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un seul est le mot juste.

Par vents et marées, 1910· La passion

Chant de la passion

Lucie Delarue-Mardrus· 21 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 84 vers

Le Christ en croix avec‖ des clous dans ses deux paumes,Avec des clous dans ses deux pieds.Ses yeux de mendiant‖ promettent des royaumesA ses dernières amitiés.

Sa mère doucement‖ repose, évanouieDans les bras désolés de Jean.Madeleine est debout,‖ toison épanouie,Ses cheveux sont d’or et d’argent.

Madeleine est debout,‖ blanche et la gorge haute,Le corps fier, le chef orgueilleux.Elle palpite encor‖ de la multiple faute,Ses cils font la nuit sur ses yeux.

La pécheresse et Dieu,‖ l’un en face de l’autre,Sont ainsi sur le Golgotha,Et Madeleine dit :‖ « Maître, vois ton état !Vois ta mère et vois ton apôtre !

« Ils succombent au poids‖ de leurs propres douleurs,Négligeant la suprême tienne.Si moi seule, debout,‖ je t’assiste sans pleurs,C’est que je ne suis pas chrétienne.

« Tous les tiens se noieront‖ dans ce tiède chagrin,Car, à cause de toi, leur âmeSera faible en dessous‖ des cilices de crin,O Jésus, ô fils de la Femme !

« Tu meurs sans avoir su‖ ce qu’était le bonheur,La joie ici-bas, seule vraie.Sur tes sillons humains,‖ ô morose semeur,Croît la tristesse, cette ivraie.

« Moi, j’avais sur tes pieds‖ répandu mon parfum,Croyant t’embaumer jusqu’à l’âme.Mais t’essuyant avec‖ mes cheveux chauds de femme,Je n’ai fait qu’un geste importun.

« Car tu n’as pas compris‖ que l’essence coûteuseEt le frisson de mes cheveux,C’était l’enseignement‖ de la chair amoureuse,L a leçon de la Vie aux Dieux.

« Il est plus de mystère,‖ il est plus de musiqueParmi les choses d’ici-bas,Il est plus d’inconnu‖ dont on n’approche pasQue dans ton ciel métaphysique.

« Or, Madeleine,‖ l’amoureuse‖ que voilà,T’enseigne, ô moribond farouche !Apprends d’elle aujourd’hui‖ comment tout l’Au-delàTient dans un baiser sur la bouche ! »

Madeleine, étreignant‖ le Christ assassiné,Dont la face se désespère,Mord sa bouche qui crie :‖ « O mon Père, mon Père,Vous m’avez donc abandonné ? »

Et Madeleine dit :‖ « Ineffable victimeDe mes lèvres rouges d’émoi,Les femmes à venir‖ feront toutes Je crimeDe t’aimer d’amour comme moi.

« Chacune, ô doux, ô blond,‖ voudra de ton haleine,Et quand elle priera, la nuit,Elle ne saura pas‖ qu’elle est la MadeleineÉprise du Dieu qu’elle suit.

« Pourquoi t’être penché‖ vers une courtisane,Emmanuel, toi que j’aimais ?Tout ton enseignement,‖ sous mon souffle profane,Défaille d’amour à jamais.

« Sur la ruine des sens‖ ta morale est bâtie,Mais lu n’as pas prévu la fin,Toi qui n’as pas prévu‖ le baiser de l’hostieDont tant de bouches auront faim.

« Tu croyais n’avoir fait‖ qu’une pure promesseDe paradis après la mort ;Mais voici reparaître‖ au travers de la messeMon parfum et mes cheveux d’or.

« Regarde s’élever‖ sous ta pauvre truelle,Édifice riche et brillant,Une belle maison‖ mystique et sensuelle,Parfumée aux grains d’Orient.

« L’horizon, hérissé‖ déjà de cathédrales,Remplit tes yeux mourants d’effroi.O Rabin ! Je t’entends‖ qui te plains et qui râles :Peut-être as-tu perdu ta foi !

« Meurs ! Tout mon parfum reste‖ à travers ton histoire !O toi que ne me craignais point,Mes cheveux sont dans ta‖ doctrine, et c’est ma gloireDe t’avoir à tout jamais oint.

« Meurs ! Écoute, en dépit‖ de ta parole austère,Autour de ta croix, follement,Crier vers toi l’Amour,‖ revanche de la terre,O Jésus ! éternel amant ! »

Versification

Forme
21 quatrains (strophes variées)
Rimes
17(abab) 4(abba)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (42 de 8, 42 de 12)· profil 8, 6=6
Strophes
21 quatrains
Mots à la rime
a paumes / royaumes féminine, classiqueb pieds / amitiés masculine, classiquea évanouie / épanouie féminine, classiqueb Jean / d’argent masculine, non classiquea haute / faute féminine, classiqueb orgueilleux / yeux masculine, classiquea l’autre / apôtre féminine, classiqueb Golgotha / état masculine, non classiquea douleurs / pleurs masculine, classiqueb tienne / chrétienne féminine, classiquea chagrin / crin masculine, classiqueb âme / Femme féminine, classiquea bonheur / semeur masculine, classiqueb vraie / ivraie féminine, classiquea parfum / importun masculine, classiqueb l’âme / femme féminine, classiquea coûteuse / amoureuse féminine, classiqueb cheveux / Dieux masculine, classiquea musique / métaphysique féminine, classiqueb d’ici-bas / pas masculine, classiquea voilà / l’Au-delà masculine, classiqueb farouche / bouche féminine, classiquea assassiné / abandonné masculine, classiqueb désespère / Père féminine, classiquea victime / crime féminine, classiqueb d’émoi / moi masculine, classiquea haleine / Madeleine féminine, classiqueb nuit / suit masculine, classiquea courtisane / profane féminine, classiqueb j’aimais / jamais masculine, classiquea bâtie / l’hostie féminine, classiqueb fin / faim masculine, classiquea promesse / messe féminine, classiqueb mort / d’or masculine, non classiquea truelle / sensuelle féminine, classiqueb brillant / d’Orient masculine, classiquea cathédrales / râles féminine, classiqueb d’effroi / foi masculine, classiquea histoire / gloire féminine, classiqueb point / oint masculine, classiquea austère / terre féminine, classiqueb follement / amant masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Par vents et marées, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, 1910· Sources