des eauxRedisent la splendeur‖ du ciel, où les oiseauxLaissent, portant aux nids‖ leur butin minuscule,Au travers de leur vol‖ passer le crépuscule…
O pureté des cieux !‖ ô silence ! ô douceur !Immense calme où peut‖ se retremper le cœur,Mourir la chair, l’esprit‖ revenir à la règleEt l’âme déployer‖ son envergure d’aigle !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 7((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 4 quatrains
- Mots à la rime
- a couchant / chant masculineb fontaines / hautaines fémininea seuil / d’orgueil masculineb l’égide / rigide fémininea contours / tours masculineb d’étoiles / moelles fémininea gris / Paris masculinea anguleux / houleux masculineb flamboie / joie fémininea profils / fils masculineb flèches / brèches fémininea eaux / oiseaux masculineb minuscule / crépuscule fémininea douceur / cœur masculineb règle / d’aigle féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
30 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Occident, Paris, LA REVUE BLANCHE, 1901· numérisation poesies.net· Sources