Occident, 1901· L’âme des rues
Reflets
Je t’ai dans mes regards,‖ la ville ! ample grisailleQue j’ai vue, accoudée‖ aux ponts monumentaux,Les soirs que mon cœur las‖ de n’être rien qui vaillePesait tant vers l’horreur‖ tentatrice des eaux.
Mes iris sont encor‖ large ouverts sur ton fleuveQui noyait, renversés,‖ trop d’édifices lourds,Où, fantôme ambigu‖ traînant des deuils de veuve,Je me savais passer‖ lentement à rebours,
Parmi tes tours d’orgueil‖ et tes arches famées,Alors que le couchant‖ éclos comme un matinNe flambait plus le ciel‖ factice des fumées,Calmé dans les douceurs‖ d’un crépuscule éteint ;
Alors qu’en gouttes d’or‖ tombant une par une,Dardant la vie étrange‖ et sourde des reflets,De toutes ses lueurs‖ pleurait ta masse bruneA même l’eau profonde‖ et ses remous muets
Et qu’en étirements‖ de lumière mouillée,Grouillement d’astres morts‖ tristement submergés,Flore d’algues de feu‖ fictive et détaillée,Spirales de phosphore‖ aux rythmes dérangés,
Ainsi cette harmonie‖ animale et qui bougeLuisait et redoublait‖ lorsque, crevant les eaux,Traînant leur chevelure‖ en flamme, verte et rouge,Dans un flot de clartés‖ s’avançaient des bateaux.
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a grisaille / vaille féminineb monumentaux / eaux masculinea fleuve / veuve féminineb lourds / rebours masculinea famées / fumées féminineb matin / éteint masculinea une / brune féminineb reflets / muets masculinea mouillée / détaillée féminineb submergés / dérangés masculinea bouge / rouge féminineb eaux / bateaux masculine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Occident, Paris, LA REVUE BLANCHE, 1901· numérisation poesies.net· Sources